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20|01|2010document > poésie
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Les poètes d'Haïti Ernest Pépin

      1
      À Port-au-Prince les poètes sont légions
      Ils ont les yeux crevés des voyants
      Les mains percées de mots
      Et le visage tatoué par les griffes de la nuit
      J'écoute le testament de leurs songes
      Quand leurs lèvres brûlées
      N'ont plus d'ombre pour panser la misère
     
      2
     
      À Port-au-Prince
      Les poètes sont légions
      Ils inventent des cris de funambules
      Sur le fil des mots
      Ce ne sont pas des araignées
      Même s'ils cousent les jours clandestins
      Ce ne sont pas des chiens errants
      Même si l'amour aboie pour ne pas pleurer
      Ils ont la peau pelée de la montagne
      Et le rire large de l'Artibonite
      Chaque seconde ils inventent une étoile
      Parce que la ville pourrait mourir aveugle
      Chaque seconde ils déposent aux carrefours
      Un poème
      Parce que les mots pourraient mourir de faim
     
      3
     
      À Port-au-Prince les poètes sont légions
      Ils nous invitent au cabaret des songes
      Au pays que voici
      À Ombarigore
      Pour boire les mots des folies douces
      Les mots des villes où les mots se suicident
      Dans les casernes
      Et les cauchemars
      Les mots mêlés à la poussière
      À l'exil
      À l'odeur des odeurs mortes
      Ce ne sont pas des éboueurs
      Même s'ils ont un ciel à nettoyer
      Ils veulent qu'on les écoute
      Et qu'on prie avec eux
      Et qu'on peigne avec eux une ville de peintres
     
      4
     
      À Port-au-Prince les poètes sont légions
      Ils vont entre amour et colère
      Dénoncer les pluies assassines
      Et les soleils en uniforme de vampire
      Chaque fois que vous allez à Port-au-Prince
      Écoutez les troubadours
      Regardez le sang des peintres
      Achetez le cœur des marchandes
      Entrez dans la danse des passants
      Vous trouverez toujours un poète
      Sans passeport
      Dont les mots voyagent
      De marchés en musiques
      De musiques en capitales
      De capitales en citadelles
      Pour le peuple des peuples
     
      5
     
      À Port-au-Prince les poètes sont légions
      Ils lancent dans la ville
      Des ailes de papillons
      Des avions en papier
      Des lettres d'amour
      Des colibris bleus
      Et des cris de prophètes
      Et la ville s'envole dans un rire de poète
      Et la ville saigne
      Et la ville prend la drogue du soleil
      Et la ville tourne en rond
      Comme un chien qui se mord la queue
      Et la ville jouit comme une fleur sauvage
     
      6
     
      À Port-au-Prince les poètes sont légions
      Ils n'ont pas de tréteaux
      Parfois ils ont des livres ouverts
      À même le ciel
      À même les bibliothèques des trottoirs
      À même les veines ouvertes des matins
      À même la nuit sonore des femmes
      Le plus souvent ils habillent le silence
      Et polissent les larmes des divinités
      Ils donnent la voix
      Ils sont la voix du peuple des peuples

Ernest Pépin




Faugas, le 19 octobre 2009

Faugas, le 19 octobre 2009

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Pour le Peuple de Haïti et à la mémoire de Toussaint-Louverture Publié par anick roschi le 24|01|2010

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