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01|11|2003entretien > théâtre
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à propos des Dieux sont borgnes entretien de Sylvie Chalaye avec Nicolas Kurtovitch et Yves Borrini

Nicolas Kurtovitch, poète et nouvelliste calédonien et Yves Borrini, metteur en scène métropolitain installé dans le Var, ont tous deux participé à l'aventure des Dieux sont borgnes en Compagnie de Pierre Gope, un des rares hommes de théâtre kanak.


Pourquoi cette écriture à deux ?


Nicolas Kurtovitch : La Nouvelle-Calédonie est multiple. L'idéal aurait peut être été d'écrire à trois en adjoignant un polynésien. Je connais Pierre Gope depuis une dizaine d'années et cela faisait longtemps que nous avions le désir d'écrire ensemble. Les circonstances et les opportunités ont fait que nous avons été invités en résidence à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon en 2001 et au lieu d'écrire chacun un texte, nous avons décidé d'écrire ensemble. Cette écriture à deux traduit bien la complexité de la Nouvelle-Calédonie. Chacun a apporté son vécu, et on s'est aperçu que nous avions souvent le même. En Océanie, Cook, c'est l'histoire polynésienne, mais c'est aussi l'histoire des Blancs. Tous les deux, on a vécu cette histoire, certes on n'en a pas la même perception, mais au moment de l'écriture, la complémentarité a joué de manière très efficace.


Vous appartenez à des cultures différentes. Comment résoudre la contradiction en écrivant ?


Nicolas Kurtovitch : Je suis kaldoche, Pierre Gope est kanak, nous sommes calédoniens. Cette opposition n'est pas pertinente dans tous les domaines. Les différences socio-économiques sont les plus criantes, mais dans le domaine culturel, les différences s'estompent. Nous avons envie de travailler ensemble, de partager des créations artistiques. Et ce travail, nous sommes fiers et heureux de le montrer pour prouver ce que la Nouvelle-Calédonie est capable de faire avec sa diversité. Les comédiens viennent d'îles très différentes. C'est une création avec ses contradictions internes, ses fulgurances internes, mais c'est avant tout une création calédonienne. On a créé ensemble et on se déplace ensemble. Ce spectacle apporte la preuve de ce que l'on peut faire quand on essaye de résoudre ses contradictions. Les financements viennent des trois provinces.


Pourquoi est-ce autour du Capitaine Cook que vous vous êtes retrouvés ?


Nicolas Kurtovitch : Pierre Gope voulait que l'on écrive quelque chose sur les pouvoirs. Et de mon côté l'histoire de Cook me trottait dans la tête depuis longtemps. Concilier l'histoire de Cook et la question des pouvoirs en Nouvelle-Calédonie paraissait tout à fait possible. On a beaucoup parlé de Cook, des interprétations diverses de sa mort. On a lu des ouvrages d'anthropologie. On est parti de l'idée que c'était un assassinat politique. Puis on a rencontré Yves Borrini à la fin du premier jet et la rencontre a infléchi encore les choses.


Comment, en tant que metteur en scène, avez vous rejoint le travail d'écriture ?


Yves Borrini : Avec ma compagnie, " Le Bruit des hommes ", nous nous sommes depuis longtemps orientés sur le travail théâtral des écritures : ce sont parfois des textes aboutis et édités, ce sont parfois des commandes ou au contraire un travail avec les auteurs au présent de leur écriture. J'avais rencontré Pierre et Nicolas à la Nouvelle Calédonie où avec ma compagnie nous avions été en résidence pendant plusieurs mois. On y avait transporté nos créations et animé également des cycles de formation. C'est grâce au Théâtre de l'île qui est un peu la cheville ouvrière de ce projet que notre collaboration a été possible et que j'ai été invité à faire la mise en scène de cette création. Puis quand Nicolas et Pierre étaient en résidence, je suis allé les retrouver à la Chartreuse alors que le texte n'était pas achevé. C'est réellement passionnant de participer au travail dramatique d'un texte en cours d'écriture. C'est devenu un travail d'équipe. Une fois le texte terminé nous avons fait des lectures à la Chartreuse et dans notre théâtre à La Garde dans le Var.


Comment se sont décidés les partis pris de jeu ?


Yves Borrini : Dès les premières lectures, j'avais l'intuition qu'il fallait travailler sur une théâtralité particulière. Cette théâtralisation s'est imposée très rapidement, car il fallait résoudre certaines difficultés structurelles, notamment les allers-retours historiques entre le 18e siècle et la période contemporaine, mais aussi l'entrecroisement des problématiques multiples. Il fallait trouver une théâtralité qui permette la fluidité, le passage d'un temps à l'autre, d'une problématique à l'autre. D'où l'apparition de ce travail à vue, excluant tout réalisme, toute figuration : on est ici et maintenant sur un plateau de théâtre. J'ai multiplié les anachronismes pour exacerber la théâtralité et nous avons travaillé pour faire de cette pièce une sorte de grand jeu. La nécessité d'un rideau brechtien, l'utilisation de marionnettes qui renvoient à la sculpture en Océanie, le travail sur le clown, un théâtre du quotidien et des moments de théâtre du réel constituent toute une palette de théâtralisation qui donne un rythme, une dynamique et permette ce passage à travers le labyrinthe. Car c'est une pièce un peu labyrinthique.




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