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30|05|2006document > cinéma/tv
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Les médias face au génocide rwandais table-ronde au festival de Cannes, mai 2006propos recueillis par Olivier Barlet

Animé par Catherine Ruelle (RFI), la Semaine de la Critique a proposé un débat faisant suite à la projection du film de Jean-Christophe Klotz, "Kigali, des images contre un massacre", sur la question du rôle des médias face à des événements comme le génocide. Les intervenants réunis étaient Bernard Kouchner, Catherine Monnet, grand reporter à RFI, Jean-Christophe Berjon, délégué général de la Semaine de la Critique, Serge Le Péron, cinéaste, Abderrahmane Sissako, cinéaste et Alain Wieder, Arte.

Jean-Christophe Klotz : le but du film était de redonner du sens aux images brutes. L'image ne fait pas sens d'elle-même : c'est le commentaire et le montage qui le font.

Bernard Kouchner : ce génocide que l'on dit télévisé n'a été retranscrit qu'au début. Tous les journalistes sont rapidement partis, n'est restée que la Croix rouge. L'image du massacre elle-même est très rare. Le relais de l'opinion publique est essentiel mais elle s'est détournée de ce massacre. L'explication politique qui avait été fournie des massacres précédents était politique, en tant qu'une intervention américaine, les Etats-Unis aidant l'Ouganda de Museveni. La France a tenté de s'approprier la région, elle essayait de récupérer des possessions belges (Congo) et de repousser la pénétration anglaise par l'Ouganda. Pour le président Mitterrand, c'était une histoire de serfs et de seigneurs. Il n'y pas eu complot mais appel au génocide des Tutsis en particulier par l'évêque de Kigali, par la radio milles collines. Cet appel était politiquement planifié.

Jean-Christophe Klotz : pour reprendre un édito de Pierre Georges dans Le Monde, il est incroyable qu'on puisse faire l'aller-retour de l'information avec les télévisions mais sans pouvoir empêcher quoi que ce soit.

Abderrahmane Sissako : il ne faut se tromper de débat. La question est l'existence de ce film douze ans après. Un an avant le génocide, un homme qui pleure au journal de 20 heures de France 2 et qui appelle la France à se mobiliser sans effet : la question est que ça ne change rien.

Bernard Kouchner : il y a souvent des appels tragiques mais cela n'empêche rien. Tchétchénie ou Darfour : il y a eu des appels.

Serge Le Péron : que est le rôle des images, comment relayer l'action des gens qui s'engagent ? Une illusion serait de penser que plus il y a d'images, plus la cause pourrait l'emporter et que plus elles sont dures, plus on pourrait l'emporter. Les journalistes qui sont des démocrates et qui croient à leur métier ont tendance à penser que leurs images ont plus d'importance qu'ils ne pourraient le supposer. Mais ce n'est pas si simple. Moore n'a pas empêché Bush de gagner. Il est difficile de dire que l'image c'est la paix car le mal continue à exister même si on le montre.

Catherine Monnet : on n'a pas de réponse à ces questions. On voudrait faire quelque chose d'utile, c'est très naïf. J'aurais voulu que mes sons et mes papiers changent les choses mais on n'est qu'un petit grain de sable au milieu du terrain. Je me demande parfois pourquoi je donne tellement de moi-même. Mais on n'a pas le droit d'avoir des amnésies volontaires. Les questions posées par le film sont essentielles. Le spectateur doit aussi se demander pourquoi les images ne le mobilisent pas davantage.

Alain Wieder : je crains qu'on se pose de moins en moins la question des choix. Cinéastes et journalistes ont pour métier de s'indigner. Je ne comprends pas pourquoi la communication sur ce génocide n'est pas passée. Est-ce que trop d'images tue l'émotion ? Depuis 15 ou 20 ans, la banalisation des images fait très mal. Indignation, image et envie de communiquer sont les trois choses essentielles. Le temps de la réflexion manque toujours. L'analyse et le décryptage sont de plus en plus difficiles à assumer dans l'audiovisuel. Et ensuite on dira qu'on savait mais qu'on n'a rien pu faire. Une image qui n'est pas prise en charge ne vaut rien.

Jean-Christophe Klotz : j'ai mis 7 à 8 ans à monter ce film : il n'intéressait aucune chaîne. Dès 98 ou 99, je le proposais mais on me répondait qu'on reparlerait du Rwanda quand il y aura quelque chose de nouveau. La télévision n'était pas prête à raconter ça.

Catherine Monnet : nous, journalistes de terrain, nous nous battons tout le temps avec nos rédacteurs en chef pour partir et couvrir mais les contingences sont énormes.

(réagissant à une question de la salle) Jean-Christophe Klotz : Balladur et Léotard ont eu le fair-play de répondre à mes questions : ils sont restés longtemps dans le montage mais je les ai enlevés car on entrait trop dans la polémique sur le Rwanda. L'argument principal entendu était qu'on ne savait pas : c'est faux, mais il me fallait beaucoup de temps pour le démontrer.

Bernard Kouchner : nous ne sommes pas tous des héros : il y a plein d'images de ce genre - la plupart du temps, ça ne change rien et parfois ça marche. L'exception c'est de s'y intéresser. La règle, c'est plutôt la passivité. Pour le Rwanda, le décryptage n'a pas eu lieu.

Abderrahmane Sissako : à la question de savoir si Mitterrand est responsable, la réponse n'est pas claire. Le film est subtil sur le rôle des médias : il pose toutes les questions qu'on se pose. Quand l'opération Turquoise est décidée, on voit l'imprécision médiatique qui l'entoure.

Serge Le Péron : il y a certainement des responsabilités politiques mais ce serait trop simple de dire que ce n'est qu'eux. Quand Godard a fait Ici et ailleurs, il se pose le même type de question que Jean-Christophe Klotz. La question est de savoir comment un appareil peut accepter de se repencher sur un événement de cet importance.

Jean-Christophe Klotz : je vois ces tas de cadavres et me demande à quoi ça sert de les filmer. Le système ne me permet pas de filmer ça.

Abderrahmane Sissako : la question du temps est de comprendre pourquoi il faut tant de temps pour pouvoir en reparler.

Catherine Monnet : je ne comprends pas pourquoi s'arrêter de filmer. Le rôle du journaliste est de dire l'indicible. On ne tombe pas dans le voyeurisme si on y met sa sensibilité.

Jean-Christophe Berjon : est-ce plus facile à le faire par le cinéma de fiction que par les médias ?

Serge Le Péron : le documentaire c'est ce qu'on voit et la fiction c'est moi, une reconstruction de la réalité. Le cinéma a moins d'impact statistiquement parlant que la télévision mais c'est un travail.

Jean-Christophe Klotz : mon film est un témoignage personnel et non celui d'un journaliste.

Abderrahmane Sissako : si on cherche à faire changer quelque chose, je ne crois pas qu'on soit juste, c'est davantage pour apporter quelque chose. On ne changera pas les choses mais une positivité peut être apportée dans la vision.




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