Neggus et Kungobram : Social Groove

Entretien d'André Ottou avec Neggus (slameur), Yan Lebreton (joueur de Kamalengoni) et Guillaume Duval (bassiste)

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Trois ans après leur rencontre, le slameur Neggus et les musiciens de Kungobram, concrétisent leur aventure musicale par la sortie de l’album Social Groove. Avant la sortie officielle de l’album, lors d’un concert le jeudi 23 mai au Studio de l’Ermitage à Paris, les trois principaux compères se sont livrés à Africultures.

Vous avez appelé votre album Social Groove, n’est-ce pas déroutant pour un disque de slam ?
Neggus
: Nous voulions éviter les fameux « j’aime, je n’aime pas » que nous entendions dès que la musique est cataloguée à l’avance. Avec ce titre, il n’y a pas de référence affichée et le public ne se posera plus la question de savoir si c’est du slam, de la variété africaine, du jazz ou du blues classiques. Nous essayons de nous définir parce ce que nous portons. Ce qui compte, c’est parler de société tout en bougeant du pied et de la tête.

Comment est né ce projet ?
Guillaume Duval
: Neggus a frappé à notre porte. Par la suite, nous avons écouté son travail que nous avons trouvé déboîtant. Son propos est proche des idées que nous défendions dans notre quintet, Yan et moi. Nous sommes partis des textes que Neggus avait rédigés pour y mettre des accompagnements musicaux. C’était le plus compliqué car si Neggus slame, ses textes ne sont pas moins mélodieux et rythmiques. Il fallait colorer son propos. Le Kamalengoni et le balafon nous apportaient cette coloration. Un titre comme « Chants, Sueurs et Larmes » nous imposait de repartir dans les années du blues des plantations. Mais nous avons choisi d’y aller de manière différente, ce qui a donné du blues malien avec une prédominance du Kamalengoni.

Yan Lebreton : Guillaume et moi nous sommes rendus compte qu’il nous manquait quelqu’un pour mettre des mots à notre musique. Nous n’imaginions pas que ce serait un slameur. À vrai dire, en accompagnant un slameur et pas un chanteur nous nous sommes compliqués la vie. Mais Neggus est arrivé quand le fer était chaud. Il nous a touchés par sa manière de dire les choses.

N : Nous sommes partis de ce que nous avions déjà chacun. Eux nés ici en France, moi né au Togo et arrivé ici à 7 ans. Eux, un quintet et une musique que j’ai tout de suite appréciée, moi des textes avec des propos qui nous parlent tous. À tout ça j’ajouterais l’élément humain. Ça s’est très bien passé entre nous.

La majorité des chansons traduit un engagement politique et social…

N :
A des degrés différents, nous sommes tous interpellés par ce qui arrive aux sans-papiers. C’est notre histoire commune. J’ai longtemps travaillé avec des associations qui se préoccupent des flux migratoires. C’est ancré en moi en tant qu’Africain et en tant qu’homme. Je ne juge personne. Je fais des constats. Il n’y a pas que cet engagement dans l’album. Il y a aussi une envie de vivre, de se souvenir. À travers des titres tels que « Bal Poussière » ou « De Mémoire d’Homme » je cherche à ne pas oublier d’où je viens. Social Groove est un album à taille humaine. Toucher le cœur des gens, voilà ce qui m’intéresse.

Dans le titre « Je T’aime… Mais » vous évoquez votre ressentiment vis-à-vis de l’Afrique et de la corruption qui la mine. Quelle est votre relation à l’Afrique ?

N :
Avec l’Afrique, je suis en instance de re-séduction. Je suis reparti au Togo en 2009, j’y ai animé des ateliers et donné des concerts. Rien d’autre ne m’a autant enrichi. J’étais impressionné par les enfants du primaire qui, dès leurs premières rimes, n’hésitaient pas à mettre en cause les hommes politiques africains. Mais ne nous méprenons pas, la corruption existe partout et pas seulement en Afrique. Ce qui est bien c’est cette volonté manifeste que les populations africaines ont de prendre leur destin en main.

Vous vous produirez le 23 mai au Studio de l’Ermitage…

G.D :
C’est à l’occasion de la sortie de l’album. Nous créons une véritable symbiose entre le public et nous pendant les concerts. Venez nombreux car, en parlant de notre histoire, nous allons aussi jouer des inédits… je n’en dirai pas plus, c’est une surprise !

///Article N° : 11482

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© Gil
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