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Gregg Smith (Afrique du Sud), extrait de la vidéo Le touriste (5'), 2003, reproduite dans le catalogue de la 6ème biennale de l'Art Africain contemporain, Dak'art 2004.
Sexe, race et apartheid Sabine Cessou
En Afrique du Sud, l'ampleur des violences sexuelles reste un mystère. Héritage de la violence inhérente à l'apartheid ? Phénomène de société dans un pays rongé par les inégalités ? Traumatisme d'après guerre ? Les arts, qui n'osent pas encore s'intéresser frontalement au sexe, ne livrent, sur la question, pas d'explications plus plausibles que celles des psychanalystes ou des sociologues.
" Nous n'échangions pas de gestes tendres. Ou alors parfois, d'une façon particulière. Je la touchais et je la caressais mais jamais elle ne me touchait ainsi. Nous n'avions pas le droit de nous embrasser – j'avais essayé et elle avait brutalement détourné le visage en disant : 'Non, non'. J'avais demandé pourquoi sans recevoir la moindre explication et ce mutisme me convenait. Comme me convenait notre incapacité à réellement parler. Nous nous unissions dans l'intimité de l'acte primitif en maintenant béante la profonde distance qui nous séparait. " Quand sexe rime avec haine " Acte sexuel purement physique " Des plasticiens silencieux face au viol banalisé
Dans Un docteur irréprochable (Éditions de l'Olivier, Paris, 2005), son dernier roman, Damon Galgut donne un point de vue strictement blanc. Lorsque son antihéros, Frank Eloff, médecin quadragénaire, volontairement perdu dans un hôpital d'une zone rurale reculée, croit s'éprendre d'une jeune femme noire, la relation tourne vite autour de son épicentre : un acte sexuel qui va permettre à la jeune femme de demander un peu d'argent. Aucune autre forme de communication ne paraît possible – ni même souhaitable – entre ces deux êtres. La relation n'évolue que pour se racornir. " Nous faisions l'amour autrement. C'était devenu rude, brutal, avide. Seul comptait peut-être le sexe, maintenant, l'amour avait disparu. J'étais dur avec elle. Pas violent mais avec une tendance à la violence qui déséquilibrait tout. "
Curieusement, très peu d'œuvres sud-africaines traitent de ce sujet central, au pays des records mondiaux des viols et autres abus sexuels. En 1985, le film Dust (1) a évoqué la transgression de la célèbre loi sur l'immoralité (Immorality Act), qui a pénalisé les rapports sexuels interraciaux à partir de 1950, alors que les mariages mixtes étaient déjà interdits. Tirée d'un court roman de John M. Coetzee, In the heart of the country (1977), l'intrigue de Dust est plantée dans le huis clos d'une ferme. Elle peut être lue comme une métaphore de l'enfermement national pendant l'apartheid, un régime aux abois dans un pays replié sur lui-même. Cette histoire est aussi un condensé du rapport de domination et de la lourde ambiguïté qui marquent ce que l'on appelle encore, aujourd'hui, " les relations de race " en Afrique du Sud. Une femme blanche, Magda, est claquemurée dans son existence de vieille fille, aux côtés de son vieux père, silencieux. Tout change à l'arrivée d'un couple d'employés noirs. Alors que le père se met aussitôt à harceler la jeune domestique, Magda, elle, est troublée par l'homme noir, en dépit du cynisme qu'il affiche à son égard.
S'il se trouve des photographes pour s'intéresser aux victimes plus ordinaires des viols, femmes et enfants, le sexe, dans les arts, n'est jamais traité qu'en passant, comme s'il relevait de ces évidences qu'on ne voit plus, tellement elles crèvent les yeux. Certes, des verges fleurissent en guise de pistils dans un parterre de fleurs, sur une image récente de Tracey Rose, en grand format. Mais prise dans son ensemble, l'œuvre de cette jeune plasticienne qui monte cherche plutôt à tourner en dérision un malaise féminin et métis dans un monde de machos noirs et blancs. Pour s'amuser, en marge de ses peintures sur toile, le jeune peintre blanc Karl Gietl a découpé des filles de toutes les couleurs montrées par d'anciennes revues pornographiques – des années soixante, au plus fort de l'apartheid – dans les positions les plus obscènes, pour les réorganiser en petits collages bien encadrés. Le résultat : une sorte d'égalité aussi inconsciente qu'involontaire devant la vulgarité.
Sabine Cessou
Notes
1. Réalisé par la cinéaste belge Marion Hansel, avec Jane Birkin, Trevor Howard et John Matshikiza dans les rôles principaux.
2. Achevé en 1995 par un réalisateur hollandais, Ian Kerkhof, sur un scénario coécrit avec le Sud-Africain Eric Miyeni.
Ancien grand reporter pour L'Autre Afrique, Sabine Cessou, 38 ans, a couvert l'Afrique australe depuis Johannesburg, de 1998 à 2003, pour Libération et La Tribune. Journaliste indépendante basée à Paris, elle collabore à diverses publications.
Notes
1. Réalisé par la cinéaste belge Marion Hansel, avec Jane Birkin, Trevor Howard et John Matshikiza dans les rôles principaux.
2. Achevé en 1995 par un réalisateur hollandais, Ian Kerkhof, sur un scénario coécrit avec le Sud-Africain Eric Miyeni.
Ancien grand reporter pour L'Autre Afrique, Sabine Cessou, 38 ans, a couvert l'Afrique australe depuis Johannesburg, de 1998 à 2003, pour Libération et La Tribune. Journaliste indépendante basée à Paris, elle collabore à diverses publications.



















