Événements

FOTTI
Formation, création et professionnalisation en arts de la scène en partenariat avec les centres culturels régionaux de Kaolack et de Ziguinchor.

Français

D'un regard à l'autre, d'un corps à l'autre, d'un espace à l'autre, ces trois "regards croisés" permettront aux artistes en formation d'explorer les liens entre interprétation et spécificité technique. En alternant un travail de workshop conduit par Michel Bernard et Younouss Diallo avec la première étape d'une production artistique internationale qui naîtra à l'automne prochain (tournée en Europe puis au Sénégal en 2010), mis en scène par Michael de Cock et Younouss Diallo, FOTTI propose aux participants de continuer leur formation initiée en 2008 et d'intégrer un projet de création internationale.

Le résultat des travaux sera présenté devant le public le vendredi 23 janvier à 11 heures au centre culturel régional de Tilène à Ziguinchor.

LES ARTISTES EN FORMATION / LA COMPAGNIE JUNO
A l'issue de la première année de formation en 2008, six des dix artistes des régions de Kaolack et de Ziguinchor ont été retenus pour continuer le projet et ont fondé la compagnie de théâtre JUNO:
Mamadou Abdoulaye DIATTA, Adji Fana Diouf, Fatou HANN, Yaya GUISSE, Idrissa MBENGUE, El hadj Abdou Rahmane NDIAYE

MICHAEL DE COCK
Auteur, metteur en scène, directeur de théâtre
Michael de Cock est auteur, comédien et metteur en scène. Il a à son actif une dizaine de pièces de théâtre et plusieurs autres livres. Il écrit souvent sur base préalable d'investigations journalistiques et aborde généralement des thèmes sociaux sensibles. En 2004 il a publié "Op een onzeker uur" (A une heure incertaine) où il décrit de manière pénétrante la vie des réfugiés et des demandeurs d'asile. Il a publié "l'Entretemps" chez Lansman. En 2008, il est l'un des initiateurs du projet Febar, sur la migration, aux cotés de Michel Bernard et Younouss Diallo et en signe le texte. Il dirige le théâtre t'Arsenaal depuis août 2006.

Michael De Cock rejoint l'équipe de FOTTI pour la seconde fois. Michael de Cock et Younouss Diallo débuteront avec la compagnie JUNO la première étape de la première production artistique internationale de FOTTI, prévue à l'automne 2009 destinée à tourner en Europe et au Sénégal.

YOUNOUSS DIALLO
Coordinateur et directeur artistique de Fotti.
Younouss Diallo a été formé au Conservatoire d'art dramatique de Dakar puis au Conservatoire supérieur de Liège (Belgique). Comme interprète, il a notamment travaillé avec la compagnie Les Gueules Tapées dirigée par Philippe Laurent (Sénégal), le Groupov dirigé par Jacques Delcuvellerie (Rwanda 94 et Discours sur le colonialisme), Pietro Varasso (l'exception et la règle, the Island, Yaguine et Fodé), Raven Rüell (Martino d'Arne Sierens). Parallèlement, il conduit de nombreux ateliers théâtraux et assiste Jacques Delcuvellerie pour l'atelier de réflexions sur la mise en scène (Formation de metteurs en scène du Sud) à Limoges. En 2007, il est l'un des initiateurs du projet Bloody Niggers (Festival de Liège / Théâtre National). dont il signe l'adaptation et en est l'un des interprètes (mis en scène par J. Delcuvellerie). En 2008, il conçoit le projet Febar, avec Michel Bernard et Michaël de Cock, en signe l'adaptation et l'interprète seul en scène. Ces deux projets tournent à ce jour partout dans le monde.

Younouss Diallo et Michael de Cock débuteront avec la compagnie JUNO la première étape de la première production artistique internationale de FOTTI, prévue à l'automne 2009 destinée à tourner en Europe et au Sénégal. En parallèle, Younouss Diallo conduira avec Michel Bernard un travail sur des fondamentaux techniques (la voix, le souffle, l'espace) à partir d'un mélange de textes.

MICHEL BERNARD
Auteur, dramaturge et metteur en scène
Michel Bernard est agrégé en philosophie et a été le directeur artistique adjoint du Théâtre de Poche à Bruxelles. Il a mis en scène de nombreuses œuvres…, notamment L'Avenir dure longtemps d'après Louis Althusser, Lettres aux acteurs de Jean-Marie Piemme, Paul Emond et Liliane Wouters, Ubu Reine d'après les carnets d'Elena Ceaucescu de Patrick Rombaud, Illégitime Défense de Isabel Carmona et Joaquin Himojosa, Visage de feu de Marius von Mayenburg, Anéantis de Sarah Kane et Dommage Collatéral de Andy de la Tour, Howard Brenton et Tariq Ali. Il a également collaboré avec Roland Mahauden à la mise en scène de No Man's Land de DanisTanovic. Il s'est vu décerné le prix du meilleur seul en scène de l'année (avec Si c'est un homme de Primo Levi) par le jury du prix de la critique de la Communauté française de Belgique. En 2008, il est l'un des initiateurs du projet Febar, sur la migration, aux cotés de Michael de Cock et Younouss Diallo et en signe la mise en scène.

Michel Bernard rejoint l'équipe de FOTTI pour la seconde fois. Pour ce workshop, Michel Bernard et Younouss Diallo travailleront sur des fondamentaux techniques (la voix, le souffle, l'espace) à partir d'un mélange de textes.

FOTTI
FOTTI, qui signifie rencontre en Peulh, est une structure fondée en 2007 qui rassemble des artistes et des acteurs sénégalais autour du désir de donner un nouveau souffle à la création artistique contemporaine au Sénégal par une approche professionnelle, engagée, ouverte au monde et fondée sur la rencontre des cultures.

Ce projet est un projet pilote au Sénégal. FOTTI axe ses activités en régions. En partenariat avec les centres culturels régionaux elle a créé une école itinérante de formation en arts de la scène à destination des artistes. La pédagogie adoptée par les animateurs des formations (metteurs en scène et dramaturges étrangers) est basée sur la rencontre et l'échange à partir de la diversité des expériences artistiques et culturelles et d'une réflexion approfondie sur la transmission du patrimoine traditionnel des arts de la scène. En 2008, FOTTI a organisé trois sessions de workshops alternativement à Kaolack et Ziguinchor à l'attention d'un petit groupe de comédiens qui a suivi l'intégralité du programme. Chaque workshop se clôturait par une présentation publique en présence de la population locale et des autorités. Un dispositif d'accompagnement à l'entrée dans la vie professionnelle a également été mis en place pour les stagiaires en créant une compagnie de théâtre qui participera à des créations internationales. Au fur et à mesure des formations, la compagnie s'étoffera, d'autres compagnies naîtront également. Ces premières réalisations forment la base d'une véritable plateforme culturelle de rencontre, de formation, de création, d'échange, de recherche et de promotion d'artistes issus de toutes les disciplines des arts de la scène.

3. Activités 2008

3.1. Premier workshop - du 17 février au 2 mars 2008 au Centre Culturel Régional de Kaolack

Cet atelier fut dirigé par Michael de COCK, artiste pédagogue, comédien, metteur en scène, auteur et coordonné par l'association Fotti et Younouss DIALLO, coordinateur et directeur artistique de FOTTI.

a. Présentation du workshop 1

Le premier workshop était articulé autour du thème de la découverte du texte :
- la grande histoire,
- la petite histoire,
- le sous texte,
- la situation,
- le rythme,
- l'intrigue,
- le symbolisme.

Ce workshop a mobilisé dix artistes de niveaux et d'expériences assez variés. Ces derniers ont été choisis sur la base d'auditions organisées à Ziguinchor et à Kaolack.
Ce sont cinq artistes de Ziguinchor et cinq autres de Kaolack qui ont travaillé avec Michael DE COCK sur le thème de la découverte du texte théâtral à partir de la Cerisaie d'Anton TCHEKHOV.

La Cerisaie, support de base du programme de formation, s'est révélée comme une rencontre entre l'animateur de l'atelier Michael DE COCK, un belge, et les artistes stagiaires qui n'ont jamais connu TCHEKHOV. Cette rencontre est d'autant plus intéressante qu'elle met en situation des personnes qui ont des sensibilités assez différentes autour de ce texte.

La Cerisaie d'Anton TCHEKHOV est une œuvre théâtrale qui raconte la vie d'un peuple pris dans l'engrenage inéluctable de l'évolution. S'y ajoute que la période retracée dans l'œuvre témoigne d'une situation de crise qui a remis en cause toute une chaîne de valeurs et de croyances en état de décadence quasi absolue. Plusieurs situations du texte sont bien comprises dans l'environnement social, économique et culturel des stagiaires qui sont des jeunes en face d'une Afrique qui évolue de plus en plus vite.

Le choix de ce texte s'est avéré très pertinent. En effet, les stagiaires sont partis du texte pour débattre de la nécessité de l'évolution et du changement en général. Tous les thèmes abordés dans l'œuvre sont analysés rigoureusement par les artistes. C'est une démarche proposée par l'animateur qui orientait les échanges par un questionnement bien structuré. Il était question d'appréhender le texte par une lecture dirigée pour saisir l'esprit et les émotions qui sous tendent le texte.

En même temps qu'il dirigeait la lecture, l'animateur livrait des connaissances techniques permettant de pénétrer les réalités du texte en dégageant progressivement les niveaux d'analyse que l'on peut y retrouver : les thèmes et sous thèmes, la symbolique des rôles, l'intelligence des dialogues, les rapports des personnages avec leur milieu et entre eux…

Le travail de l'atelier est centré sur un ensemble de conseils, de techniques et d'attitudes à posséder pour passer de la lecture à la représentation. Ce qui nous amenait à constater une évolution progressive du texte vers le jeu par une approche pédagogique très souple qui a permis aux différents acteurs d'approcher la réalité des situations avant de les interpréter.

b. Déroulement du workshop 1

Lundi 18 au mercredi 20 février 2008

- prise de contact, connaissance du programme, distribution de textes de la Cerisaie de Tchekhov, lecture active des dialogues.
- discussion autour de la thématique abordée dans l'œuvre.
- situation de l'ambiance des dialogues, étude de texte et des personnages.
- essai de rapport de la vérité du texte avec les réalités du Sénégal ou du monde en générale.

Jeudi 21 au lundi 25 février 2008

- lecture, mise en train, interprétation de scènes
- construction de monologues inspirés par des thèmes du texte.
- travail individuel et en groupe sur la prononciation de texte, comment capter l'attention du public et faire vivre une histoire, une situation.

Mardi 26 février au samedi 1 mars 2008

- présentation d'une étape de travail
- évaluation personnelle, individuelle de chaque participant.
- travail avec chaque participant sur sa propre demande par rapport à l'objectif de l'atelier
- distribution de devoirs à faire pour le prochain atelier.
- Rencontre avec Monsieur IBRAHIMA NGOM, Directeur du Centre Culturel Régional de Ziguinchor, pour la préparation du 2ème Workshop prévu à Ziguinchor du 21 Avril au 3 Mai 2008

3.2. Deuxième workshop - du 21 avril au 3 mai 2008 au Centre Culturel de Ziguinchor

a. Présentation du workshop 2

Le programme de l'atelier de Ziguinchor est centré sur le thème de l'incarnation du personnage :
- La mémoire émotionnelle
- Le corps du personnage
- Son biorythme
- Son statut social
- Son costume
- Observation
- Gestus.

Suite logique de l'atelier tenu en février avec Michael De Cock à Kaolack dont le thème était la découverte du texte, le workshop de Ziguinchor avait pour objectif de franchir une seconde étape dans l'évolution artistique et technique du groupe de stagiaires en vue de leur professionnalisation.

Ce workshop était dirigé par Michel Bernard metteur en scène et pédagogue belge et Younouss Diallo coordinateur artistique de l'association. Michel Bernard avait suivi le groupe à Kaolack où il avait pu observer les stagiaires travailler avec Michael De Cock, ce qui a permis une intégration rapide du formateur dans le groupe.

Les dix artistes-comédiens ont travaillé sur le thème de l'incarnation du personnage à partir du texte de "Prométhée enchaîné" de l'auteur allemand Heiner Müller, d'après Eschyle (extraits). Ce texte riche et dense est par sa nature et sa structure une œuvre qui permet l'apprentissage de la rigueur, de l'exigence et le développement de l'imagination nécessaire au travail théâtral.

"Je sais qu'en imaginant ce travail de 12 jours, je vais être confronté à plusieurs problèmes: la diction, la respiration, l'articulation, la précipitation des acteurs à vouloir bien faire. Ce sont des problèmes identifiables lors du workshop de Kaolack. Et plutôt que de les contourner en travaillant dans leur propre langue (wolof ou diola), je préfèrerai les mettre en avant. Et surtout je perçois, que tous les acteurs n'ont absolument pas dévolu à une vertu essentielle de l'art : l'imagination. Souvent, je les perçois coincé entre un théâtre tribal, un théâtre à vocation sociétal (prévention Sida, la cause des femmes, l'émigration clandestine...) et un théâtre de divertissement. Certes les conditions de représentation ne sont pas les mêmes qu'en Europe : locaux construit plus en centre culturel qu'en théâtre. Scène impraticable, pas de dégagement, pas de grille technique, pas de pendrions, pas... on travaille sur des matériaux bruts : une salle poly forme sans condition technique. Mais je me souviens des nombreux lieux où nous jouions début des années quatre-vingt. Refus de la salle à l'italienne, inscrire l'acteur et le spectateur dans une connivence dramaturgique et scénique, de développer les moyens artistiques (même si ils sont pauvres) de susciter le débat chez le spectateur considéré plus comme un sujet actif que comme un consommateur.
Je pense que je peux y aller !

Je n'ai pas forcément de technique : juste des propositions. En fait, je travaille généralement avec l'acteur pour susciter nos imaginations, nos compréhensions, nos doutes, nos questions, nos débats. Je ne viens jamais au début d'un travail avec une idée préconstruite, ni une volonté de résultat. Mon travail consiste en fait à débattre scéniquement de la raison de présenter ces actes sur la scène, et de leur donner une résonance plastique contemporaine.
Et dans une complicité entre les partenaires, d'accepter d'aller jusqu'au bout de nos convictions. Le débat peut ainsi être autant politique qu'esthétique, autant dramaturgique que social, autant inconscient que réaliste !" Michel Bernard, formateur du workshop.

b. Déroulement du workshop 2

I - Prise de contact / échauffement / texte
II - Travail de texte / distribution
III - Travail du corps / lenteurs / diction / Jeu
IV - construction de Scènes
Au départ de ce travail, Michel Bernard et Younouss Diallo souhaitaient axer le workshop sur la cohésion du groupe (respect du groupe et autonomie de l'individu, exigence de la tension de jeu, déblocage des imaginations). Pour se faire, deux points de départ (indépendamment du texte) : le travail sur le choeur et sur la lenteur.

Pourquoi le choeur ? Parce qu'il exige d'abord une discipline. L'acteur en tant que sujet doit ainsi se fondre dans le groupe et le respecter. Le groupe peut être plus fort que son individualité et du coup, l'acteur doit l'accepter et se mettre au service des autres. Il en va du respect des partenaires autant que de créer une relation entre eux sur une technique éprouvée.

Pourquoi la lenteur ? Parce que la lenteur exige une autre écoute de soi. On marche vite, on s'agite, on veut trop vite bien faire. La lenteur est une dimension importante : prendre conscience de son mouvement, de toutes les tensions qui s'opèrent dans la marche, de prendre en charge son corps et son esprit plutôt que de le laisser filer dans une volonté précipitée

Les 21 et 22 avril, le travail de l'atelier était centré sur des exercices d'éveil, de maîtrise des déplacements, d'occupation de scène, d'appréciation de l'équilibre de plateau. Il s'agissait de travailler sur la conscience de soi et du groupe dans le jeu théâtral que nous comprenons comme une œuvre collective nécessitant la solidarité et la coopération de tous les acteurs engagés dans la création artistique. La familiarisation avec le texte a aussi été un moment fort dés la fin de la deuxième journée.

De façon systématique les travaux démarraient avec des séances d'échauffement, d'éveil et de travail sur la présence et la conscience du groupe dans le jeu collectif.

Les 23 et 24 avril le travail a porté sur la compréhension du texte, la délimitation des parties du texte à travailler par les acteurs, la psychologie des personnages et le contexte de la pièce. Le travail sur la diction a aussi occupé une bonne partie du temps de travail. Etant donné le caractère du texte il fallait plus d'exigence dans sa restitution par les acteurs.

A la suite de ces travaux les propositions des acteurs sur les possibilités de construction de scènes et d'équipement du décor ont surgi.

A partir du 25 avril et jusqu'à la fin du stage, le groupe a travaillé sur la composition de situations par scène et par groupe d'acteurs. Les exercices d'éveil, de conscience du groupe, d'occupation de l'espace scénique étaient tout le temps repris et ce sous la direction des acteurs.

Le 2 mai, une représentation du travail a été montrée devant 80 personnes pour clôturer les travaux. Pour clôturer le workshop, une évaluation avec les stagiaires en présence de tous les membres de FOTTI a été réalisée.

"Au final, le vendredi 2 mai, nous présentons 1 heure de ce travail. L'évaluation individuelle complétera ces moments intenses passés entre nous. Adjifana vient me trouver et me dit : je voulais arrêter le théâtre, tu m'as redonné le goût du théâtre. Laye me serre dans ses bras et me dit : il faut qu'on continue. Kabila et les autres me manifestent leur plaisir du travail. Les sourires témoignent de leur plaisir, de leur découverte, de leur liberté de ton.
Ils savent ce qu'ils doivent travailler dans les mois futurs, ils savent qu'il leur faut être exigeant et libre pour poursuivre l'invention théâtrale, pour construire un théâtre contemporain sénégalais. Et Fotti y veille...." Michel Bernard, formateur du workshop II

3.2. Troisième workshop - du 1er au 16 septembre 2008 au Centre Culturel Régional de Ziguinchor

a. Présentation du workshop 3

Le troisième workshop a permis de faire le point de l'acquis accumulé par les 10 artistes-comédiens pendant les deux workshops précédents. A partir d'improvisations, Chokri Ben Chikha, le formateur invité, a particulièrement mis l'accent, en collaboration avec Younouss Diallo, sur la découverte du travail du corps.

A partir d'une thématique "les stéréotypes", qui malgré son caractère universel, a encore rarement fait l'objet d'un réel travail de recherche artistique partant des visions "africaines" sur "l'ancien" colonisateur, Chokri a permis, à travers un travail d'improvisation, de faire ressortir chez chacun son rapport personnel à la thématique. Même si on touche par moment à des tabous, même si certains n'expriment les choses que très superficiellement, Chokri est arrivé à faire parler les corps dans tout ce qu'ils ont de plus fragile et d'expressif à la fois. Ce workshop a permis également d'augmenter la conscience théâtrale des artistes-comédiens. L'approche pluridisciplinaire (théâtre, danse, musique, chant) a permis à chacun d'exprimer ce qu'il avait en lui, à sa façon, la forme d'expression n'étant pas imposée à l'avance.

La volonté de Chokri de pousser les artistes à puiser dans leur patrimoine culturel et artistique afin de développer des formes nouvelles a été présente tout au long du workshop. Il a repéré plus particulièrement deux comédiens ayant un véritable potentiel au niveau de la danse. Il les a incité à faire des recherches sur le patrimoine artistique dans ce domaine dans leur région. Ce travail sera approfondi.

Ce workshop est devenu pour Chokri une partie de son travail doctoral qui a pour titre "Quelle est la valeur critique des stéréotypes comme symboles dans le théâtre ?" L'idée n'est pas de contrer les stéréotypes par le théâtre, mais plutôt d'analyser le stéréotype comme symbole théâtral et de déconstruire (comprendre, mettre à nu, identifier,…) le mécanisme qui se cache derrière l'utilisation de stéréotypes dans le théâtre.

Le documentaire de Jean Rouche "Les maîtres fous" était un beau point de départ : des pêcheurs ghanéens se retrouvent une fois par semaine et rentrant en transe, proposent leur vision (stéréotypée), en mouvement et en musique, de rituels "blancs". Un tel documentaire illustre de façon indirecte le développement d'images stéréotypées de représentations africaines sur la société occidentale.

En tant que metteur en scène et chercheur, Chokri a créé de nombreux spectacles où l'utilisation "volontaire" des stéréotypes était fréquente. Les expérimentations menées à partir de cette thématique ont souvent mené à des approches nouvelles et surprenantes. Le travail au Sénégal avec Younouss Diallo et les artistes-comédiens en formation a permis de poursuivre la réflexion sur l'utilisation des stéréotypes dans le théâtre.

b. Déroulement du workshop 3

La première semaine, les comédiens ont été confrontés à des images, musiques et textes typiquement occidentaux, soigneusement présélectionnés. Ont suivi des discussions et surtout des improvisations. Ces improvisations ont permis de réunir de la matière pour créer des personnages et des situations, que ce soit du texte, des mouvements, de la musique, voir une combinaison des trois.

La deuxième semaine, la matière utilisable a été sélectionnée. Les différents éléments ont été confrontés et combinés, produisant ainsi des approches originales, souvent imprévues pour la recherche artistique. Cette méthode de "décontextualisation" et association est un exemple de synthèse après analyse: des fragments sont sortis de leur contexte et rassemblés dans le cadre d'associations parfois étranges, nouvelles, surprenantes ayant comme objectif d'offrir de nouvelles perspectives à l'utilisation des stéréotypes dans le théâtre.

Le thème central de l'atelier a permis de mettre en évidence, de clarifier, … les mythes populaires sur le "blanc" et le "noir" sur fond de rapports entre français et sénégalais influencés par l'histoire coloniale. Le travail accompli pendant le workshop a permis dans ce sens de partir des "petites" expériences personnelles des comédiens/danseurs, et de les confronter à la "grande" histoire Franco-Sénégalaise.

L'histoire développée au cours du workshop permet de comprendre la démarche : Une femme blanche est assassinée dans un village au Sénégal. Qui a tué cette blanche ? Un de ces amants noirs ? Les femmes sénégalaises jalouses ? Son mari français humilié ? Un groupement extrémiste mené par un Arabe ?

Cette histoire sert de métaphore pour mettre à nu le dilemme identitaire du Sénégalais moderne :
1. la relation complexe entre le Sénégalais et son "ancien" colonisateur.
2. l'influence de l'héritage arabo-islamique
3. les tensions ethniques latentes
4. les questions autour de la sexualité : le tourisme sexuel, les mariages arrangés...

Le public est juge, avec sa propre partialité.

Comme la situation de crise est jouée à chaud, tous les stéréotypes concernant les origines de chacun apparaissent au grand jour et en ressort toute la complexité dans la recherche identitaire du Sénégalais avec ses influences françaises, islamiques et arabes.

La collaboration et le résultat final (tant au niveau de la forme que du contenu) ont été très satisfaisant tant pour FOTTI que pour Chokri Ben Chikha. Des deux côtés, il y a une réelle volonté de poursuivre la collaboration. Un projet de création est dans ce sens en cours d'élaboration pour 2010.

Lundi 1/9 et mardi 2/9

Les stagiaires ont été amenés, par un travail d'improvisation corporelle, à objectiver la vision qu'ils ont d'eux-mêmes, en neutralisant les expressions du visage et du corps, par la variation du mouvement et par ce travail, arriver à organiser consciemment la libération d'énergie. Des séances de danse ont permis d'expérimenter cette neutralisation, basée sur la recherche de l'énergie dans la tête et son expression par le corps.

Après un travail individuel, les artistes-comédiens ont fourni un travail de mise en commun de petites chorégraphies à combiner, avec une nécessité de rechercher l'entente et la complicité, avec une prise de conscience de la présence des autres et de l'orientation de leur mouvement.

Mercredi 3/9 et jeudi 4/9

Après ce travail sur le corps, les artistes-comédiens ont été amenés à développer des petites scènes d'improvisation basées sur leur vécu et de développer un récit individuel à partir de la thématique des stéréotypes, sans que celle-ci ne soit fortement explicitée par Chokri Ben Chikha.

Le travail chorégraphique est poursuivi avec des éléments de danse contemporaine et traditionnelle où la recherche d'images qui accrochent par l'unité et l'harmonie d'ensemble est une priorité.

Au bout de ces quatre journées, les artistes-comédiens ont également été formés à formuler des critiques sur leur propre travail et celui des autres.

Vendredi 5/9

Les artistes-comédiens ont été confrontés à des images, films, textes sur la thématique des stéréotypes, de la question identitaire et raciale… : Malcolm X, "Les maîtres fous" de Jean Rouche, "Les nègres" de Jean-Genet… Des films de chorégraphes (Wim Van De Keybus) ont également été projetés dans le but de montrer les possibilités infinies du corps et l'importance et l'influence de l'environnement sur la création artistique selon qu'elle soit produite dans une salle, un jardin ou tout autre lieu….

Du lundi 8/9 au jeudi 11/9

Le travail de création a eu lieu tout au long de la semaine en reprenant des chorégraphies, des dialogues, des monologues, de la musique,… qui avaient été expérimentés la semaine précédente.

Vendredi 12/9

Présentation publique des résultats des travaux du troisième workshop devant une 60aine de personnes.

Dimanche 13/9

Une évaluation générale est réalisée en présence des dix artistes-comédiens, l'équipe de Fotti et Chokri Ben Chikha.

4. Les stagiaires

Comme mentionné précédemment, les artistes-comédiens qui ont participé à ces trois workshops, ont été sélectionnés sur base d'une audition réalisée par les membres de FOTTI avant le premier workshop. L'objectif était d'ouvrir le programme de formation à l'attention d'artistes provenant des régions de Kaolack et de Ziguinchor.

Les stagiaires ayant bénéficié de la formation jusqu'à présent sont :
- de Ziguinchor : Abdoulaye COLY, Dembo DABO, Mamadou Abdoulaye DIATTA, Tidiane GOUDIABY, Fatou HANN.
- de Kaolack : Yaya GUISSE, Idrissa M'BENGUE, Adji Fana DIOUF, El hadj Abdou Rahmane N'DIAYE, Ramatoulaye DIAW.

Il était convenu qu'au terme du troisième workshop, certains artistes seraient sélectionnés pour faire partie de la compagnie de théâtre de FOTTI. C'est ainsi que six des dix artistes-comédiens ont été sélectionnés sur base des résultats acquis pendant les trois workshops. Ceux-ci font partie aujourd'hui de la compagnie de théâtre JUNO de l'association FOTTI. Les artistes retenus sont Mamadou Abdoulaye DIATTA et Fatou HANN de Ziguinchor et Yaya GUISSE, Idrissa M'BENGUE, Adji Fana DIOUF et El hadj Abdou Rahmane N'DIAYE de Kaolack. Ce vivier d'artistes participera dès 2009 à des créations et à des projets de co-production de FOTTI au niveau régional, national et international.

Par ailleurs, l'ensemble des dix artistes-comédiens continueront leur formation en 2009 afin de bénéficier d'un programme complet de ce qu'on appelle communément "les passages obligés" de la formation théâtrale.

5. Bilan et perspectives

Cette première année d'activité de FOTTI a permis de confirmer d'une part le besoin de formation sollicitée par les acteurs culturels du secteur théâtral et d'autre part la nécessité de poursuivre ce programme qui participe à l'épanouissement d'une vie artistique mieux organisée et de plus en plus dynamisée.

Le groupe des dix acteurs ayant participé aux trois ateliers s'est consolidé. Depuis le premier workshop (février 2008), l'équipe de FOTTI a pu constater une réelle évolution physique des artistes, une prise d'assurance ainsi que le développement d'une conscience collective au sein du groupe d'artistes.

En ce qui concerne l'équipe encadrante, la collaboration dans la gestion des tâches par l'équipe administrative et de coordination s'est fortement améliorée au cours des trois workshops. La collaboration avec les centres culturels de Kaolack et de Ziguinchor et leur équipe respective s'avère très satisfaisante. Ces centres culturels régionaux ont tenu leur engagement comme partenaires privilégiés de FOTTI, en mettant à disposition les locaux et le personnel et en soutenant le projet en assurant sa promotion au sein de leurs régions respectives.

Les workshops ont en outre suscité l'enthousiasme des formateurs invités et ont donné lieu à des projets de création, basée sur des co-productions entre FOTTI et des partenaires étrangers:
- Au terme du premier workshop, Michael De Cock décide avec Younouss Diallo d'aller plus loin dans le travail initié sur la Cerisaie. La création à partir d'une adaptation de la Cerisaie, dans une co-mise en scène de Michael De Cock et de Younouss Diallo, se concrétise actuellement. La création est prévue en co-production avec le théâtre t'Arsenaal de Malines, le Zuiderpershuis d'Anvers (Maison des cultures du Monde) et le Festival Moessem d'Anvers. Des négociations sont en cours avec des théâtres en Communauté française de Belgique et ailleurs en Europe. Cette création se fera avec des comédiens de la troupe sénégalaise "JUNO" de FOTTI et des comédiens belges. Une tournée de six semaines est prévue aux mois d'octobre et novembre 2009 en Europe. Par ailleurs, une tournée dans les cinq principaux centres culturels régionaux du Sénégal est prévue en avril-mai 2010 (Kaolack, Ziguinchor, Fatick, Louga, Saint-Louis).
- Par ailleurs, la collaboration et le résultat final (tant au niveau de la forme que du contenu) du troisième workshop ont été très satisfaisants tant pour FOTTI que pour Chokri Ben Chika. Des deux côtés, il y a une réelle volonté de poursuivre la collaboration. Un projet de création "L'Afrique, c'est chic, le fric, c'est chic, freak out !" (titre provisoire) est dans ce sens en cours d'élaboration pour 2010.

Aussi, l'association FOTTI a-t-elle privilégié, dans le cadre de la réalisation de ce programme, une démarche de concertation au niveau national, qui implique toutes les forces actives au développement. C'est ainsi que les autorités locales politiques et administratives ainsi que les acteurs culturels et les artistes ont été saisis dés la mise sur pieds de l'association. Ceci pour d'une part les informer de ses intentions et projets pour la culture et de définir un cadre de partenariat pour mieux assurer la réussite de ses programmes avec de véritables retombées pour les artistes et les régions dont ils sont issus. FOTTI, qui souligne le rôle important joué par les institutions et les acteurs du théâtre engagés dans son action de développement culturel et de professionnalisation en arts de la scène, souhaite renforcer ce partenariat par une présence plus effective de ces acteurs dans leur soutien à son action. C'est dans ce cadre que FOTTI a effectué lors de chaque workshop des visites à la Gouvernance, le Conseil régional et la mairie de Kaolack et de Ziguinchor respectivement pour les mettre au courant de ses activités et solliciter leur accompagnement pour la suite de son programme. Ces visites récurrentes ont déjà permis d'attirer l'attention des autorités sur tout le travail accompli. Des propositions concrètes de partenariat ont déjà été formulées pour la suite du programme. Celles-ci s'orientent vers un soutien logistique lors de l'organisation de workshops et autres activités liées au programme de FOTTI.

Les personnes rencontrées sont :
- le Gouverneur de la Région de Kaolack, Monsieur Coly
- la Présidente du Conseil régional de Kaolack
- le Gouverneur de la Région de Ziguinchor, Léopold Wade et l'adjoint chargé du développement culturel, Abdoulaye Faye
- Mairie de Ziguinchor : la responsable culturelle Jeanne Tavares, les adjoints Oumar Diop et Mustapha Diédhiou et l'adjoint à la culture Younouss Sonko.
- Conseil Régional de Ziguinchor : le conseiller régional Cherif Sambou et le chargé de coopération décentralisée - secrétaire général par interim, Souleymane Sall.

Par cette première année d'activités, FOTTI a pu établir les bases d'une activité plus structurelle qui s'articule autour de trois axes :
- Le développement d'un programme de formation intensive en arts de la scène au Sénégal, prioritairement dans les régions de Kaolack et de Ziguinchor, et mise en place d'une école de formation itinérante (ceci permettra d'élargir les bénéficiaires du programme de formation à des artistes d'autres régions)
- La participation à créations en co-production avec des partenaires étrangers avec la compagnie de théâtre JUNO de FOTTI.
- La création d'une plateforme culturelle pluridisciplinaire de rencontre, de formation, de création, de recherche et de promotion d'artistes permettant de structurer les échanges entre les artistes sénégalais et leurs homologues étrangers de façon permanente

C'est dans ce sens aussi que FOTTI s'est associé à l'association Talaata en Belgique, composée de personnes du monde artistique, culturel et de la coopération culturelle, qui ont soutenu les activités de FOTTI dès le départ. Cette association souhaite développer un travail en commun avec FOTTI pour les activités de recherche, de promotion et de communication autour des projets de FOTTI, pour lui faciliter la logistique des tournées internationales et pour participer à la recherche de partenaires au projet en Europe en vue d'éventuelles co-productions.

6. Les partenaires locaux et étrangers

Comme déjà mentionné, FOTTI a bénéficie de la collaboration des centres culturels régionaux de Kaolack (CCRK) et de Ziguinchor (CCRZ). Celle-ci à été essentielle dans la mise en place des workshops et a permis d'assurer le promotion locale du travail artistique des comédiens formés par FOTTI.

Par ailleurs, FOTTI a bénéficié du soutien de nombreux partenaires étrangers pour la réalisation du programme de formation de l'année 2008 (3 workshops) : AFRICALIA, CGRI (Wallonie-Bruxelles), Ministère de la Communauté flamande, Couleur Café, Fondation Prince Claus, T'Arsenaal (Malines - Belgique), Théâtre de Poche (Bruxelles - Belgique), Conservatoire Royal de Gand (Belgique).

Grâce au Festival Couleur Café, FOTTI a pu bénéficier d'une première vitrine de ses activités en Belgique à l'occasion du festival.
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