Murmures

Rencontre avec Ziad Doueiri pour L'Attentat: "Les gens ne sont pas prêts à voir l'autre point de vue"
mai 2013 | Sortie de film, livre, album... | Cinéma/TV | Liban
Source : AlloCiné

Français

Propos recueillis le 5 avril 2013 à Beaune par Laëtitia Forhan /// AlloCiné
Lors du Festival de Beaune AlloCiné s'est entretenu avec le réalisateur libanais Ziad Doueiri pour le long métrage L'Attentat. Depuis le long métrage a été interdit au Liban et dans les pays arabes. Rencontre avec un cinéaste prêt à tout pour son art.


Allociné : A quel moment avez-vous souhaité adapter le roman de Yasmina Khadra ?

Ziad Doueiri : La compagnie américaine Focus Features m'a contacté pour savoir si j'étais intéressé pour adapter le livre de Yasmina Khadra. J'étais à Beyrouth quand j'ai lu le livre et j'ai senti que c'était très fort. Ce que j'ai aimé ce n'est pas le côté politique, c'est la dimension humaine. En lisant le livre j'étais dans une période de crise dans ma vie et je me suis demandé si j'avais envie, en plus, de rentrer dans les problématiques du Moyen-Orient, parce qu'on a déjà vu beaucoup de films sur ce sujet. Mais dans ce livre il y avait un aspect qui dépasse le Moyen-Orient, finalement cette histoire aurait pu se dérouler en Amérique du Sud ou n'importe où. C'est l'histoire d'un homme qui est à la recherche de la vérité. J'ai rencontré le patron de Focus Features à New York et je lui ai demandé : "Vous êtes une compagnie américaine, et les Américains ne s'impliquent jamais dans des films étrangers, qui de surcroit, ne sont pas en langue anglaise. C'est un film en arabe et en hébreu sur un sujet chaud. Pourquoi vouloir produire ce film ?"

J'étais très surpris qu'un Américain me propose ce film, qu'un Français le fasse je comprends, car nous avons des échanges culturels, historiques,... Il m'a simplement répondu que le sujet l'intéressait. Nous avons donc signé un contrat, je suis rentré au Liban et j'ai commencé à écrire le scénario. Un an plus tard, tout a été arrêté. La raison n'a jamais été très claire, mais je pense que c'était une question de scénario parce qu'on montre un point de vue. Et pour l'Amérique, quand il s'agit de terrorisme c'est Noir et Blanc, tu ne peux donner aucune justification à ça...

Le film a pu se faire grâce aux producteurs français Jean Bréhat et Rachid Bouchareb de 3B Productions. Après trois ans de négociations avec les Américains on a finalement récupéré les droits et on a pu faire le film. Et ce qui est ironique c'est que quand cette société américaine a vu le film à Toronto, ils ont décidé de le distribuer, et c'est eux qui distribuent le film aux Etats-Unis maintenant.

Plus qu'un film sur le conflit Israélo-Palestinien, "L'Attentat" traite surtout de la dimension humaine, du parcours d'Amin (Ali Suliman). Et l'une des forces du film c'est que le spectateur suit le même parcours psychologique que le personnage principal…

En tant que citoyen libanais, j'ai vécu de grandes guerres. En 1982 par exemple avec l'invasion israélienne au Liban. C'était une guerre très sanglante. J'ai quitté le Liban pour aller étudier le cinéma aux Etats-Unis. Et après les horreurs que j'avais vu, j'étais - je l'avoue - anti-juif. Mais j'étais un gamin, j'ai grandi pendant la guerre, et tu ne peux pas demander à un enfant d'être objectif. Avec le temps qui passe, tu évolues, tu fais des rencontres…

A mon arrivée à Los Angeles, où j'ai étudié le cinéma, j'ai rencontré beaucoup d'étudiants de confession juive, je me suis soudainement retrouvé face à mon ennemi. Et ce n'était plus un pilote qui me bombardait, c'était un étudiant comme moi. J'ai appris à les connaître, et puis je suis parti en Israël…

Un libanais qui va en Israël, c'est comme un juif en 1945 qui va prendre un café à Berlin…



LIRE L'INTEGRALITE sur AlloCiné
Partager :