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Aristide Tarnagda dans Les Déconnards

© Compagnie Kuma Sô

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© Compagnie Kuma Sô

14|11|2011critique > théâtre
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Les Déconnards : un dernier souffle haut en couleurs La compagnie Kuma Sô Théâtre/MaliSylvie Chalaye

"Un étranger, c'est quelqu'un qui accroche sa vie comme on accroche son manteau à l'entrée d'une maison"
(Koffi Kwahulé, Les Déconnards, Acoria, 2000)

Pas facile de s'emparer de ce truculent monologue de Koffi Kwahulé ! Les Déconnards ou Village fou est une œuvre jubilatoire, un souffle magistral, le dernier soupir d'un étudiant africain reclus dans sa chambre de bonne, sous les toits de Paris et qui finira par se jeter sous le métro, un souffle continu, compact et dense soulevé par toutes sortes d'explosions, de hoquètements, de suffocations et de bourrasques qui emportent l'imaginaire sur son passage et dont Aristide Tarnagda se laisse traverser avec bonheur. Ouragan de sensations et d'histoires enfouies dans la mémoire d'un homme déraciné, ce conte gigogne qu'entreprend de nous transmettre l'acteur est l'occasion de faire la démonstration de cette respiration qu'il partage avec Koffi Kwahulé. Aristide Tarnagda qui est aussi dramaturge a saisi en profondeur la vibration de cette parole qui matérialise avec force ce que Koffi Kwahulé appelle "la conscience diasporique". Et Amine Diarra a trouvé une dynamique simple qui fait des moments de tétanie asthmatique, le temps des bouffées poétiques qui viennent étouffer l'étudiant, temps de nostalgie du pays, de manque extrême, de malaise, de dépression migratoire non identifiée. Aristide Tarnagda se donne entièrement, s'abandonne même au texte pour se laisser traverser par cette poussée autant épique que poétique, entrant dans une espèce de transe, il mouille sa chemise avec une énergie incroyable. Drôlerie et humour sont au rendez-vous et toute la portée métaphysique du texte retentit dans un éclat de rire. Pourtant, rien dans les mains rien dans les poches ! Lamine Diarra a opté pour un dispositif des plus simples, quasiment rudimentaire : un lit, une table, une chaise et un porte manteau. A l'heure où entre en action le programme Noirs de France orchestré par le collectif ACHAC, ce spectacle est l'occasion d'une vraie rencontre avec l'histoire de la "France noire", les idées préconçues de part et d'autre volent en éclats. Qu'est-ce qu'un immigré ? Un "étranger de l'intérieur" qui attend de vivre et accroche sa vie à l'entrée du pays comme on accroche son manteau.

Aristide parvient à camper, avec autant de tendresse que de dérision, les personnages qui défilent : le juge aux aisselles crasseuses, le chasseur qui a ri aux obsèques du père de sa femme, l'ancien combattant amoureux de De Gaulle et sa femme Gestapo "aussi laide qu'un cadavre qui louche", les jeunes filles qui se battent et roulent sur la terre rouge du pays en s'arrachant leur cache-sexe, l'oncle Gaspard, la concierge, les amis des Noirs… c'est tout un village qui déboule sur scène, mais aussi la solitude de l'immigré, son isolement et les conséquences absurdes à l'échelle humaine de la colonisation. Quand on a laissé de côté la grande histoire et l'aspect économique, idéologique et politique de la colonisation, que reste-il au niveau des individus ? Qu'est-ce que cela représente pour les gens ordinaires ? Une drôle de folie ! Mais aussi une vraie mythologie, une odyssée fondatrice, celle de l'Afrique contemporaine.



Sylvie Chalaye




Texte : Koffi KWAHULE
Mise en scène : Lamine DIARRA
Interprétation : Aristide TARNAGDA
Lumière : Benjamin BOFFIER & Mohamed KABORE
Scénographie et Son : Ibrahima KONATE

Texte : Koffi KWAHULE
Mise en scène : Lamine DIARRA
Interprétation : Aristide TARNAGDA
Lumière : Benjamin BOFFIER & Mohamed KABORE
Scénographie et Son : Ibrahima KONATE





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