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| Pourquoi les Récréatrales
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L'Afrique en général, et l'Afrique francophone subsaharienne
en particulier, foisonne aujourd'hui de manifestations culturelles
et artistiques embrassant tous les domaines : cinéma, théâtre,
danse, musique, photographie, etc.
Ces dernières décennies, dans le domaine des arts
de la scène, les festivals se sont multipliés : FITMO,
FITD, Racines, Réalités, MASA, RETIC
constituent
aujourd'hui des rendez-vous incontournables.
Ces festivals et rencontres professionnels
témoignent de l'enthousiasme toujours grandissant des artistes,
des créateurs et des promoteurs culturels africains. Ils
révèlent en même temps leur talent et la volonté
urgente d'une Afrique qui questionne, s'exprime et tente de participer
coûte que coûte à l'expression plurielle contemporaine.
Cette dynamique est fort heureusement soutenue
par plusieurs partenaires sans lesquels l'ambition des artistes
africains peinerait à se concrétiser, tant les politiques
intérieures des Etats, malgré certaines options volontaristes,
se heurtent à des priorités de santé, d'éducation,
de restructuration économique.
Cependant, en amont de ces festivals (tournées,
rencontres multiformes) des problèmes persistent :
Qui aujourd'hui en Afrique peut s'affirmer
comme dramaturge, trouver des occasions de travailler son écriture
et voir son uvre portée à la scène ?
Quels comédiens africains, pourtant de plus en plus nombreux
sur les planches, ont bénéficié d'une formation
de qualité ?
Quelle compagnie bénéficie de
subventions à la création, lui permettant d' amener
un texte à la scène sans précipitation, en
se donnant le temps de mener les recherches qui s'offrent à
elle ?
Ces situations sont rarissimes en Afrique francophone
et les spectacles qui y sont produits présentent souvent
les signes de ces insuffisances :
Ecrire et rechercher une édition ou
une mise en scène de son texte reste un parcours de combattant.
Jouer et se donner le temps et les moyens
de construire un personnage qui s'imposera n'est pas fréquent
pour des jeunes formés sur le tas.
Créer un spectacle et espérer
le voir aller à un festival ou tourner en Afrique et ailleurs
est aujourd'hui un défi presque insurmontable que réussissent
de façon acrobatique certaines compagnies.
Si donc, en aval, un foisonnement artistique
est perceptible, les créations dénotent des faiblesses
dues au manque de moyens dont les projets pâtissent en amont,
tant en terme de formation des comédiens, de perfectionnement
du travail dramaturgique que de promotion de l'écriture dramatique.
Ces constats nous ont conduits à imaginer et créer
LES RÉCRÉATRALES: Résidences panafricaines
d'écriture et de création théâtrales.
Les expériences que nous avons pu mener
ces dernières années au sein de la compagnie Falinga,
notamment avec le metteur en scène burkinabé Ildevert
Méda, nous ont amenés à concevoir une nouvelle
démarche de création dans laquelle nous donnons une
prééminence chronologique du travail de la scène
sur le texte.
Cette première édition des RÉCRÉATRALES
rassemble durant deux mois dix-huit auteurs, metteurs-en-scène
et comédiens de cinq pays africains. Elle entend leur offrir
non seulement le temps et les moyens d'aller jusqu'au bout d'une
démarche de création. Mais aussi leur faire partager
le travail expérimental mené au sein de la compagnie
Falinga.
Il s'agit de voir aujourd'hui dans quelle mesure
nous pouvons faire notre théâtre, en partant d'un travail
sur la parole, élément fondateur de nos cultures.
Et, à partir de ce travail, arriver à l'acte théâtral
et à celui d'écriture.
LES RÉCRÉATRALES seront donc
l'occasion :
o pour la la Compagnie Falinga et le Théâtr'Evasion
de monter un
nouveau spectacle, intitulé " Madame, je vous aime ",
o de partager l' expérience de la scène comme lieu
de production du texte dramatique avec des dramaturges, metteurs
en scène et comédiens d'autres pays,
o d'affiner cette approche en proposant aux participants des ateliers
sur l'écriture dramatique et le jeu d'acteur, menés
par des professionnels renommés.
Etienne Minoungou,
Directeur de la Compagnie Falinga et coordonateur des Récréatrales

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| Les
Récréatrales, une nouvelle démarche de création |
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Donner à la parole la prééminence
sur le texte

En 2000, deux compagnies théâtrales burkinabè
élaborent ensemble un spectacle novateur intitulé
"La République danse". L'auteur, Etienne Minoungou
(Compagnie Falinga) et le metteur en scène Ildevert Méda
(Théâtr'Evasion) partent d'un canevas et poussent progressivement
les comédiens à accoucher d'un texte qui corresponde
au mieux à leur personnage.
Cette expérience s'avère très enrichissante
et stimulante : la prééminence chronologique du travail
de la scène sur le texte, mettant à nu le comédien,
dans la précarité et la plus grande insécurité,
implique une autre façon de créer. L'improvisation,
guidée par l'auteur et le directeur d'acteur, devient le
lieu d'une explosion créatrice où se mêlent
les intuitions des comédiens, du dramaturge, du metteur en
scène. L'histoire et les personnages se construisent dans
cette inspiration conjointe.
Les deux compagnies burkinabè ont trouvé là
un champ novateur à explorer et à partager avec d'autres.
En effet, cette démarche particulière semble s'inscrire
profondément dans ce qui fait la spécificité
du continent africain : la pregnance de la tradition orale. Dans
des pays où la parole n'est pas seulement verbe, mais action
à part entière, c'est peut-être par le travail
sur la parole que l'on peut aboutir à l'acte d'écriture
et à l'acte théâtral.
Il ne s'agit pas d'une simple technique de création collective,
souvent mise en uvre dans l'élaboration des spectacles
de sensibilisation, mais de la rencontre entre un véritable
travail d'auteur, de directeur d'acteur et de comédien; chacun
brisant la solitude dans laquelle il travaille habituellement pour
qu'émergent des mots plus justes, un jeu plus vrai, une situation
plus saisissante.
Accompagner le processus de création
Sont réunies pour cette première édition des
RÉCRÉATRALES six équipes de créations
(un auteur-metteur en scène, un comédien et une comédienne)
venues de cinq pays d'Afrique de l'Ouest : Burkina Faso, Niger,
Côte d'Ivoire, Togo, Mali.
Chaque équipe se rend aux RÉCRÉATRALES en
ayant déjà élaboré un canevas d'histoire
(seule contrainte : il ne peut y avoir que deux comédiens
sur scène, un homme et une femme) et une intention de mise
en scène.
Tout au long de la résidence, se dérouleront, parallèlement
au processus de création de six spectacles et textes originaux,
des ateliers consacrés à l'écriture théâtrale
et au jeu d'acteur, animés par des professionnels renommés.
Du 1er au 15 mai
Dani Kouyaté animera l'atelier "L'Art du récit"
destinés aux auteurs-metteur en scène. Ce travail
sur la tradition orale, le conte, et le récit se propose
de réexplorer l'étendue et les potentialités
artistiques de la parole. Réalisateur, metteur en scène
et comédien burkinabé, issu d'une grande famille de
griot, Dani Kouyaté a longtemps travaillé avec son
père, le comédien fétiche de Peter Brook, Sotigui
Kouyaté.
Parrallèlement, se déroulera sous la houlette de
Jacques Jouet, écrivain français, membre de l'Oulipo
(l'Ouvroir de littérature potentiel, créé par
Raymond Queneau) la première phase de l'atelier "Écriture
théâtrale" : exercices sur le style, la musicalité,
le rythme, les jeux de mots, avant que six auteurs-metteurs en scène
ne se lancent dans leur création.
Du 10 mai au 30 mai
Pascal N'Zonzi, célèbre comédien congolais,
animera l'atelier "Construction du personnage, situation de
jeu, travail de l'acteur" destinés aux douze comédiens.
Du 1er au 15 juin
Le comédien français Stéphane Rougemont viendra
animer à l'attention des auteurs-metteurs en scène
un stage sur la "Direction d'acteur".
Enfin, du 30 mai au 20 juin
Aura lieu la deuxième phase de l'atelier "Ecriture théâtrale"
par Jacques Jouet qui portera sur d'éventuels ajustements
d'intrigue, de suspense et de répliques des six créations
.
Les RÉCRÉATRALES, ce sont donc
:
6 expérimentations parallèles d'un travail commun
entre auteur,
metteur en scène et comédiens.
6 spectacles totalement différents qui s'élaboreront
parallèlement aux ateliers de formation,
6 textes qui se constitueront progressivement,
Au terme de cette première édition :
6 textes dramaturgiques seront réunis en un document disponible
pour d'éventuelles démarches d'édition,
12 comédiens auront reçu une formation au jeu d'acteur,
6 auteurs se seront perfectionnés en écriture dramatique,
6 metteurs en scène auront mené une nouvelle expérience
de direction d'acteur,
Au total, une trentaine de personnes, impliquées dans cette
expérience (comédiens, auteurs, metteurs en scène,
techniciens, scénographes, costumiers) auront bénéficié
de cette opportunité exceptionnelle : prendre et se donner
le temps d'aller jusqu'au bout d'une démarche de création.

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| La
création |
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"Madame, je vous aime",
nouvelle création de la compagnie Falinga
Durant les RÉCRÉATRALES, la Compagnie Falinga
travaillera à la création de "Madame je vous aime" d'Étienne Minoungou,
mise en scène par Ildevert Méda du Théâtr'Évasion (Ouagadougou).
Le canevas de "Madame, je vous aime"
Un officier de l'armée revient de la
guerre : l'homme n'est plus ce qu'il était. Trop de choses
se sont passées. Il est déshabillé et utilisé
comme bourreau pour des exécutions spéciales. Un jour,
alors qu' il attend une victime, entre une femme, très belle,
une métisse. Cette femme porte la haine dans son ventre ;
elle porte les salissures de la honte sur son corps. Elle est née
d'un viol, quelque part en temps de guerre.
Deux violences alors s'affrontent, deux haines, mais aussi deux
fatigues, deux souvenirs
d'enfance.
L'intention de mise en scène
Considérer l'espace théâtral
dans sa plus simple expression (mise en jeu des conflits et des
relations de pouvoir). Faire côtoyer le burlesque et la violence
dans une insidieuse fin d'être au théâtre, seulement
au théâtre, sans se reprocher de faire des clins d'il
à la réalité.Cette pièce, dans sa violence,
s'impose comme un écho des multiples images des guerres qui
déchirent le continent africain : Rwanda, Liberia, Sierra
Leone, Angola
Cependant, elle se veut aussi une belle histoire d'amour, de sensualité,
de rencontre car les mêmes corps qui portent en eux la haine
et la violence ont encore la mémoire de la tendresse, du
plaisir
de l'enfance. Et surtout qu'on ne se mette pas ici
à discourir sur le bien et le mal, ou sur le devenir du monde.
Intéressons-nous simplement à deux existences solitaires
que la cruauté de la vie s'amuse à mettre ensemble.
Et cherchons avec eux désespérément peut-être,
des moments d'humanité, de jouissance même.
Et surtout, tenez vous bien, que l'on rie ! Morbleu !Pourquoi pas
?
E.M.
L'auteur
Etienne MinoungouMetteur en scène, dramaturge
et professeur d'art dramatique, Etienne Minoungou (34 ans) fonde
en 2000 à Ouagadougou la compagnie Falinga après avoir
dirigé le Théâtre de la Fraternité. Disciple
de Jean-Pierre Guingané avec qui il partage la passion du
théâtre depuis une dizaine d'années, il fut
l'assistant à la mise en scène de Matthias Langhoff
pour Prométhée Enchaîné (2000). Initiateur
des Récréatrales, il est également le Président
du Centre burkinabè de l'Institut International du Théâtre.
Il incarne la génération montante des hommes de théâtres
burkinabè.

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| Les
participants |
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Les formateurs
Ecriture théâtrale : Jacques JOUET (France)
Jeu de l'acteur : Pascal N'ZONZI (Congo)
Direction de l'acteur : Stéphane ROUGEMONT (France)
Conseil à la mise en scène : Dani KOUYATE (Burkina
Faso)
Adama TRAORE (Mali)
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Jacques JOUET |
Pascal N'ZONZI |
Dani KOUYATE |
Les équipes de création
- "Madame, je vous aime"
:
Etienne MINOUNGOU (auteur / comédien)
Ildevert MEDA (metteur en scène)
Nantené TRAORÉ (comédienne)
- TOGO :
Frédéric GAKPAUA (auteur / metteur en scène)
Roger ATIKPO (comédien)
Akossiwa DANTSEY (comédienne)
- NIGER :
Idi NOUHOU (auteur / metteur en scène)
Saleh Ado MOHAMAT (comédien)
Adama AKILI (comédienne)
- BURKINA FASO :
Moussa SANOU (auteur / metteur en scène)
Issa SANOU (comédien)
Bintou SOMBIÉ (comédienne)
- MALI :
Tiekoro SANGARE (auteur / metteur en scène)
Irène SEYE (comédienne)
Drissa KONÉ ( comédien)
- COTE D'IVOIRE :
Modibo COULIBALY (auteur / metteur en scène)
Ablassé OUEDRAOGO (comédien)
Yapo JOSÉ (comédienne)
- L'équipe technique
:
LUMIERE : Thierry BAMBARA
DÉCORS : Fousseini COMPAORÉ
COSTUMES : Justine SAWADOGO

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| Calendrier
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Ateliers de formation
Du 1er au 15 mai
"L'Art du récit" par Dani Kouyaté
Du 10 mai au 30 mai
"Construction du personnage, situation de jeu, travail de l'acteur"
par Pascal N'Zonzi
Du 1er au 15 juin :
"Direction de l'acteur" par Stéphane Rougemont
Du 1er mai au 15 mai puis du 30 mai au 20 juin
"Ecriture théâtrale" par Jacques Jouet
Présentation des six spectacles à
Ouagadougou
Du 26 au 30 juin : au Centre culturel français, à
l'espace culturel Gambidi et à l'Atelier Théâtre
du Burkina.
Tournée régionale
du dyptique
" Madame, je vous aime " + spectacle de l'équipe
nationale
1er et 2 juillet :
BURKINA FASO : CCF de Bobo Dioulasso
Du 3 au 5 juillet
TOGO : Lomé
Du 6 au 8 juillet
NIGER : CCF de Niamey
Du 9 au 11 juillet
COTE D'IVOIRE : Abidjan
Du 12 au 15 juillet
MALI : Bamako
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| Contacts
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En France
Coordonnateur :
Etienne MINOUNGOU
Directeur de la Compagnie Falinga
01.58.88.01.52
eminoungou@aol.com
26, rue Danton
92130 Issy-les-Moulineaux
Communication :
Ayoko Mensah
06.63.21.08.60
ayokovi@hotmail.com
59, rue des Bruyères
92310 Sèvres
Au Burkina Faso
Administrateur :
Erick Nazaire ZONGO
Théâtr'Evasion
Tél : 00-226- 20 66 21 / 61 48 49
Fax : 00-226-30 84 41
theatr_evasion@hotmail.com
falinga@hotmail.com
01 BP 6739 -Ouagadougou 01
Au Niger
Administrateur associé :
Hachimou OUMAROU
Collectif Jawabi
00-227-75.44.02
jawabi@caramail.com
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| Partenaires
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- AFRICALIA (Association Africalia Belgique)
- l'Agence Intergouvernementale de la Francophonie
- la CITF (Commission Internationale du Théâtre
Francophone)
Conseil des Arts du Canada, Commissariat général aux
relations internationales - communauté Wallonie Bruxelles,
Conseil des Arts et des Lettres du Québec.
- l'AFAA (Association Française d'Action
Artistique, programme Afrique en Créations)
- le PSIC (Programme de soutien aux initiatives
culturelles)
- La Mission de coopération française,
Ouagadougou
- le Ministère de la Culture du Burkina
Faso
- le Bureau Wallonie Bruxelles, Ouagadougou
- La SGB (Société Générale
de Banques), Burkina Faso
- Les Centres Nationaux de l'Institut International du Théâtre
( Burkina Faso, Niger, Mali, Togo)
partenaires artistiques
- Le TILF (Théâtre international
de langue française), Paris
- L'Espace Delvaux, Bruxelles
- Les Éditions Lansmann, Belgique
- L'Association "Écritures vagabondes", (Monique
Blin), France
- Le Festival des Francophonies (Patrick Le Mauff), France
- Le FITMO
- Le FITD (Festival International de Théâtre pour le
Développement), Burkina Faso
- Le Festival du Théâtre des Réalités,
Mali
- Les RETIC , Cameroun
- Le MASA (Marché des Arts du Spectacle), Côte d'Ivoire
- Le FITHEB, Bénin
- Le FESTHEF, Togo
- Les CCF (Centres Culturels Français) de Ouagadougou, Bobo
Dioulasso, Niamey, Abidjan, Cotonou et Lomé.
- Olivia GILI
partenaires médias
- La Télévision Nationale du
Burkina Faso
- AFRICULTURES
- Radio PULSAR
- Radio Gambidi

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| INTERVIEW
DE DANI KOUYATE (FORMATEUR) |
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Pourquoi avoir accepté d'être
formateur dans le cadre des Récréatrales ?
C'est d'abord un vrai plaisir de travailler au Burkina Faso, chez
moi, même si cela est relativement rare. Je donne l'essentiel
de mes stages en Europe. C'est toujours passionnant pour moi de
partager mon expérience avec des acteurs africains en Afrique.
En outre, j'ai été contacté par Etienne Minoungou,
qui est un " frère " artiste que j'avais employé
comme acteur dans un épisode de la série " A
nous la Vie " : le plaisir est d'autant plus grand que l'initiative
vient de l'intérieur.
Quels sont les axes de votre travail ?
Je fais essentiellement des exercices sur la disponibilité,
la présence, la spontanéité, la prise d'initiative,
l'engagement, la lutte contre la peur et le sentiment de culpabilité.
Car c'est cela qui tue l'artiste. On se sent toujours coupable,
on a peur de mal faire et ça bloque notre engagement, ça
casse notre liberté. Or, il faut au contraire rechercher
sa propre liberté, accepter ses défauts et prendre
conscience de ses qualités. Nous avons chacun nos qualités
et nos défauts. Ces derniers ne doivent pas être une
prison. Si on les reconnaît, si on les repère, on peut
jouer avec et en faire des espèces de qualités artistiques.
C'est là dessus que je travaille : il n'y a pas d'erreur,
l'erreur est humaine et l'art humain. Tout se transforme. Donc il
n'y a pas d'erreur si cela est pris en charge et assumé.
C'est très difficile de faire ce travail car l'on est toujours
dans la culpabilité envers soi-même ou envers les autres
et ce n'est pas évident de sortir de cela.
Vos ateliers débutent par une demi-heure
de danse accompagnée par des percussionnistes. Est-ce important
pour vous cette base culturelle africaine ?
Que ce soit en Europe ou en Afrique, je travaille de la même
manière. En matière de disponibilité, de corps,
d'esprit, de parole, de voix, il n'y a pas de frontière culturelle
en tant que telle. Il se trouve qu'en Afrique, de façon naturelle
et vivante, nous avons tout cela. Il faut en prendre conscience
car c'est pour nous tellement quotidien qu'on ne se rend pas compte
qu'on peut utiliser cette matière dans le travail. Autour
de nous, nous avons tous les éléments pour nous maintenir,
nous exercer, nous réveiller et nous éveiller à
l'art. Ces éléments sont universels pour ce qui est
de leurs effets sur un acteur.
Lorsque je travaille là dessus en Europe, c'est une chance
incroyable pour les comédiens car c'est très loin
d'eux. Mais ici, c'est plutôt une prise de conscience de ce
qui nous entoure, qui paraît simple et qui pourtant est notre
outil de travail. C'est un héritage culturel dont il faut
être conscient. L'art est vivant, le théâtre
est vivant et le terrain africain est plus que jamais vivant. Tout
est vie ici. C'est tellement triste de voir un spectacle africain
mort alors même que la quotidienneté est vie : un acteur
qui monte sur scène et devient mort tout simplement parce
qu'il s'enferme dans des valeurs et des schémas qui ne sont
pas les nôtres et qui parfois sont décalés.
Il y a tellement de spectacles ici qui n'utilisent ni le rythme,
ni le chant, ni la musique, qui sont des espèces de reproduction
des spectacles à l'italienne, des mauvaises copies. Pourtant,
on a tout sur le terrain pour faire des choses vivantes. Il faut
en être conscient.
On parle d'une crise du théâtre
africain contemporain. Est-ce votre opinion ?
Je ne suis pas expert en théâtre car je suis plus impliqué
dans le cinéma que dans le théâtre en Afrique.
Mais il me semble que dans un domaine comme dans l'autre, on a de
plus en plus conscience de nos propres valeurs en matière
de création. Tant que l'on fera de mauvaises copies du théâtre
occidental, on sera toujours à côté de la plaque.
Récemment, j'ai été très admiratif de
l'Imako Teatri de Côte d'Ivoire dont le travail plonge ses
racines dans la terre africaine. Bien avant, Souleymane Koly avait
déjà ouvert cette voie avec son théâtre
populaire Kotéba. Ici, au Burkina, j'attends encore un peu
ça.
La question de la formation de l'acteur
pose-t-elle problème au cinéma comme au théâtre?
C'est un problème crucial dans les deux domaines. Au théâtre
comme au cinéma, on a besoin de l'acteur, de sa compétence,
de sa disponibilité : c'est lui, la matière première.
Or, c'est Au cinéma, nous travaillons beaucoup avec les comédiens
de théâtre. Les acteurs dont nous disposons viennent
à 90% du théâtre. Malheureusement, il y a très
peu de réalisateurs qui, comme moi, font aussi du théâtre.
Pourtant, le théâtre est une excellente école
pour l'acteur comme pour le metteur en scène. Discuter, réfléchir
avec un comédien, diriger un acteur, ça s'apprend.
Le théâtre, nécessitant un dispositif économique
moindre que celui du cinéma, permet de malaxer davantage
la matière, que ce soit le texte ou le jeu du comédien.
Le théâtre permet de se former sans poser trop de problèmes
d'argent. Au cinéma, la question de la formation de l'acteur
est un cercle vicieux : pour faire des films il faut avoir des acteurs
et pour avoir des acteurs, il faut faire des films. Mais je crois
que plus sérieusement, la question de l'acteur a longtemps
été négligée au cinéma. Beaucoup
de réalisateurs ont du mal à comprendre aujourd'hui
encore que le cinéma commence par l'acteur. Ils n'est pas
rare de voir des réalisateurs choisir leurs comédiens
quasiment la veille du tournage. Au plan financier, lorsqu'il faut
réduire un budget, un réalisateur n'hésite
pas renoncer à un acteur qui lui demande trop cher. Il privilégie
la gestion de son argent par rapport à la qualité
artistique de son film. Au nord, le casting est l'un des éléments
primordiaux du cinéma. En Afrique, c'est la dernière
chose. Il faut rectifier cela.
Etes-vous prêt à vous investir
dans un projet pérenne de formation de l'acteur en Afrique
?
Il y a quelques mois, j'ai créé avec des amis et collaborateurs
italiens du Théâtre du Soleil de Milan un centre de
formation de l'acteur à Bobo Dioulasso. Avec mes frères,
nous avons aussi ouvert dans cette même ville, dans une cour
qui appartenait à notre grand-père, un centre socio-culturel.
Là, nous accueillons des spectacles en résidence,
essayons de former des jeunes. Même si mes activités
me laissent peu de temps, je crois que c'est important de mettre
en place des structures, des outils de formation. Le problème,
c'est que je n'ai eu aucune subvention de l'Etat pour monter ces
centres.
Quel bilan tirez-vous de ces dix jours d'atelier
?
C'est difficile de tirer un bilan en matière artistique.
Mais ce qui est sûr, c'est que cette expérience est
très intéressante. L'échange a été
réciproque. Pour les jeunes comédiens et auteurs ici
présents, ils ont une opportunité unique de travailler.
Même s'ils n'ont pas beaucoup d'expérience, ils sont
très disponibles et peuvent tous donner des choses intéressantes
s'ils sont bien encadrés et dirigés. A leur tour ils
m'ont apporté leurs expériences, leurs défauts
et leurs qualités qui sont pour moi autant de sujets de réflexion.
Les Récréatrales inaugurent une formule tout à
fait originale, unique en Afrique. Par delà le résultat
final, je que souhaite évidemment concluant, c'est vraiment
une initiative à renouveler.
Propos recueillis par Ayoko
Mensah
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| LES
RECREATRALES, UNE VILLA MEDICIS A L'AFRICAINE |
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C'est une première en Afrique : durant
deux mois, du 1er mai au 30 juin 2002, des auteurs et des comédiens
de cinq pays (Burkina Faso, Mali, Niger, Côte d'Ivoire et
Togo) sont réunis à Ouagadougou. Afin d'écrire
et monter cinq créations. Un défi réellement
ambitieux lorsqu'on connaît la situation du théâtre
sur le continent.
L'homme qui initie ces premières résidences
panafricaines d'écriture et de création théâtrales
est peu banal. Yeux d'enfant et sourire qui dévore le monde.
Comédien, auteur, conteur, directeur de la compagnie Falinga
et de l'Institut International du Théâtre au Burkina,
Etienne Minoungou, 33 ans, appartient à la famille des poètes,
des hommes orchestres, des touche-à-tout débordant
de talent. Bref, il brûle de la flamme sacrée du théâtre.
En 2000, avec son complice le metteur en scène Ildevert Méda
du Théâtr'Evasion, Minoungou explore une nouvelle façon
de créer : il n'écrit pas sa pièce préalablement
à la mise en scène mais propose un canevas aux comédiens
et accouche progressivement d'un texte né de son dialogue
avec le metteur en scène et les acteurs. Il monte ainsi sa
seconde création " La République danse "
: une satire des dessous du pouvoir en Afrique, qui remporte un
vif succès avant de tourner dans plusieurs pays européens.
Cette expérience stimulante de la scène comme lieu
de production du texte, l'ancien professeur d'art dramatique souhaite
rapidement la partager avec d'autres dramaturges, metteurs en scène
et comédiens africains. " Il s'agit de voir aujourd'hui
dans quelle mesure nous pouvons faire notre théâtre,
en partant d'un travail sur la parole, élément fondateur
de nos cultures. Et, à partir de ce travail, arriver à
l'acte théâtral puis à celui d'écriture
", résume t-il. Le projet des Récréatrales
prend forme. Il faudra à Minoungou deux ans de contacts et
de persévérance pour voir son idée aboutir.
En ce début de mois de mai 2002, Ouagadougou attend impatiemment
les premières pluies de la saison. A l'espace culturel Gambidi
(siège du Théâtre de la Fraternité de
Jean-Pierre Guingané), QG des Récréatrales,
les premiers ateliers débutent à 7h30, avant qu'une
chaleur accablante ne s'abatte sur la ville. Dans la grande salle
du rez-de-chaussée, Dani Kouyaté, réalisateur,
metteur en scène et comédien burkinabé renommé,
commence sa séance avec les comédiens par une danse
en cercle au rythme de deux tambours. Sous les ventilateurs qui
tournoient, les corps se délient, les pieds frappent le sol,
les voix s'élèvent en un chant puissant. Saisissante
énergie collective.
De l'autre côté de la cour, Jacques Jouet, écrivain
et dramaturge français, membre de l'Oulipo (Ouvroir de littérature
potentiel, créé par Raymond Queneau) commence à
travailler avec les cinq auteurs. Il leur propose des exercices
à partir de consignes, de contraintes sur l'écriture
théâtrale, le rythme, les dialogues, la poésie,
le récit, " pour brasser toute la matière de
la langue, des imaginaires mais aussi pour mettre les auteurs dans
des situations auxquelles ils ne sont pas habitués, pour
les assouplir ".
Les Récréatrales se révèlent
rapidement un passionnant laboratoire de recherche. Elles ne donnent
pas seulement les moyens à cinq équipes de création
d'écrire et de monter une pièce de théâtre.
En mettant en place une série d'ateliers donnés par
des professionnels reconnus, ces résidences affirment une
volonté plus large : participer activement à la formation
des comédiens et des dramaturges en Afrique, leur ouvrir
de nouvelles perspectives de travail, de nouveaux horizons.
Chaque jour, les deux ateliers durent quatre heures,
intenses. Durant dix jours, Dani Kouyaté réexplore
avec les comédiens les ressources du conte et de la tradition
orale, les potentialités artistiques de la parole (cf. son
interview sur le site www.africultures.com/partenaires/evenements/recreatrales/recreatrales.htm).
Puis du 10 au 30 mai, il est relayé par Pascal N'Zonzi, célèbre
comédien congolais, installé en France, à la
longue carrière théâtrale et cinématographique.
Celui-ci axe son atelier sur le jeu de l'acteur, la construction
des personnages, notamment à partir d'improvisations. Il
donne à travailler des textes de Sarraute, de Césaire
Avec rigueur et générosité, il pousse les neufs
jeunes comédiens à se surpasser. L'atmosphère
est parfois tendue mais tous les stagiaires reconnaissent l'immense
bénéfice de son enseignement, de son expérience.
" Mon rôle est de briser les certitudes, les idées
reçues pour ouvrir des portes dans leur jeu, explique le
formateur. Les comédiens qui incarnent un texte doivent être
à la hauteur de ce qui est écrit. Je travaille sur
la prise en charge du texte par les comédiens. Ils doivent
être capables de proposer pour se surprendre et surprendre
le public. "
Conscients de la qualité des formations, de la chance qu'elles
représentent pour eux, les comédiens comme les auteurs
s'investissent totalement.
Une aventure collective
" Qui aujourd'hui en Afrique peut s'affirmer
comme dramaturge, trouver des occasions de travailler son écriture
et voir son uvre portée à la scène ?
Quels comédiens africains, pourtant de plus en plus nombreux
sur les planches, ont suivi une formation de qualité ? Quelle
compagnie bénéficie de subventions à la création,
lui permettant d'amener un texte à la scène sans précipitation,
en se donnant le temps de mener les recherches qui s'offrent à
elles ? ", interroge Minoungou.
C'est aussi pour répondre ces manques, à ces difficultés
chroniques, à la précarité et l'urgence dans
lesquelles vivent la plupart des jeunes compagnies théâtrales
sur le continent, que le directeur de la compagnie Falinga a créé
ces résidences. Il les a pensées comme une sorte de
Villa Médicis à l'africaine. Mais contrairement leur
aînée romaine, où chaque artiste poursuit une
démarche individuelle, les Récréatrales misent
entièrement sur l'échange, la discussion, l'accompagnement
du processus de création.
Les formateurs ont ainsi pour mission de suivre et
de soutenir les cinq équipes (représentant chacune
un pays et composées d'un auteur-metteur en scène,
d'une comédienne et d'un comédien) dans la réalisation
de leur création, jusqu'à sa présentation au
public. " Il ne s'agit pas d'imposer une esthétique,
précise Jacques Jouet. J'entre dans chaque projet, en respectant
les intentions de l'auteur. Mais je lui pose énormément
de questions. "
" Cette démarche collective est primordiale, renchérit
Minoungou. Grâce aux ateliers, aux échanges avec les
formateurs, les auteurs et les comédiens, mon projet initial
de " Madame, je vous aime " a beaucoup évolué.
Il s'est énormément enrichi. L'Occident a érigé
le mythe de l'artiste solitaire, seul maître d'uvre
de sa création. Mais c'est en partie illusoire. La création
a beaucoup a gagné de l'échange. Nous, Africains,
qui sommes habitués à échanger, discuter, nous
pouvons utiliser cette aptitude collective comme force de création.
"
L'expérience s'avère en tous cas passionnante. Non
seulement les Récréatrales permettent à de
jeunes auteurs et comédiens de se rencontrer, d'échanger
mais elles leur offrent aussi des conditions de création
exceptionnelles en leur permettant de bénéficier de
l'expérience et du regard de formateurs internationaux reconnus.
et solidaire
La démarche de création collective
proposée ces résidences ne peut fonctionner sans solidarité.
Loin de l'esprit de compétition qui a fini par gagner le
champ artistique en Occident, elles reposent au contraire sur une
écoute, une entraide, un véritable échange
fait de débats et de questionnements. " Il s'agit de
partager une méthode, de l'éprouver, la discuter,
l'enrichir, la modifier éventuellement ", souligne Minoungou.
Les auteurs ont d'une part pour contrainte de passer par l'expérience
de la scène pour écrire leur texte, notamment en laissant
les comédiens improviser à partir d'un canevas. D'autre
part, à intervalle régulier, chaque équipe
présente devant l'ensemble des stagiaires et des formateurs
l'état d'avancement de son travail : un des temps forts de
la semaine.
Ce jeudi, à l'ATB (l'Atelier Théâtre Burkinabé,
dirigé par Prosper Compaoré), ce sont les Togolais
qui passent sur la sellette. Leur pièce " Un virus sur
ma disquette " questionne l'informatisation excessive qui menace
nos sociétés sans pouvoir résoudre les maux
séculaires de la condition humaine. Après une heure
de représentation, le dialogue s'engage. Les avis s'expriment
librement : " Je n'ai pas compris où tu voulais nous
emmener à la fin
", " Tu fais le pari d'utiliser
le vocabulaire propre à l'informatique dans tes dialogues.
Mais as-tu réellement besoin de cela pour raconter ton histoire
? " La solidarité n'empêche pas le sens critique
de chacun de s'exercer, tout en respectant ceux qui présentent
leur travail. L'auteur et les comédiens, attentifs, prennent
note des observations. L'esprit des " Récréatrales
" fonctionne à plein.
Cinq pièces en devenir
" C'est passionnant de pouvoir côtoyer
à la fois les auteurs et les comédiens. De voir comment
ils s'emparent de la matière première du texte pour
commencer à improviser. Les meilleures conditions de création
sont réunies ici ", confiait Pascal N'Zonzi après
avoir assisté, comme chaque après-midi, à la
répétition d'une des équipes. Suivre le cheminement
complexe d'une mise en scène, de l'accouchement d'un texte,
l'évolution du jeu des comédiens à mesure qu'ils
en prennent possession, l'interaction entre les propositions du
formateur et l'équipe se révèle réellement
captivant. Mais si cette démarche collective regorge de potentialités,
elle n'est pas toujours simple à gérer, notamment
pour les auteurs. " Cela fait un sacré nombre de voix
qui leur revient : leurs comédiens, plusieurs formateurs,
les autres participants. Ce n'est pas simple comme situation, analyse
Jacques Jouet. Il faut avoir les reins et les idées solides
tout en étant un peu malléable, Mais je ne crois pas
que ce soit trop. Nous sommes là pour nous poser des problèmes.
Plus il y a de questions posées, plus c'est intéressant.
"
Au fil des semaines, la pression monte. L'échéance
de la réalisation approche : fin juin, chaque équipe
doit présenter sa création devant le public burkinabè
et certains partenaires des Récréatrales. Les spectacles
les plus aboutis devraient être invités en France.
Les meilleurs textes seront publiés par l'éditeur
belge Emile Lansmann. Ecriture, mise en scène sans oublier
tous les aspects techniques à régler : décors,
costumes, lumières, son
les cinq équipes gèrent
parallèlement tous ces éléments.
Villa Sahel
Le rythme de travail est très intense. Les
répétitions commencent à 17h pour s'achever
vers 21h ou 22 h. Le lendemain matin, à 7h30, reprennent
les ateliers. Stéphane Rougemont, comédien français,
ayant notamment travaillé avec Ariane Mouchkine, anime, du
1er au 15 juin, un stage sur la direction d'acteur. Adama Traoré,
metteur en scène et comédien malien bien connu, directeur
de l'association culturelle Acte Sept et du Festival du Théâtre
des Réalités à Bamako, s'est arrêté
quelques jours à Ouagadougou pour conseiller la mise en scène
des cinq créations.
Laboratoire de recherche, de création et de formation, les
Récréatrales s'affirment comme un carrefour artistique
exceptionnel en Afrique. Une Villa Médicis à l'africaine
que l'on dénommerait volontiers Villa Sahel. " Par delà
les créations qui vont être présentées,
c'est une aventure artistique et humaine passionnante ", se
réjouit Minoungou.
S'il a su insuffler aux Récréatrales une réelle
qualité de travail, cela n'empêche pas ces résidences
de se dérouler dans une ambiance très chaleureuse.
Fascinant va-et-vient des comédiens, auteurs et formateurs
entre création et récréation, extrême
concentration et dérision, sérieux et grands éclats
de rire. Le soir venu, on se retrouve à la Villa Sahel où
sont logées les équipes maliennes et nigériennes,
autour de Flag ou du rituel du thé, pour continuer à
discuter, palabrer. Les Récréatrales sont à
mi-parcours. Peut-on imaginer plus beau vivier de création
théâtrale en Afrique ?
Ayoko MENSAH, chargée de Communication

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| LES
RECREATRALES 2002 : BILAN GENERAL |
|
Ouagadougou, 1er mai - 30 juin
Sommaire :
I - Rappel
II - Bilan de la démarche de création
: un laboratoire de recherche
- Pour les auteurs
- Pour les comédiens
- Le rôle des formateurs
III -Présentation des équipes et des cinq pièces
créées durant les Récréatrales
- " Madame, je vous aime ", de Etienne Minoungou (Burkina
Faso)
- " Badadroum ou les aventures de Sakarai " de Idi Nouhou
(Niger)
- " Le Réveil des Zombies " de Modibo Coulibaly
(Côte d'Ivoire)
- " Le Mur " de Tiécoro Sangaré (Mali)
- " Internautes, gueules pétées " de Frédéric
Gakpara (Togo).
IV - Perspectives pour les prochaines éditions
des Récréatrales
I - RAPPEL
Les Récréatrales se sont déroulées
durant deux mois, 1er mai au 30 juin 2002, à Ouagadougou.
Elles ont regroupé cinq équipes de création
(chacune composée d'un auteur-metteur en scène, un
comédien et une comédienne) venues de cinq pays (
Burkina Faso, Niger, Mali, Côte d'Ivoire et Togo) et quatre
formateurs : Jacques Jouet, Dani Kouyaté, Pascal N'Zonzi
et Stéphane Rougemont (cf. Bilan à mi-parcours : Les
Récréatrales, Une Villa Médicis à l'africaine).
Le principe de ces résidences répondait à une
triple volonté :
- Offrir à de jeunes auteurs et comédiens africains
le temps et les moyens d'aller jusqu'au bout d'une démarche
de création.
- Proposer une nouvelle démarche de création, qui
donne au travail de la scène une prééminence
chronologique sur le texte
- Participer activement à la formation des comédiens
et des dramaturges africains en organisant une série d'ateliers
donnés par des professionnels reconnus.
II- BILAN DE LA DEMARCHE DE CREATION : UN LABORATOIRE DE RECHERCHE
Rappelons qu'en initiant les Récréatrales,
Etienne Minoungou souhaitait partager avec d'autres auteurs et comédiens
une démarche de création qu'il avait commencé
à expérimenter au sein de sa compagnie (Falinga) avec
le metteur en scène Ildevert Méda.
Cette démarche consiste à donner au travail de la
scène une prééminence chronologique sur le
texte. Celui-ci n'est pas écrit et donné d'emblée
par l'auteur, il s'élabore au contraire progressivement à
partir d'un canevas sur lequel improvisent les comédiens.
Sa version définitive se construit dans une inspiration conjointe
de l'auteur, du metteur en scène et des comédiens
afin qu'émergent des personnages plus vrais.
Pour les auteurs
Les cinq auteurs : Etienne Minoungou (Burkina Faso), Idi Nouhou
(Niger), (Mali), Frédéric Gakpara (Togo) et Modibo
Coulibaly (Côte d'Ivoire) se sont donc tous pliés à
cette contrainte. L'expérimentation de cette démarche
a profondément renouveler et enrichi l'écriture de
chacun. Idi Nouhou confirme : " Cela a été une
heureuse torture, explique-t-il. J'ai fait l'effort de consulter
très régulièrement mes comédiens. Cela
n'a pas été facile car je me suis profondément
remis en question. Mais cette expérience a indéniablement
enrichi mon écriture. "
Même constat pour Tiécoro Sangaré : " En
changeant d'habitude, cela m'a permis de prendre du recul vis à
vis de mon écriture, de trouver une nouvelle respiration.
C'est une chance inouïe d'avoir pu travailler directement avec
les comédiens même si nos rapports n'étaient
pas simples. Cela ne m'était jamais arrivé. J'ai trouvé
cette expérience vraiment fascinante. "
Modibo Coulibaly témoigne quant à lui : " Cette
démarche m'a finalement amené à créer
deux pièces. Celle que j'avais conçu au départ
et celle à laquelle cette expérience collective a
abouti. Les observations des formateurs m'ont énormément
apporté. "
Frédéric Gakpara souligne encore : " Cette expérience
m'a enseigné une certaine humilité. Les auteurs sont
bien souvent des dictateurs... peu habitués à recevoir
des critiques. En éprouvant immédiatement mon écriture
avec les comédiens d'une part, et d'autre part en exposant
mon travail aux yeux de tous, participants et formateurs, j'ai dû
accepter et apprendre à gérer une multitude de critiques.
Cela m'a beaucoup appris et m'a permis de tisser de nouvelles relations
avec mes comédiens. "
Etienne Minoungou, à l'initiative de cette démarche
de création, conclue : " L'évolution des synopsis
initiaux de chaque pièce a démontré les énormes
potentialités de cette démarche.
Certes, elle n'est pas idéale. Elle pose problème
et malmène les auteurs mais elle leur apporte indéniablement
la chance de renouveler leur écriture. "
En effet, si chacun d'eux reconnaît avoir éprouvé
des difficultés, tous s'accordent sur l'immense bénéfice
de cette expérience. Pour les dramaturges, les Récréatrales
se sont avérées un précieux laboratoire de
recherche.
Pour les comédiens
La démarche de création s'est révélée
tout aussi innovante. En encourageant la force de proposition des
comédiens, elle leur a ouvert un champ d'investigation peu
exploré pour la plupart. " En général,
les metteurs en scène nous sollicitent peu, confiait Prunus
Gamma, comédienne togolaise. Ils ont une idée arrêtée
de ce qu'ils veulent et sont peu à l'écoute des comédiens.
En nous impliquant directement dans la construction des personnages
et du texte, nous avons porté la création avec les
auteurs. Nous nous sentons responsables du résultat tout
autant qu'eux. "
Peu de comédiens africains ont eu la chance de suivre une
formation d'acteur. S'ils ont bien souvent d'indéniables
talents d'interprétation, leur capacité à "
se prendre en charge artistiquement " est réduite, comme
le faisait remarquer Pascal N'Zonzi. La démarche des Récréatrales
s'attaque directement à cette faiblesse. Les comédiens
se doivent d'imaginer, proposer, critiquer. " Il y eu des phases
de grande tension entre l'auteur et nous, raconte Irène Seye,
comédienne de l'équipe malienne. Suite à différentes
observations, Tiécoro Sangaré a dû remanier
son texte. Nous sommes restés plusieurs jours dans l'attente
de la nouvelle version, angoissés à l'idée
d'avoir à la maîtriser rapidement. Mais cela s'est
avéré plus facile que prévu car nous y avions
largement participé. Il est beaucoup plus aisé d'apprendre
un texte auquel on a contribué."
Il est important de noter que la démarche de création
proposée aux équipes s'articule parfaitement avec
les ateliers de formation. Elle permet aux comédiens d'appliquer
et de réexploiter leur capacité de proposition, travaillée
durant les ateliers.
Le rôle des formateurs
La dimension pédagogique des Récréatrales est
apparue essentielle : elle répond à une profonde demande
des auteurs comme des comédiens, qui ont trop peu souvent
l'occasion de partager l'expérience de grands professionnels.
Loin de tout académisme, elle accompagne le processus de
création et se conçoit davantage comme un échange
entre le formateur et les stagiaires.
Parallèlement au travail exploré en atelier, le rôle
des formateurs a été important dans le processus de
création. En suivant régulièrement les répétitions,
ils ont pu non seulement conseiller les équipes de création,
notamment dans la mise en scène, mais aussi les encadrer,
les aider à trouver chacune leur synergie. Au sein de certaines
équipes, comme celle du Mali et du Togo, les membres n'avaient
en effet jamais travaillé ensemble.
Concernant l'écriture théâtrale, Jacques Jouet,
dramaturge français et membre de l'Oulipo, a suivi l'élaboration
progressive des textes après avoir donné durant les
quinze premiers jours une série d'ateliers. Sans chercher
à imposer une esthétique, il s'est donné pour
rôle principal de questionner les auteurs, de les pousser
à se remettre en question, à aller plus loin. Ce rôle
s'est révélé, aux dires de tous les dramaturges,
extrêmement bénéfique, leur permettant à
tous d'enrichir et d'approfondir leur écriture.
Conclusion
Les Récréatrales se veulent un laboratoire international
de recherche et de création théâtrales. La démarche
spécifique qu'il propose se fonde sur un échange entre
auteur et comédiens mais aussi sur une solidarité
entre tous les participants. Enrichissante tant pour les auteurs,
que pour les comédiens et les formateurs, cette démarche
a connu l'adhésion de tous et produit une forte émulation
entre les équipes. " C'est une méthode difficile
mais qui représente un véritable enjeu pour la création
théâtrale contemporaine en Afrique, analysait Adama
Traoré, venu début juin assister aux répétitions.
La réalité du spectacle sur le continent veut que
l'on passe par cette expérience. En construisant des passerelles
entre auteurs, comédiens et metteurs en scène, elle
redynamise et insuffle du sens à l'ensemble du processus
créatif. C'est une révolution en marche ".
II- PRESENTATION DES EQUIPES ET DES CINQ PIECES CREEES
BURKINA FASO :
Equipe de création : Etienne Minoungou : auteur et comédien,
Ildevert Méda : metteur en scène, Nanténé
Traoré : comédienne
Initiateur des Récréatrales, Etienne Minoungou dirige
la compagnie Falinga depuis 2000. Depuis, sa dernière création
" La République danse " (2000), il travaille en
étroite collaboration avec le metteur en scène Ildevert
Méda qui a lui aussi fondé sa propre compagnie : le
Théâtr'Evasion.
Nanténé Traoré (33 ans), d'origine franco-malienne,
a travaillé avec le metteur en scène français
Pierre-Georges Gabily. Son interprétation dans Bintou de
Koffi Kwahulé ( mis en scène par Pascal N'Zonzi au
Théâtre International de Langue française (TILF),
à Paris, en 2001) a été très remarquée.
Création : " Madame, je vous aime "
De retour de la guerre, un officier de l'armée devient un
étrange bourreau, reclus dans sa salle de travail. Les retrouvailles
d'une amie d'enfance l'amène à remonter le temps...
Il faut rappeler que le projet des Récréatrales a
pris corps autour de la création de " Madame, je vous
aime ". C'était donc le spectacle phare de ces résidences
présenté en clôture du festival au Centre culturel
français Georges Méliès le 29 juin.
Composée de trois tableaux aux atmosphères contrastées,
cette pièce plonge au coeur de deux vies brisées,
traversées par les tragédies de l'Afrique contemporaine.
Mêlant rêves d'enfance et inévitables désillusions,
légèreté et gravité, " Madame,
je vous aime " est une pièce coup de poing, violente,
provocante, poétique. A la force du texte et des personnages
répondent une mise en scène et une scénographie
sobres qui laissent irradier un magnifique duo d'acteurs. L'une
des prouesses de la pièce tient dans le télescopage
des registres, tout autant socio-politiques que poétiques.
Son atmosphère très dense, la violence et la beauté
du texte ne vont pas sans évoquer Koltès.
NIGER
Equipe de création : Idi Nouhou : auteur, Adama Akili : comédienne
: Ado Mohamat Saleh : comédien
Idi Nouhou (38 ans) est dramaturge, conteur et administrateur de
la compagnie " Les Tréteaux du Niger. Il a déjà
écrit plusieurs pièces parmi les lesquelles "
Les Cauris veulent ta mort ! " ( publiée aux éditions
Sépia/ Ed. Du Ténéré,1995), " La
Légende Martin Luther King " et " Mamrouka, la
dernière des justes " (créées par les
Tréteaux du Niger). Il a participé en novembre-décembre
2001 à la résidence d'écriture La Ruche Sony
Labou Tansi, à Bamako, organisée par l'association
Les Ecritures Vagabondes (Monique Blin). Adama Akili et Ado Mohamat
Saleh sont comédiens au sein de la compagnie " Les Tréteaux
du Niger ".
Création : " Badadroum ou les aventures de Sakarai "
S'inspirant d'une superstition en vigueur au Niger selon laquelle
" pour acquérir la richesse, un homme doit coucher avec
une ânesse ou une folle ", Idi Nouhou a imaginé
une fable sur la relativité de la folie. Au fil de la pièce,
les rôles de Sakaraï, l'homme prêt à tout
pour devenir riche, et de la folle s'inversent progressivement.
Au carrefour du conte (cf. prologue dans lequel les comédiens
présentent les personnages à la manière des
griots), de la comedia dell'arte et du théâtre d'auteur,
" Badadroum ou les aventures de Sakarai " mêle avec
bonheur burlesque, critique sociale, chant et danse portés
par la formidable énergie des comédiens. Et joue habilement
sur plusieurs registres : du comique au philosophique.
MALI
Equipe de création : Tiécoro Sangaré : auteur
; Irène Seye : comédienne ; Drissa Koné : comédien
Tiécoro Sangaré (41 ans) est auteur dramatique et
journaliste au quotidien malien Le Soudanais. On lui doit : "
L'Enfant du paradoxe " (1998) ; " Les Héritiers
du diable " (2001) et " Le Dernier Masque " (2002)
suite à sa participation à la résidence d'écriture
La Ruche Sony Labou Tansi en nov-déc. 2001 organisée
par l'association Les Ecritures Vagabondes (Monique Blin). Il est
le directeur artistique de la compagnie Savan'Art créée
en 2001.
Irène Seye (28 ans), franco-sénégalaise, résidait
à Bamako et travaillait au sein de l'association culturelle
Acte Sept lorsque s'est monté le projet des Récréatrales.
Elle a travaillé avec le théâtre du Campagnol
en France. Drissa Koné est membre de la compagnie Acte Sept.
Il a suivi une formation de comédien à l'Ina (Institut
National des Arts) de Bamako.
Création : " Le Mur "
Une jeune femme, franco-malienne, revient dans le désert
où elle a follement aimé un homme. Elle y fait une
autre rencontre : celle d'un Targui en rupture de société
qui finit par lui avouer son homosexualité...
Par le choix de son sujet, la pièce de Tiécoro Sangaré
est sans doute la plus provocante des Récréatrales.
Sujet encore tabou en Afrique, l'homosexualité est très
peu traitée dans le théâtre africain contemporain.
Faisant fi de toutes les conventions, l'auteur a choisi d'aborder
cette question de manière frontale, dans un langage cru et
moderne. L'originalité du sujet mais aussi de sa mise en
espace (non pas sur une scène mais sur l'esplanade en terre
battue de l'espace Gambidi) font du Mur un spectacle novateur, déroutant,
qui pousse le public à réagir et à s'interroger.
TOGO
Equipe de création : Frédéric Gakpara : auteur;
Prunus Gamma : comédienne ; Roger Atikpo : comédien
Auteur, comédien, metteur en scène et entrepreneur
culturel, Frédéric Gakpara a fondé en 2000
la compagnie théâtrale La Cantate de Lomé. Avec
l'aide du Psic (Programme de soutien aux initiatives culturelles
de l'Union européenne), il est sur le point d'ouvrir un espace
culturel à Lomé destiné à présenter
des spectacles et à accueillir des artistes en résidence.
Prunus Gamma (22 ans), quant à elle, est comédienne
autodidacte. Elle est membre de la Compagnie Culturelle La Colombe
(3 C) et a reçu le prix de la meilleure comédienne
au Festhef (festival de théâtre d'Assahoun, au Togo)
en 2001.
Création : " Internautes, gueules pétées
".
Deux internautes pénètrent à l'intérieur
du cyberespace. Dans leur odyssée, ils font étape
sur quatre sites : www.lamort.com, www.l'intolérance.fr ;
www.lesida.org et www.l'armement.net. Chacun de ces arrêts
est le prétexte d'une saynette qui illustre l'apreté,
voire le cynisme des rapports humains : Adam et Eve, rongés
par le virus de la vieillesse, se rappellent leur jeunesse ; une
jeune fille dévorée par la passion du théâtre
est chassée par son père ; un ministre de la santé
infecté par le virus du sida violente une infirmière
; le général d'une armée africaine joue à
la guerre
Autant de situations que les internautes incarnent
tour à tour afin, disent-ils, de les exorciser.
Frédéric Gakpara souhaitait écrire une pièce
en détournant le vocabulaire informatique. Pari réussi.
" Internautes, gueules pétées " subvertit
avec beaucoup d'humour toute une terminologie technologique. Par
delà cette prouesse d'écriture pleine de trouvailles,
elle véhicule une virulente critique sociale. L'une des scènes
les plus percutantes est sans doute celle de la jeune comédienne
rejetée par son père, qui dit toute la difficulté
d'être artiste dans les sociétés africaines.
L'évocation de cette question produit sur scène une
saisissante mise en abyme.
COTE D'IVOIRE
Equipe de création : Modibo Coulibaly : auteur ; Josiane
Yapo : comédienne ; Ablas Ouedraogo : comédien.
Modibo Coulibaly est auteur dramatique et bibliothécaire.
Après une formation d'animateur culturel à l'Insaac
(Institut national supérieur d'art et de l'action culturelle)
d'Abidjan, il se lance dans l'écriture et la mise en scène
théâtrales. On lui doit une dizaine de pièces,
parmi lesquelles " Le Phénix " ; " Le Règne
des Fous " qui obtient le Premier prix national du festival
des arts et de la culture de Côte d'Ivoire; " L'Odyssée
finale ". En 2000, il co-fonde avec Ablas Ouédraogo
le Sokan Théâtre à Abidjan.
Comédienne à la renommé grandissante, Josiane
Yapo (28 ans) a fait ses débuts au théâtre en
1987 dans la Compagnie Fétiche Eburnéen d'Abidjan.
Elle y suit jusqu'en 1990 une formation de comédienne sous
la direction de Touré Allassane. On la voit aujourd'hui aussi
bien au théâtre (Noces d'Enfer, avec le Sokan Théâtre
en 2002) qu'à la télévision et au cinéma
(" Dents Blanches " de Henri Duparc). Elle a été
invitée à présenter son One Woman Show au festival
Les Allumés du théâtre à Lyon en mai
2002.
Ablas Ouedraogo (29 ans) a suivi une formation d'acteur à
l'Insaac d'Abidjan. Il a obtenu à deux reprises le Prix du
meilleur acteur de Côte d'Ivoire (pour " Le Phenix "
et " La Bataille du Kwazulu "). Il est actuellement directeur
artistique du Sizang Théâtre et co-directeur du Sokan
Théâtre.
Création : " Le Réveil des zombies "
Dans un espace qui pourrait bien être celui du purgatoire,
deux personnages, Migame, originaire d'Afrique, et Saraï, d'Occident,
se disent leurs quatre vérités. Au fil de leur dialogue,
la colonisation d'hier et d'aujourd'hui, les préjugés
raciaux, les non-dits et les hypocrisies de part et d'autre sont
énoncés, discutés, clarifiés. Au terme
de leur échange, les deux zombies décident de retourner
sur terre, uvrer à une nouvelle Histoire des peuples.
Avec cette pièce, Modibo Coulibaly souhaitait questionner
la place de l'Afrique dans le siècle qui s'ouvre, celui de
la mondialisation. " Le Réveil des zombies " mêle
de manière intéressante réflexions politique
et métaphysique. A noter, la très belle scénographie
de Christian Tirole - un immense cercle tracé au kaolin sur
lequel de grandes calebasses sont posées aux quatre points
cardinaux et au centre duquel est plantée une lance.
CONCLUSION :
C'était un véritable défi lancé par
Etienne Minoungou : réunir de jeunes auteurs et comédiens
africains et parvenir à écrire et à monter
cinq pièces (d'une heure chacune environ) en deux mois. Les
participants des Récréatrales ont relevé ce
pari difficile. " Toutes les créations témoignent
d'un réel professionnalisme et leur diversité offre
un panorama intéressant du théâtre contemporain
en Afrique, estimait Monique Blin, à l'issue du mini-festival
organisé à l'Espace culturel Gambidi, à l'Atelier
Théâtre Burkinabè et au Centre culturel Français
Georges Méliès. Les résidences organisées
par les Ecritures Vagabondes et par les Récréatrales
sont complémentaires, poursuivait-elle. Notre volonté
commune est de soutenir l'émergence d'une nouvelle génération
d'auteurs, de metteurs en scène et de comédiens en
Afrique. "
Pour l'initiateur des Récréatrales, l'enjeu de la
réalisation et son aboutissement sont essentiels. Au terme
des deux mois de résidence, chaque équipe retourne
dans son pays avec une pièce ( et son décor) prête
à être présentée ou à partir en
tournée. Les textes écrits dans le cadre de cette
première édition seront prochainement publiés,
notamment par l'éditeur belge Emile Lansmann. Les meilleurs
spectacles doivent être invités à se produire
au Théâtre international de langue française
(Tilf) à Paris et à l'Espace Delvaux à Bruxelles,
tous deux partenaires artistiques des Récréatrales.
III - PERSPECTIVES POUR LES PROCHAINES EDITIONS
DES RECREATRALES
Le 26 juin s'est tenu au centre culturel Gambidi
un colloque qui avait pour but de réfléchir sur les
enjeux et les perspectives des prochaines éditions des Récréatrales.
Etaient présents les équipes participant à
cette première édition, les formateurs Jacques Jouet
et Stéphane Rougemont, l'équipe chargée de
l'organisation ( le coordonnateur Etienne Minoungou, l'administrateur
Erick Nazaire Zongo et ses deux adjoints : Baco et Hamidou), la
chargée de communication Ayoko Mensah, Mme Monique Blin,
directrice de l'association Les Ecritures Vagabondes, et M. Nzié
Coulibaly, directeur technique du MASA, en tant que partenaires
des Récréatrales, Théogène Karabayinga,
journaliste à Radio France Internationale et une représentante
de l'association Odas Africa.
Au terme de ce colloque ont été définis
quatre grands axes qui doivent conduire la préparation de
la prochaine édition des Récréatrales en 2003.
1°) Mise en place de trois comités qui
représentent les trois instances décisionnelles des
Récréatrales :
. Un comité de pilotage
Chargé de préparer et d'organiser les prochaines éditions
des Récréatrales.
. Un comité artistique international
Composé d'un représentant des principaux partenaires
artistiques et financiers des Récréatrales ainsi que
de plusieurs parrains ( sont pressentis, entre autres, Kangni Alemdjodro,
Koffi Kwahulé, Koulsy Lamko, Kossi Efoui). Le rôle
de ce comité artistique international sera de continuer à
réfléchir aux enjeux, au développement et aux
ambitions des Récréatrales.
. Un comité pédagogique
Composé de la direction et des formateurs, il discute et
définit les contenus pédagogiques de chaque édition
des Récréatrales. Il examine les candidatures et sélectionne
les participants.
2°) Elargir l'appel à candidature
La sélection des participants à cette première
édition a été menée par Etienne Minoungou
et Adama Traoré. Dans la perspective de la prochaine édition,
les Récréatrales souhaitent élargir l'appel
à candidature à l'ensemble de l'espace francophone
africain. Celui-ci pourrait être relayé via certains
médias internationaux et des avis envoyés aux centres
culturels français ou locaux.
3°) Renforcement de l'équipe technique
Le volet technique s'est révélé essentiel.
Compte tenu de son budget, cette première édition
a fait appel à des techniciens extérieurs (deux ingénieurs
lumière, deux ingénieurs son, deux décorateurs
et une costumière), chargés de travailler ponctuellement
sur les cinq créations. Or, il apparaît qu'une équipe
technique entièrement dévolue au projet est nécessaire
pour parvenir, dans les délais impartis, à monter
et à présenter cinq créations au public.
Bien conscientes du manque de techniciens performants dans les arts
du spectacle en Afrique (manque qui pèse aussi lourdement
sur la qualité des spectacles africains), les Récréatrales
souhaitent, pour l'édition 2003, prendre en compte une formation
technique.
Sur le même principe que celui des artistes, il serait proposé
à chaque équipe de venir avec un technicien lumière
et un scénographe qui, parallèlement à leur
travail de création, seraient encadrés par un professionnel
reconnu. Ce principe pourrait aussi s'adresser à des administrateurs,
dont le manque est tout aussi néfaste pour le professionnalisme
et le dynamisme de la création théâtrale africaine.
4°) Mise en place de la Caravane des Récréatrales
La qualité et le succès des cinq spectacles de cette
première édition ont fait naître le projet de
mettre en place une tournée sous-régionale des spectacles
créés lors de la prochaine édition en 2003.
Ainsi la Caravane des Récréatrales se rendrait dans
plusieurs pays de la sous-région (notamment ceux dont sont
originaires les participants) et présenterait à chaque
étape ses spectacles sous la bannière d'un Festival
Récréatrales. Unique en son genre, cette caravane
permettrait non seulement de présenter dans toute sa diversité
la jeune création théâtrale africaine mais elle
contribuerait fortement à la reconnaissance d'une nouvelle
génération d'artistes sur le continent.
CONCLUSION GENERALE : Pérenniser une pépinière
de talents
Laboratoire de recherche, de création et de formation, les
Récréatrales s'affirment dès à présent
comme un carrefour artistique inédit en Afrique. Un espace
exceptionnel qui offre non seulement aux jeunes artistes les moyens
et les conditions d'aller jusqu'au bout d'une démarche de
création mais qui participe aussi activement à leur
formation. Jusqu'à présent, l'Afrique francophone
ne possède pas une telle structure privée internationale.
L'ambition des Récréatrales est de devenir un rendez-vous
annuel incontournable, véritable pépinière
internationale de talents. Si les moyens lui en sont donnés,
elles s'affirmeront comme une villa Médicis à l'africaine,
capable de faire émerger une nouvelle génération
d'auteurs, de metteurs en scène, de comédiens et de
techniciens sur le continent africain. Fondé sur cinq idées
force : l'innovation, l'exigence, l'échange, la formation
et l'ouverture, le concept des Récréatrales a révélé
un immense potentiel qui, nous espérons, avec le soutien
et la confiance renouvelés de nos partenaires, pourra bientôt
être reconnu à sa juste valeur.
Ayoko Mensah, Chargée de communication
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