Editorial
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"Étoile Congo" de Freddy Mutombo membre du collectif kinois "eza possibles". Installation réalisée dans le cadre des scénographies urbaines 2007 à Kinshasa et présentée à l'espace du collectif "pamba pamba te"
© Séverine Hubard
Réinventer les musées Ayoko Mensah
En tant qu'avatar de la colonisation, le musée assume et affiche certains réquisits de la modernité. Au nombre de ces dispositifs qui ensemble créent et activent un système néocolonial de production et de consommation d'objets, constituant le musée en épicentre, on peut retenir : la logique libérale du marché, l'idée de collection, le modèle esthétique.
Yacouba Konaté "Musées en Afrique : esthétique du désenchantement" Inventer de nouvelles formes de monstration
Notre dossier paraît alors que le monde des musées, désormais mondial lui aussi, est en pleine ébullition. Il y a un an ouvre à Paris, dans un climat de controverse, le fameux "Musée des arts premiers" finalement baptisé Musée du quai Branly. Quelques mois plus tard, trois personnalités du monde de l'art font paraître dans le quotidien Le Monde un article retentissant intitulé "Les musées ne sont pas à vendre", dans lequel ils dénoncent le projet, piloté par l'État français, de construction d'un "Louvre" à Abu Dhabi… Les projets de musées grandioses fleurissent à travers le monde. Bref, ce secteur culturel est en pleine révolution... Pour le meilleur ou pour le pire ?
Les avis sont partagés et les situations contrastées. D'une part, bien sûr, beaucoup saluent la métamorphose qu'ont opérée nombre de ces institutions depuis vingt ans. Elles ont su renouveler leurs approches muséographiques, attirer de nouveaux publics, s'inscrire dans le tissu culturel des villes… devenir des lieux de sociabilité, vivants et attractifs. Ces musées représentent désormais pour les pays du prestige, de l'influence et de la visibilité internationale. Mais ils n'échappent pas à la mondialisation et la marchandisation galopantes de tous les secteurs culturels. Tout en se revendiquant du principe d'universalité, ils se frottent de plus en plus aux lois du marché. La concurrence, le souci de rentabilité à court terme et la course aux moyens financiers s'accroissent proportionnellement. D'aucuns dénoncent avec inquiétude cette mutation commerciale. Les musées vont-ils devenir des entreprises comme les autres ?
L'Afrique s'est-elle enfin appropriée ces institutions souvent héritées du passé colonial ? Depuis le cri d'alarme lancé en 1991 par le président d'alors du Conseil international des musées (Icom), Alpha Oumar Konaré, le rapport des musées aux populations locales semble globalement avoir peu évolué. Tout reste encore à faire dans ce domaine. Les expériences passionnantes des Banques culturelles au Mali et des Scénographies urbaines à Kinshasa, qui sont relatées dans ces pages, montrent que l'Afrique ne peut se contenter de copier l'Occident. Elle doit réinventer ses musées selon ses propres critères et exigences, sortir du "fonctionnement du système muséal" qui, comme le souligne Yacouba Konaté, "procède à une mise à mort symbolique du sujet créateur africain". Elle doit inventer de nouvelles formes de monstration.
Nous ne pouvions donc envisager un tel dossier sans interroger les nouveaux enjeux muséographiques liés à la présentation d'objets dits "africains" dans les musées d'Europe. La réflexion de l'artiste Hassan Musa à ce sujet, qu'il nous livre dans son très beau texte intitulé "Les fantômes d'Afrique dans les musées d'Europe", est particulièrement stimulante. Que tous les contributeurs - artistes, chercheurs, professionnels ou journalistes - qui partagent leur expérience ou leur expertise au fil de ces pages soient vivement remerciés. La confrontation de leurs points de vue s'avère tout à fait éclairante.
Ayoko Mensah





















