Reportage/festivals
pub...
plus d'infos en lien avec cet article
A lire aussi ...
Cannes 98 : l'exclusion ?
"Je suis parti, mais je ne sais pas si je suis arrivé…"
entretien d'Olivier Barlet avec Jean-Pierre Bekolo à propos de Les Saignantes
Les Saignantes
entretien d'Olivier Barlet avec Jean-Pierre Bekolo (Cameroun)
entretien d'Olivier Barlet avec Yemané Demissié (Ethiopie)
Adama Drabo n'est pas parti
Fespaco 2009 : l'inquiétude
La représentation de la femme dans les cinémas d'Afrique noire
entretiens d'Olivier Barlet avec Adama Drabo
Le cinéma africain est mal parti
La critique occidentale des cinémas africains entre cinéphilie et universalisme
Les Rencontres Sobate Africadoc de Ouagadougou
L'Éthiopie initie son premier festival international de courts métrages
"Les cinéastes devraient s'acquitter de leurs obligations basiques"
Jeunes talents d'Afrique : produire et diffuser les courts métrages
"L'Afrique va nécessairement trouver son tempo et son souffle bientôt"
Table ronde "création et mémoire cinématographiques"
Masterclass de Gaston Kaboré
Les 20 ans du Fonds Sud
Classe de cinéma de Gaston Kaboré
entretiens d'Olivier Barlet avec Gaston Kaboré (Burkina Faso)
Du nouveau au Fespaco ?
entretien d'Olivier Barlet avec Gaston Kaboré
Buud Yam
Kinshasa Palace
De l'indicible au romantique : les masques de l'amour au cinéma
" Je voulais que la peau parle ! "
Le Jardin de Papa
Cannes 2001, au jour le jour
entretien d'Olivier Barlet avec José Laplaine
à propos de Le Clandestin et Macadam Tribu
(Paris : xy)
Improviser l'intime
Les nouvelles stratégies des cinéastes africains
Femmes et hommes dans les cinémas d'Afrique noire
Apt 2003 : la belle synergie
Amiens 2003 : l'Algérie et les femmes
La diffusion au Sud des films du Sud
La Colère des dieux
à propos de La Colère des dieux
Travailler dorénavant dans la proximité !
Idrissa Ouedraogo en tournage, le 17ème jour
Pour un documentaire d'investigation
Terres africaines 5
entretien d'Olivier Barlet avec Idrissa Ouedraogo (Burkina Faso)
Kini et Adams
La coproduction en francophonie
à propos de Madame Brouette
Madame Brouette
à propos de Tableau Ferraille
entretiens d'Olivier Barlet avec Moussa Sene Absa (Sénégal)
entretien d'Olivier Barlet avec Moussa Sene Absa
Tableau Ferraille
L'engagement des femmes cinéastes
Ames sœurs (Riches)
Carthage 2002 : le cinéma tunisien entre art et politique
Le si fragile équilibre du monde
Vivre ici
Le Prince
Le Chant du millénaire
entretien d'Olivier Barlet avec Mohamed Zran
Essaïda
Fespaco 1997 : le développement sera culturel ou ne sera pas Olivier Barlet
De retour du Festival panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou, Olivier Barlet propose une analyse des tendances actuelles de la cinématographie africaine à partir des longs métrages de la compétition.
Lors des précédents Fespaco, il était assez aisé de savoir quels films seraient primés : deux ou trois se dégageaient nettement, tant par leurs qualités techniques que par la pertinence de leur propos. Cette édition 97 témoigne d'une évolution profonde dans les cinématographies africaines. La grande diversité des films sélectionnés et leur accomplissement technique ont donné du fil à retordre aux différents jurys. Si l'étalon de Yennenga a été attribué à Buud Yam du Burkinabè Gaston Kaboré, c'est comme nous l'indiquions tant pour couronner un film qui poursuit brillamment son œuvre cinématographique (Wend Kuuni, Zan Boko, Rabi) que pour rendre hommage aux douze années passées au service du cinéma africain à la tête de la Fédération panafricaine des cinéastes. Le temps de l'émancipation Le temps du métissage Nécessité du cinéma
Si donc le contenu des films évolue, c'est en s'émancipant des exigences anciennes de montrer une réalité et en privilégiant des expériences singulières. Les personnages gagnent en épaisseur psychologique et en contradictions, comme la mère Bavusi de Macadam Tribu (José Laplaine, Zaïre), évoqué dans notre dernier numéro. Cette introspection passe par des formes nouvelles ou l'ellipse remplace l'écriture linéaire. En récompensant Kahena Attia pour le montage du très beau Miel et cendres de la Tunisienne Nadia Fares Anliker, qui obtient également le prix Oumarou Ganda de la première œuvre, le jury a voulu encourager cette circulation dans le temps et l'espace entre trois femmes d'âge différent mais dont les vécus s'interpellent et se répondent. L'ellipse ouvre, comme le dit Kahena Attia, à la virtualité de l'âme, compréhension pour soi comme pour l'autre : " L'Europe ne nous comprendra que lorsque nous serons capables de nous comprendre nous-mêmes ! "
Les allégories chantées de Tableau Ferraille prennent alors tout leur sens : le Sénégalais Moussa Sene Absa fait lui aussi un film d'appartenance. Si l'homme politique qu'il décrit chute si brutalement après être monté si haut, c'est qu'on lui a demandé d'être féroce et d'aller vite : " Quand un train va partir, dit le réalisateur, on court derrière le train ou on attend un autre train. L'Afrique s'est embarquée dans un train trop rapide sans savoir où il mène. " A l'Afrique d'inventer son propre système. Le film est servi par une superbe image de Bertrand Chatry, justement récompensée au palmarès.
Mais pour trouver ses propres marques, l'Afrique doit briser les traditions qui la restreignent : Tafe fanga s'attaque à la place inégale de la femme dans la société. Plutôt que de dénoncer une réalité quotidienne, le Malien Adama Drabo choisit de revenir au mythe : il part d'une légende où les femmes prennent le pouvoir. Le public se plie de rire en voyant les femmes porter le pantalon et les hommes le pagne, et se gausse des maladresses des hommes pour charrier l'eau ou piler le mil ! Le mythe permet d'affirmer des valeurs pour aujourd'hui : l'égalité dans la différence. Récompensé par le prix spécial du Jury, Tafe fanga quitte sur son dernier quart les métaphores qui font sa qualité pour devenir plus didactique : " Je souhaite, dit Adama Drabo, qu'on me permette de l'exprimer ainsi car c'est la meilleure manière de toucher mon public. Je ne veux pas que le message se perde dans des considérations artistiques ! "
La femme de Faraw, mère de sable du Malien Abdoulaye Ascofare, n'a pas besoin d'asséner un message : son naturel et sa sincérité parlent d'elle-même, et le jury ne s'y est pas trompé en donnant à Aminata Keïta le prix d'interprétation féminine. Poignant, le film s'égare malheureusement dans des longueurs et un rêve qui tordent son propos. Allégé et remonté, il trouverait une force digne d'une sortie en salles.
On retrouve cette exploration labyrinthique de la déchirure moderne dans Essaïda du Tunisien Mohamed Zran : un peintre de Tunis découvre dans un quartier de la périphérie un autre monde qu'il ne pouvait imaginer. La justesse de ton de ce drame de banlieue lui a fait trouver plus de 500 000 spectateurs dans son pays.
L'introspection appelle une redéfinition du cinéma. Cela suppose de jouer avec les attentes du spectateur, ce flic qui cherche à comprendre, comme dans Aristotle's Plot du Camerounais Jean-Pierre Bekolo, tourné au Zimbabwe (meilleur son au palmarès). Pour le forcer à la réflexion, il s'agit d'explorer d'autres systèmes de narration, au-delà des références habituelles : " Le cinéma de l'an 2000 sera forcément un cinéma de mutants ". On se prend volontiers au jeu de Bekolo : à une voix-off impliquée livrant sa remise en cause du cinéma africain répond une provocante confrontation entre une bande de jeunes qui squattent une salle pour ne consommer que des films américains et un cinéaste ne voulant passer que des films africains. Je me suis pourtant lassé de ces passes d'armes et de ces clins d'œil, la déconstruction du récit ne débouchant pas sur une réelle poésie, le propos en restant trop au stade de l'intention.
Le Burkinabè Idrissa Ouedraogo est lui aussi allé au Zimbabwe pour tourner son dernier film, rebaptisé Kini et Adams, qui ouvrait le Fespaco hors compétition. Bourré d'humour et de tension, le film conduit à un cri final où le drame de l'homme africain se révèle au spectateur sans qu'il s'y attende. La fiction porte une réflexion sur l'homme et sa place dans le monde. Sans doute est-ce là la nécessité du cinéma dans une Afrique en crise et le grand message de ce Fespaco : le développement ne se fera pas sans la culture.
C'est pour se trouver les moyens de défendre cette thèse que la Fédération panafricaine des cinéastes réunie en Congrès s'est donnée un an pour réfléchir à une adaptation de ses statuts aux exigences de l'audiovisuel moderne. L'enjeu est de permettre la diffusion d'images africaines en Afrique (production, distribution, exploitation, télévision, vidéo). Histoire que les Africains ne finissent pas par se voir tout blancs !
Olivier Barlet

















