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01|03|1999analyse > théâtre
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Joujou Turenne (Haïti) ConteusePascale Pontoreau

" Montréal, c'est chez moi ! " Itinéraire d'une ambassadrice d'une culture autre qui ne prétend pas la représenter entièrement.

      " J'ai été élevée en français dans ce milieu haïtien où l'on pense que la planète vit en français. Et quand j'ai quitté mon île, j'étais trop jeune pour avoir appris ma culture. J'ai été arrachée de ce terroir trop tôt. Je n'avais pas ma langue en poche. À l'adolescence, je me suis dit qu'il me manquait quelque chose. Pour répondre à mes propres questions, à tâtons, je suis partie chercher mes origines. Je ne savais pas que je partais à la quête de mon identité. J'ai commencé par la danse, ses sons, ses mouvements, ses rythmes puis la langue, ses subtilités, ses phrasés, ses onomatopées, ses images. En fait, j'ai fini par acquérir plus de connaissances que si j'étais restée en Haïti.
      Au départ, j'étais professeur en psychomotricité avec des enfants qui ont des troubles d'apprentissages. Je leur apprenais à sortir de leur problèmes par le mouvement. Petit à petit, je faisais tellement de danse avec eux, que la danse est devenue une évidence pour moi. Puis la danse n'a plus suffit à exprimer ce que je cherchais alors j'ai ajouté des sons, puis des mots. Et j'ai basculé dans le théâtre. La fusion corps-parole s'est inversée et j'ai commencé à écrire des textes qui me ressemblaient. Alors je suis entrée dans l'univers des auteurs afro-antillais. Et là j'ai découvert des textes qui me ressemblaient encore plus puisqu'ils étaient écrits avec les mots de mes aïeux. Et je suis devenue conteuse.
      Je peux être ambassadrice d'une culture peu ou mal connue. Car c'est en allant vers l'Autre qu'on casse les murs de l'intolérance. C'est la seule façon de ne pas avoir peur du voisin et de réaliser qu'au-delà des différences, nous avons beaucoup de points communs. Quand on amène la différence sur le tapis, elle s'apprivoise plus facilement. Mais à partir du moment où on devient ambassadrice, on nous met dans une boîte : et je suis devenue LA conteuse haïtienne à Montréal. Ce qui est ennuyeux parce que c'est faux. Je raconte toute sorte d'histoires, et j'invente des histoires. Je ne peux pas porter ce chapeau parce que ma culture est bigarrée, ma langue est hybride, mon vécu est partagé. Je trouve dommage que l'on définisse l'identité de quelqu'un uniquement entre sa terre natale et sa terre d'adoption parce que l'identité se nourrit au passage de tout ce qu'on croise.
      La communauté haïtienne m'a adoptée quand je suis devenue plus connue ; avant, personne n'aurait bougé pour venir me voir. Je crois que la communauté faisait preuve d'une certaine paresse culturelle. Ils appellent cela la préservation de la communauté, moi je trouve que cela fait ghetto. Mais c'est en train de changer, grâce aux jeunes entre autres. Mais quoiqu'il m'arrive, je reviens à Montréal. C'est là où j'ai grandi, où j'ai reçu mon premier baiser, où j'ai appris à vivre, où j'ai eu mal. C'est vraiment chez moi ! "

propos recueillis par Pascale Pontoreau




Née en Haïti en 1961, Joujou Turenne est actrice, animatrice, chorégraphe et conteuse professionnelle. Elle est arrivée à Montréal en 1975.
Joujou Turenne a publié ses contes dans Joujou, amie du vent, aux éditions du CIDIHCA, Québec, qui se termine par ces phrases :
Et moi, Joujou, amie du Vent
Fille des îles
Fille d'exil
née sur une île
Haïti
vivant sur une autre île
Montréal
j'ai partagé avec vous une partie de mon île intérieure.

Née en Haïti en 1961, Joujou Turenne est actrice, animatrice, chorégraphe et conteuse professionnelle. Elle est arrivée à Montréal en 1975.
Joujou Turenne a publié ses contes dans Joujou, amie du vent, aux éditions du CIDIHCA, Québec, qui se termine par ces phrases :
Et moi, Joujou, amie du Vent
Fille des îles
Fille d'exil
née sur une île
Haïti
vivant sur une autre île
Montréal
j'ai partagé avec vous une partie de mon île intérieure.

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