Entre Montréal et Paris

Entretien d'Ayoko Mensah avec Maka Kotto

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Il a été Bouba dans le fameux  » Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer  » que réalise Jacques Benoît en 1988. Il a tourné avec Claude Lelouch, Christian Lara, Cheick Doukouré, Edouard Molinaro, Pierre Jolivet, Christian Allen, Michel Blanc, Bernard Uzan… Il vient de terminer un film avec Raoul Peck : Lumumba, retour au Congo. Excellent acteur au théâtre comme au cinéma, metteur en scène à ses heures, Maka Kotto, 39 ans, d’origine camerounaise, s’est taillé une renommée internationale. Aujourd’hui, il poursuit sa carrière entre Montréal et Paris.

Avez-vous choisi de vivre au Québec pour des raisons professionnelles ?
Je me réfère toujours aux mystères de la synchronicité pour expliquer les raisons de ma présence à Montréal. Trois producteurs québecquois sont, tour à tour, venus à Paris me proposer des contrats d’acteur pour aller travailler chez eux. Ceci à un moment où je commençais à tourner en rond à Paris. Mais je continue à faire le va-et-vient entre le Québec et la France. Je ne me sens pas tout à fait Français, pas tout à fait Québecquois, pas tout à fait Africain… Bref, je me sens toujours en marge. J’ai le sentiment d’être un métèque errant.
Est-ce plus facile pour les comédiens noirs de travailler au Canada qu’en France ?
Dans l’espace francophone – que ce soit en France ou au Québec -, il n’est pas évident de voir travailler un nombre substantiel d’acteurs noirs… Il y a très peu d’élus. Ce sont les  « irritants » de la loi du marché : minoritaires dans la demande, minoritaires pour l’offre. En revanche, chez les Anglos – en Amérique du Nord en général -, la présence des acteurs noirs est considérable. Les 40 millions d’Afro-américains aux Etats-Unis, représentant un potentiel de consommateurs non négligeable de films, de séries télé, etc., expliquent probablement cela.
Peut-on parler d’une communauté d’acteurs noirs au Québec ?
Non. Car au Canada en général, et au Québec en particulier, le milieu artistique est dominé par une culture individualiste et le réflexe communautaire ne s’y manifeste que dans des situations de crise. En France, par contre, ce réflexe dans le milieu des acteurs noirs est récurrent mais reste inconsistant, manquant de moyens d’action et de stratégies rationnelles et cohérentes.
Etes-vous favorable à la politique des quotas pour améliorer la situation des acteurs noirs ?
Non, je suis contre cette politique. C’est une stratégie qui peut se révéler très perverse parce qu’elle n’inclut pas automatiquement la notion d’excellence. C’est aussi une politique qui engendre la contrainte. Et je ne pense pas que la contrainte puisse inspirer la créativité.
Proposez-vous une autre stratégie ?
Je pencherais plutôt pour une politique d’incitation basée sur des programmes de subventions et de fiscalité favorables aux auteurs, aux producteurs et aux diffuseurs enclins à ouvrir leurs portes à une créativité « intégratrice » et « diverse ».
Que faut-il faire pour que les acteurs noirs sortent de leur emploi stéréotypé ?
Il faudrait déjà convaincre  la demi-douzaine de réalisateurs d’origine africaine – actifs – d’écrire des scénarios d’une portée universelle, et de tourner leurs films dans des langues dominantes du marché global. Avec les mesures incitatives dont je viens de parler, cela inspirera probablement les créateurs non-africains.

///Article N° : 1325

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