2ème édition du festival Mali-sur-Seine

Un festival des griots "associés"

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Les trois jours de festivités culturelles organisés à la Maison des Métallos (Paris 11ème) par l’association PromoMali à la mi-novembre révèlent une biennale en pleine expansion. Une programmation de concerts d’envergure pour deux soirées colorées avec Amy Koïta, Konkanko Santa, Fantani Touré et Cheik-Tidiane Seck. Mais aussi un spectacle de théâtre musical, des projections, débats et expositions qui s’articulaient cette année autour du thème de la tradition orale. S’interroger sur cet héritage culturel en devenir, dans l’atmosphère d’un lieu propice au dialogue associatif, tel fut l’enjeu de la manifestation qui rassembla largement la communauté malienne de Paris.

Salle comble pour le spectacle de théâtre musical l’Epopée de Soundjata Keïta, mis en espace par Goundo Guissé sur une retranscription du mythe par le traditionaliste Youssouf Tata Cissé. Les Chrysalides Mandingues, sous la direction de Moriba Koïta, reconstituent l’éventail vocal et instrumental de la musique de cour pour nous raconter une nouvelle fois la légende du premier empereur du Mali (dont le nom signifie en bambara hippopotame, animal-totem choisi par Soundjata).  » C’était au XIIIème siècle, bien avant la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, que nous, griots, avons colporté l’hymne de Kala Jata…  » Et le balafon et la kora de retendre le fil ininterrompu de ce passé prestigieux, à l’origine d’une société multi-ethnique rigoureusement organisée. A l’avant-scène, quatre chanteuses suivies d’un choeur délivrent à tour de rôle un timbre particulier et puissant, sous la forme d’une longue litanie, rehaussée de claquements de djembé et de tressaillements de flûte peul. Intervient le conteur, dont le ton du récit en français peine un peu à s’imposer sur le fond instrumental en sourdine. Puis le rythme s’emballe pour qu’une envolée dansante froisse les boubous pendant quelques mesures précédant un nouveau chant.
Chaque tableau de la vie du monarque est chanté par la griotte dont la famille est traditionnellement, généalogiquement dépositaire. Leurs voix comme leurs sangs sont destinés à témoigner de ces hauts faits et des vertus qu’ils engendrèrent jusqu’aux générations actuelles (cf. la programmation du film Keita ! l’héritage du Griot de Dani Kouyaté). En cela, le spectacle outrepasse la simple représentation théâtrale, car les rôles ne s’ancrent pas dans une situation fictive, mais dans une réalité socioculturelle. Le personnage du griot avance ainsi dans la modernité, un pied sur scène, l’autre dans la salle. Impossible d’y rester indifférent.
Un fait remarquable : l’absence inopinée d’un griot remplacé dans le chant principal par un homologue féminin. Ce qui donna une note résolument d’actualité à cette dernière interprétation de la grande geste malienne. La sortie en CD de l’enregistrement musical du spectacle ne devrait pas tarder.

le festival ///Article N° : 1176

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