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01|03|2004analyse > cinéma/tv
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D'Haïti au Sénégal, la remontée du fleuve Jacqueline Scott-Lemoine

De Port-au-Prince à Dakar, que de chemin parcouru ! Témoignage émouvant de deux rêveurs…

On nous demande – et par de bien charmants émissaires auxquels on aimerait tant faire plaisir – un texte, " comme un journal à quatre mains, comme une partition, en vous posant des questions l'un l'autre ". Voilà un joli programme qui demanderait du temps, et que j'aurais aimé pouvoir réaliser jusqu'au bout, avec l'homme qui vit à mes côtés (et moi à ses côtés), depuis près de cinquante-et-un ans. C'est vrai que nous la jouons, cette partition, depuis toutes ces années- un air triste, un air gai comme dans Cyrano -, selon le vent qui nous pousse, le carrefour où la vie nous largue, le mot à trouver, le pas à danser, et maintenant que nos jambes ne peuvent plus danser, que nous sommes à calculer, comme faisait Aragon, ce que revenir nous permet, ce regard par-dessus l'épaule que vous demandez nous semble un peu, si elles n'obéissaient pas seulement à l'instinct, ce que serait le jeu de ces colonies de saumons remontant le cours du fleuve, pour y laisser, nous, le frais de notre expérience, et, si Dieu le veut, sans mourir.
Il se trouve malheureusement que, depuis deux semaines, mon Lucien est engagé dans un processus (d'ordre professionnel) qui lui bouffe ses journées et ne lui permet pas de penser à autre chose. Ce que sincèrement il regrette. Essayons tout de même. Revenir sur ses pas c'est faire du chemin. C'est un poète qui le dit et je crois à la parole des poètes que l'on proclame législateurs non reconnus de l'univers.
Comment on a quitté Haïti ? Je préfère l'oublier, et Lucien aussi, et cela je peux immédiatement le répondre à sa place. Mais comment oublier l'intimité profonde entre soi et le pays natal. Comment se passer du jour au lendemain des courbes des collines, de la transparence des eaux de rivières, des cris de la rue, d'un enfant rieur sur une route de campagne, des beaux paysages, de " la verticalité jusqu'à Dieu " du palmiste-royal, de la saveur d'un cachiman coeu boeuf ? Et ce regret quotidien, celui de ne plus avoir sous ses pieds le parquet ciré de la maison familiale pour ne rencontrer, à nos réveils, qu'un froid carreau de mosaïque.
Ce n'est pas facile l'exil
malgré les frontières tues
les portes claires les mains vives
ce n'est pas facile jamais.
(Edouard Maunick)
Si nous voulions commencer à vivre une autre vie, avec d'autres rêves, il ne fallait plus trop penser à ce départ, à cet arrachement, à ce douloureux divorce d'avec tout ce qu'on a aimé, chéri jusque là et nommé du seul nom qui dit tout : Haïti chérie.
Tirons sur tout cela un discret rideau. Rideau de brume et de silence pudique agité de fantômes. Ce même silence qui a éteint le regard de Roger Dorsinville, ployé les épaules de Jean Brierre, et terrassé, finalement, en dépit de son intarissable humour, Morisseau-Leroy. Ces trois nobles compagnons de l'errance, à Dakar.
Nous avions fait une longue escale à Paris. Le (....)


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