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01|05|2003critique > littérature
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Cola Cola Jazz de Kangni AlemTaina Tervonen

      Héloïse et Parisette, la Française et la Ti-Bravienne, deux demi-sœurs qui incarnent en même temps le double et le contraire, l'une blanche, l'autre noire, à l'image des moitiés de noix de cola auxquelles renvoie le titre. Le double sert de figure maîtresse à l'intégralité du roman, que ce soit pour la narration ou pour le personnage du père, d'une duplicité à étonner ses filles, elles-mêmes oscillant entre haine et amour pour la demi-sœur nouvellement découverte. Le tout couronné par une suspicion constante : L'autre ne va-t-elle pas prendre ma place ? Sommes-nous vraiment sœurs ?
      Les deux jeunes femmes sont en effet à la recherche de l'acte de reconnaissance qui fonde la paternité et qui repousse à l'arrière plan le terrible doute qui plane toujours sur l'identité du vrai père de l'enfant. Seules les mères sauraient le dissiper, mais ici, elles sont absentes ou racontent des histoires farfelues d'immaculée conception. Et le père se dérobe, se fait attendre et doute lui aussi.
      Le doute et le soupçon s'étendent à la narration même du roman, construite sur les deux voix d'Héloïse et de Parisette et encadrée par les interventions d'un " narrateur sans qualités ". Ce dernier, pourtant supposé apporter un éclairage objectif et apposer un cachet de véracité sur l'histoire, finit par laisser planer le doute sur les différentes versions des faits. Un jeu qui ne fait que souligner la nature fantasmée de la fiction, renvoyant ironiquement à la quête des deux sœurs qui vont jusqu'à chercher la vérité dans… un manuscrit inachevé du père. Histoire de souligner la part de fantasme dans toute vérité ? Ou serait-ce la part de vérité dans tout fantasme ?

Taina Tervonen




Ed. Dapper, 2002, 208 p., 13 €.

Ed. Dapper, 2002, 208 p., 13 €.

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