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Nigéria, région du bas Niger. Statuette "Bronze". Hauteur 25 cm. Collection particulière

© Archives Musée Dapper et Hugues Dubois

Bangwa, Cameroun, Grassland. Statue commémorative d'une princesse. Bois et pigments. Hauteur 85 cm. Pièce collectée en 1897-1898 par Gustav Conrau, puis rapportée en France en 1899. Ancienne collection Arthur Speyer, Charles Ratton, Helena Rubinstein et Harry A. Franklin. Musée Dapper, Paris, inventaire n°3343

© Archives Musée Dapper, Paris- photo Hugues Dubois.

Punu, Gabon. Masque mukuyi. Bois et pigments. Hauteur 33 cm. Musée Dapper, Paris, inventaire n°1481

© Archives Musée Dapper, Paris- photo Hugues Dubois.

Région de Bougouni, de San ou de Ségou. Statuette do nyeleni. Bois, métal et pigment. Hauteur 65 cm. Musée Dapper, Paris, inventaire n°0254

© Musée Dapper- photo Bruno Albertoni

10|07|2007analyse >
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Musées en Afrique : esthétique du désenchantement Yacouba Konaté

Partout en Afrique, le musée ethnographique d'ascendance coloniale, reste la forme dominante des institutions dédiées à l'exposition des arts visuels. Cannes, lance-pierres, pipes, tabatières, lits, appuie-têtes, échelles, portes, et on en passe : à chacune de ces rubriques, des objets fabuleux confirment que dans l'Afrique précoloniale, la question du goût renvoya à des pratiques sociales ouvertes sur l'élégance et la collection. Tant et si bien que la question qui se pose à titre principal est celle-ci : comment l'Afrique dite moderne et contemporaine, a-t-elle pu troquer cette culture active et brillante de l'objet pour la culture de bois morts du musée ?

Pour répondre à cette question, indexer l'aliénation ou incriminer la domination et l'occidentalisation ne sauraient suffire. Encore faut-il comprendre la tournure d'esprit qui entre dans la place par l'imposition de l'institution muséale. On peut penser que par la généralisation de la forme musée ethnographique, l'Occident et notamment le pouvoir colonial articule une opération double : d'une part, il se rejoue à lui-même, sous les tropiques, une page de sa propre histoire : celle de l'avènement de la modernité. D'autre part, il élabore une version de l'homo africanus. La réflexion qui suit, examine les implications de l'émergence de l'institution muséale en Afrique. En tant qu'avatar de la colonisation, le musée assume et affiche certains réquisits de la modernité. Au nombre de ces dispositifs qui ensemble créent et activent un système néocolonial de production et de consommation d'objets, constituant le musée en épicentre, on peut retenir : la logique libérale du marché, l'idée de collection, le modèle esthétique. L''inscription de ces référents dans le fonctionnement du système muséal consiste en ce qu'il procède à une mise à mort symbolique du sujet créateur africain.


Des vestiges honteux au système du musée

Institué pour rendre accessibles à tous les trésors longtemps tenus pour le privilège du roi et des nobles, le musée, tout au moins dans la tradition française, est un don de la Révolution française au peuple. Le musée néocolonial est lui-même un attribut de la modernité. Instrument de la politique scientifique et culturelle de l'État colonial puis néocolonial, il exemplifie la puissance publique faisant collection d'objets d'intérêt ethnologique et esthétique. En Afrique, dans la partie francophone au sud du Sahara, le musée national, c'est-à-dire musée des civilisations reste souvent l'unique outil de collecte, de conservation et de promotion du patrimoine matériel. La forme spécifique de culture de l'objet qui s'illustre dans ce type de musées, trouve l'un de ces titres de légitimité à la XVIIIe édition de la biennale de Venise en 1921 où des objets d'arts africains furent exposés. La biennale de Venise vient en fait prendre acte d'un mouvement qui, de Londres à Berlin, en passant par Paris, prend la forme d'un engouement des intellectuels et des hommes de culture. Les avant-gardes artistiques, intellectuelles et scientifiques, dès l'entame du XXe, se firent des défenseurs passionnés et convaincants des arts d'Afrique noire. On parla alors de la vogue de l'art nègre.
Plus tard, au plan interne, le Festival mondial des Arts nègres à Dakar, en 1966, stimulera l'intérêt pour le masque et la statuaire. Une dialectique économique et culturelle raccordera la montée en puissance de la chaîne des métiers autour du masque et de la statuaire, au développement d'une clientèle occidentale de plus en plus importante et motivée. "Non seulement les boisseliers sénégalais essaiment dans les villes et marchés de Marseille ou Paris, mais ils intègrent d'autres pays africains, Côte-d'Ivoire, Guinée, Cameroun, dans leurs réseaux commerciaux. La Côte-d'Ivoire n'est plus seulement le lieu de fabrication des statuettes ; elle est aussi un lieu actif de commercialisation et de redistribution vers l'Europe (....)


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