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| redacteursOlivier Barlet personnesMoussa Touré traducteursMelissa Thackway | filmPoussière de villes |
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de Moussa TouréOlivier Barlet
L'image est saisissante : des enfants émergent au petit matin de sous les étals d'un marché de Brazzaville encore désert. C'est le groupe des "sept salopards", le nom qu'ils se sont choisis. Ce début est à l'image du film : ces enfants des rues se révèlent peu à peu, à travers la relation établie avec le réalisateur. Ce n'est pas seulement leur condition qui est décrite ici, mais des êtres blessés qui gardent leurs envies, leurs rêves, leurs jeux, leurs règles, leurs désirs. En creusant, et au-delà de la relation difficile avec leurs parents, leur blessure se révèle être la guerre qui déplace les proches et meurtrit les êtres.
Si ce film émeut tant, c'est sans doute à cause de la position du cinéaste : ouvert aux confidences mais les plaçant aussi en situation de parler, posant ses questions de façon très directe, il se place peu à peu dans une relation paternelle, qui le conduira à les accompagner chez eux dans un retour tendu à la famille. Certes, ils l'ont négocié le retour, exigeant une tenue neuve et un sac de sport, mais lui a su les placer en situation constructive, leur demandant de préciser leurs projets.
Cela ne pouvait aller sans partager avec eux un espace de temps et un espace de vie : Moussa Touré est même allé jusqu'à dormir au même endroit qu'eux et partager leur petit-déjeuner. Ce partage, ce temps passé (six semaines) sont essentiels.
Mais la qualité de sa position est aussi dans son dispositif cinéma : bien que sur le vif, une mise en scène se fait jour, interrogeant les enfants dans l'eau pendant qu'ils se baignent, ou les montrant en train de danser ou de jouer au foot, leur permettant ainsi d'être non plus des victimes mais des êtres vivants et agissants. Plus besoin dès lors d'effets de zoom, de ralentis, d'arrêts sur image, de visages silencieux et de regards qui émaillent certains films sur les enfants des rues. Point besoin d'une esthétisation de la misère, puisqu'il ne s'agit plus seulement de dénoncer une situation misérable mais d'en magnifier les leçons et les possibles. Au dépouillement d'une mise en scène pourtant tout à fait sophistiquée répond une profondeur en phase avec la vie.
Ce type de cinéma documentaire prenant à bras le corps des sujets de société s'affirme comme une nouvelle voie où les cinémas d'Afrique peuvent affirmer leur propre regard, où la compassion n'est jamais misérable, où la réalité n'est jamais anecdote mais porte en elle quelque chose d'universel : malgré le scandale qu'elle représente, la douleur des uns peut nous aider à nous positionner et aller à l'essentiel.
Olivier Barlet
















