Sucre amer

De Christian Lara

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Fiction historique, Sucre amer est un film dense et passionnant dont l’intention crève l’écran : restaurer la mémoire antillaise face à son effacement métropolitain et, plus encore, montrer que mieux comprendre l’Histoire de la Guadeloupe aide à mieux comprendre l’Histoire de France ! Il s’agit donc de montrer et d’analyser. Pour mener à bien ce dessein clairement pédagogique, Lara part du vécu d’Ignace (Jean-Michel Martial, toujours excellent), esclave affranchi devenu commandant de l’armée française et accusé de haute trahison pour avoir combattu l’armée de Bonaparte qui venait rétablir l’esclavage aboli par la Convention. Un remake en somme de Vivre libre ou mourir, qu’il avait tourné en 1980 avec de faibles moyens et dont il restait insatisfait. Il reprend le même procédé, alternant les scènes de reconstitution historique avec les réunions d’un tribunal moderne fictif, le Tribunal de l’Histoire, qui fera (à l’américaine) le procès de la colonisation française outre mer. Il y ajoute pourtant un troisième lieu : la réunion des jurés, qui sont pour la plupart des personnages (en costumes) de l’Histoire de la Guadeloupe. L’éclatement du film en trois lieux et la place que prennent les dialogues dans les délibérations rendent le film touffu mais pas confus, car la question posée émerge clairement : Ignace a-t-il vraiment trahi la patrie ? En somme est-il légitime de se révolter contre le racisme et l’intolérance ? Les témoins du procès sont issus de toutes les époques de l’Histoire. On devine leur réponse.

(prix Paul Robeson de la Diaspora au Fespaco)///Article N° : 846

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