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| redacteursJessica Oublié | evenementGondwana - The Last Pictures Show |
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The Last Picture Show III Une rencontre esthétique en pointilléeJessica Oublié
La troisième édition de The Last Picture Show III, destinée à promouvoir le travail des plasticiens camerounais dans leur pays et sur la scène internationale - confirme - malgré une scénographie peu équilibrée - la maturation d'un art contemporain Made in Cameroun. L'émergence d'une scène artistique camerounaise Une exposition à suivre en filigrane L'engagement d'une marchande d'art Arrêt sur images
Lueur d'un soleil couchant sur les bords d'une falaise. Suspendue en plein vol, une forme étrange habite silencieusement l'atmosphère. C'est ici, maintenant que s'arrête le temps, que s'endort la vie. De ce tableau sourd s'échappe une lumière criarde dont l'épais manteau dissimule des ombres funestes. La douceur du dégradé de l'œuvre, jaune, orange, marron, parvient à sublimer le sujet, à en taire le secret. L'image est non seulement acceptable à nos regards mais elle devient tour à tour fascinante et cruelle, splendide et effrayante. "Ainsi a plu aux dieux" fait partie de ces tableaux qui longtemps après avoir été vus hantent la mémoire et questionnent les sens. Cette œuvre de Benjamin Ewane Ndoumbe capture le regard et couple le souffle en ce qu'elle parvient à une vision aigre douce du néant. Tout simplement vertigineux...
Au cours de l'exposition, cette expérience de l'infini et de l'intime se poursuit lors de ma rencontre avec l'œuvre "Juste occasion" de Louis Epée. Des empâtements unicolores marron et jaune orangé y sont massivement disposés créant une relation hypnotique, de quasi dépendance visuelle. Cette peinture matiériste, incarne les visions intérieures d'un artiste interrogeant le réel par l'exploration des sens. Physique et sonore, la toile s'inscrit alors dans un processus d'accréditation de l'expérience humaine par une imposante touche picturale.
Sortit de ces rencontres fugitives au cours desquelles tout mon être s'est ébranlé, je découvre le reste de l'exposition. Mon œil longe les parois du Hall Ségur, salle d'exposition de l'Unesco aux murs blancs et envahit d'une éclatante lumière naturelle. De gauche à droite puis de droite à gauche. Le silence se fait de nouveau alors que la salle est peuplée d'œuvres. De gauche à droite puis de droite à gauche, je recherche l'indicateur théorique, le fil rouge stylistique, le magnétisme ambiant. Vous comprenez, l'œil pour pouvoir circuler dans une exposition ce doit d'être guidé dans sa démarche. De gauche à droite et de droite à gauche, pas un souffle de vie. Il me semble que l'exposition, dans sa forme, contraint elle-même au mutisme le contenu de son existence. Je parviens au constat que l'exposition repose sur un non-sens. Un non sens directif, un non sens théorique, un non sens thématique. L'absence de cartel, de texte explicitant la démarche de Catherine Pittet, organisatrice de la manifestation, assourdit cette exposition quand les artistes veulent sortir du silence.
Ainsi m'a-t-il fallu parcourir plusieurs fois l'espace d'exposition pour déceler certaines similitudes thématiques et formelles que l'accrochage ne rendait pas ostensibles. Mais, au-delà de la sobriété d'une scénographie, ni thématique, ni chronologique, l'amatrice d'art a souhaité repenser les catégories ou ne plus penser en termes de catégories et de genres mais reconsidérer la question des frontières esthétiques de l'art. Ainsi, Catherine Pittet arbore un regard plein de curiosité sur les productions dont elle s'attache à faire la promotion. Les œuvres de la cinquantaine d'artistes sélectionnés constituent donc la vision d'ensemble d'une passionnée d'art toujours en quête de renouveau. Ce faisant, elle s'inquiète de donner une certaine autonomie aux productions et à leurs auteurs par le biais d'un catalogue et d'un site Internet résumant parcours et histoire singulière. Sans doute l'absence de dispositifs spécifiques d'exposition marque t'elle un souci de monstration qui permet de restituer les œuvres pour ce qu'elles sont, les traces de l'évidente maturation d'un art contemporain Made in Cameroun.
The Last pictures Show III était aussi l'occasion de donner à voir une peinture en état d'effervescence matériologique. Plein ciel de Samuel Dalle est un coup de projecteur sur la ville devenu microcosme d'un monde globalisé. Voiture, grattes ciel et autres bâtiments peints et dessinés au couteau sur la toile, constituent le cœur d'une dynamique urbaine en proie à un imbroglio à dominante rouge et blanche. L'œuvre de Guy Woueté concentre le regard dans un mouvement circulaire bleu interrompu par des coulures rouges. La fluidité de l'écoulement laisse croire que l'artiste interpelle la capacité de la peinture à être une matière autodidacte sur le support. L'imprévisibilité directionnelle de la couleur sur la toile, lorsqu'elle est laissée à elle-même, procure aux formes un élan rythmique plutôt qu'elles ne délimitent un contour, assumant ainsi une fonction indépendante. Dans son œuvre "sans titre" Luc Logmo Etega s'attache à révéler la carnation de la peinture en chiffonnant la tôle, substrat de sa création. Dans un processus de froissement et d'extension, l'artiste fait naître des formes après la destruction de la surface. La réhabilitation de la matière par la peinture permet à Logmo Etega de créer une tension au sein de l'œuvre tout en usant de moyens picturaux réduits. Ainsi cette exposition s'est construite comme un dispositif où s'exhibaient pensées, gestes, matières, formes et récits liés à une Afrique résolument contemporaine. Néanmoins, il est à constater que le néophyte n'avait pas la possibilité de pleinement découvrir l'ampleur de l'ébullition créative de la jeune scène artistique camerounaise tant l'agencement des œuvres s'avérait être désuet.
Les œuvres exposées durant cette manifestation n'avaient pour la plupart jamais été présentées en France. Mais certains artistes comme Hervé Yamguen, Tchim, Goddy Leye, Guy Wouete, également présents lors de The Last Picture Show II, avaient déjà eu l'occasion de présenter leurs travaux dans l'une des villes de l'Hexagone. Le but de l'édition 2006 n'était pas de faire un historique de l'art contemporain au Cameroun, ni d'en être un succinct catalogue illustré. Mais une chose est sûre, The Last Pictures Show III devait être apprécié comme une tentative de mise en exergue festive du vent de contemporanéité qui souffle actuellement sur la scène artistique de la patrie de Mongo Beti.
Jessica Oublié
The Last Picture Show III a été présenté du 30 novembre au 06 décembre 2006 au Cercle Municipal de Douala et du 18 au 22 décembre 2006 à Paris, Palais de l'Unesco
The Last Picture Show III a été présenté du 30 novembre au 06 décembre 2006 au Cercle Municipal de Douala et du 18 au 22 décembre 2006 à Paris, Palais de l'Unesco

















