Les Récréatrales 2002 - 1ère édition
Ouagadougou
1er mai et 30 juin 02

Pourquoi les Récréatrales ?

Les Récréatrales, une nouvelle démarche de création

La création

Les participants

calendrier

contacts

partenaires

Lire l'entretien avec Dani Kouyaté

 

La Compagnie Falinga
et la Compagnie Théâtr'Evasion (Burkina Faso)
en partenariat avec le Collectif Jawabi (Niger)
Présentent

Les Récréatrales
2002 - 1ère édition
OUAGADOUGOU
1er mai - 30 juin

Résidences d'écriture et de création théâtrales
Spectacles
Tournée internationale

(Burkina Faso - Niger - Mali - Côte d'Ivoire- Togo)


Autour de la création "Madame Je vous aime"
d'Etienne Minoungou,
mise en scène par Ildevert Méda

 

 
   


Pourquoi les Récréatrales ?


L'Afrique en général, et l'Afrique francophone subsaharienne en particulier, foisonne aujourd'hui de manifestations culturelles et artistiques embrassant tous les domaines : cinéma, théâtre, danse, musique, photographie, etc.

Ces dernières décennies, dans le domaine des arts de la scène, les festivals se sont multipliés : FITMO, FITD, Racines, Réalités, MASA, RETIC… constituent aujourd'hui des rendez-vous incontournables.

Ces festivals et rencontres professionnels témoignent de l'enthousiasme toujours grandissant des artistes, des créateurs et des promoteurs culturels africains. Ils révèlent en même temps leur talent et la volonté urgente d'une Afrique qui questionne, s'exprime et tente de participer coûte que coûte à l'expression plurielle contemporaine.

Cette dynamique est fort heureusement soutenue par plusieurs partenaires sans lesquels l'ambition des artistes africains peinerait à se concrétiser, tant les politiques intérieures des Etats, malgré certaines options volontaristes, se heurtent à des priorités de santé, d'éducation, de restructuration économique.

Cependant, en amont de ces festivals (tournées, rencontres multiformes) des problèmes persistent :

Qui aujourd'hui en Afrique peut s'affirmer comme dramaturge, trouver des occasions de travailler son écriture et voir son œuvre portée à la scène ?

Quels comédiens africains, pourtant de plus en plus nombreux sur les planches, ont bénéficié d'une formation de qualité ?

Quelle compagnie bénéficie de subventions à la création, lui permettant d' amener un texte à la scène sans précipitation, en se donnant le temps de mener les recherches qui s'offrent à elle ?

Ces situations sont rarissimes en Afrique francophone et les spectacles qui y sont produits présentent souvent les signes de ces insuffisances :

Ecrire et rechercher une édition ou une mise en scène de son texte reste un parcours de combattant.

Jouer et se donner le temps et les moyens de construire un personnage qui s'imposera n'est pas fréquent pour des jeunes formés sur le tas.

Créer un spectacle et espérer le voir aller à un festival ou tourner en Afrique et ailleurs est aujourd'hui un défi presque insurmontable que réussissent de façon acrobatique certaines compagnies.

Si donc, en aval, un foisonnement artistique est perceptible, les créations dénotent des faiblesses dues au manque de moyens dont les projets pâtissent en amont, tant en terme de formation des comédiens, de perfectionnement du travail dramaturgique que de promotion de l'écriture dramatique.

Ces constats nous ont conduits à imaginer et créer LES RÉCRÉATRALES: Résidences panafricaines d'écriture et de création théâtrales.

Les expériences que nous avons pu mener ces dernières années au sein de la compagnie Falinga, notamment avec le metteur en scène burkinabé Ildevert Méda, nous ont amenés à concevoir une nouvelle démarche de création dans laquelle nous donnons une prééminence chronologique du travail de la scène sur le texte.

Cette première édition des RÉCRÉATRALES rassemble durant deux mois dix-huit auteurs, metteurs-en-scène et comédiens de cinq pays africains. Elle entend leur offrir non seulement le temps et les moyens d'aller jusqu'au bout d'une démarche de création. Mais aussi leur faire partager le travail expérimental mené au sein de la compagnie Falinga.

Il s'agit de voir aujourd'hui dans quelle mesure nous pouvons faire notre théâtre, en partant d'un travail sur la parole, élément fondateur de nos cultures. Et, à partir de ce travail, arriver à l'acte théâtral et à celui d'écriture.

LES RÉCRÉATRALES seront donc l'occasion :
o pour la la Compagnie Falinga et le Théâtr'Evasion de monter un
nouveau spectacle, intitulé " Madame, je vous aime ",
o de partager l' expérience de la scène comme lieu de production du texte dramatique avec des dramaturges, metteurs en scène et comédiens d'autres pays,
o d'affiner cette approche en proposant aux participants des ateliers sur l'écriture dramatique et le jeu d'acteur, menés par des professionnels renommés.

Etienne Minoungou,
Directeur de la Compagnie Falinga et coordonateur des Récréatrales

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Les Récréatrales, une nouvelle démarche de création


Donner à la parole la prééminence sur le texte


En 2000, deux compagnies théâtrales burkinabè élaborent ensemble un spectacle novateur intitulé "La République danse". L'auteur, Etienne Minoungou (Compagnie Falinga) et le metteur en scène Ildevert Méda (Théâtr'Evasion) partent d'un canevas et poussent progressivement les comédiens à accoucher d'un texte qui corresponde au mieux à leur personnage.

Cette expérience s'avère très enrichissante et stimulante : la prééminence chronologique du travail de la scène sur le texte, mettant à nu le comédien, dans la précarité et la plus grande insécurité, implique une autre façon de créer. L'improvisation, guidée par l'auteur et le directeur d'acteur, devient le lieu d'une explosion créatrice où se mêlent les intuitions des comédiens, du dramaturge, du metteur en scène. L'histoire et les personnages se construisent dans cette inspiration conjointe.

Les deux compagnies burkinabè ont trouvé là un champ novateur à explorer et à partager avec d'autres. En effet, cette démarche particulière semble s'inscrire profondément dans ce qui fait la spécificité du continent africain : la pregnance de la tradition orale. Dans des pays où la parole n'est pas seulement verbe, mais action à part entière, c'est peut-être par le travail sur la parole que l'on peut aboutir à l'acte d'écriture et à l'acte théâtral.

Il ne s'agit pas d'une simple technique de création collective, souvent mise en œuvre dans l'élaboration des spectacles de sensibilisation, mais de la rencontre entre un véritable travail d'auteur, de directeur d'acteur et de comédien; chacun brisant la solitude dans laquelle il travaille habituellement pour qu'émergent des mots plus justes, un jeu plus vrai, une situation plus saisissante.


Accompagner le processus de création

Sont réunies pour cette première édition des RÉCRÉATRALES six équipes de créations (un auteur-metteur en scène, un comédien et une comédienne) venues de cinq pays d'Afrique de l'Ouest : Burkina Faso, Niger, Côte d'Ivoire, Togo, Mali.

Chaque équipe se rend aux RÉCRÉATRALES en ayant déjà élaboré un canevas d'histoire (seule contrainte : il ne peut y avoir que deux comédiens sur scène, un homme et une femme) et une intention de mise en scène.

Tout au long de la résidence, se dérouleront, parallèlement au processus de création de six spectacles et textes originaux, des ateliers consacrés à l'écriture théâtrale et au jeu d'acteur, animés par des professionnels renommés.

Du 1er au 15 mai
Dani Kouyaté animera l'atelier "L'Art du récit" destinés aux auteurs-metteur en scène. Ce travail sur la tradition orale, le conte, et le récit se propose de réexplorer l'étendue et les potentialités artistiques de la parole. Réalisateur, metteur en scène et comédien burkinabé, issu d'une grande famille de griot, Dani Kouyaté a longtemps travaillé avec son père, le comédien fétiche de Peter Brook, Sotigui Kouyaté.

Parrallèlement, se déroulera sous la houlette de Jacques Jouet, écrivain français, membre de l'Oulipo (l'Ouvroir de littérature potentiel, créé par Raymond Queneau) la première phase de l'atelier "Écriture théâtrale" : exercices sur le style, la musicalité, le rythme, les jeux de mots, avant que six auteurs-metteurs en scène ne se lancent dans leur création.

Du 10 mai au 30 mai
Pascal N'Zonzi, célèbre comédien congolais, animera l'atelier "Construction du personnage, situation de jeu, travail de l'acteur" destinés aux douze comédiens.

Du 1er au 15 juin
Le comédien français Stéphane Rougemont viendra animer à l'attention des auteurs-metteurs en scène un stage sur la "Direction d'acteur".

Enfin, du 30 mai au 20 juin
Aura lieu la deuxième phase de l'atelier "Ecriture théâtrale" par Jacques Jouet qui portera sur d'éventuels ajustements d'intrigue, de suspense et de répliques des six créations .

 

Les RÉCRÉATRALES, ce sont donc :

6 expérimentations parallèles d'un travail commun entre auteur,
metteur en scène et comédiens.

6 spectacles totalement différents qui s'élaboreront parallèlement aux ateliers de formation,

6 textes qui se constitueront progressivement,

Au terme de cette première édition :

6 textes dramaturgiques seront réunis en un document disponible pour d'éventuelles démarches d'édition,

12 comédiens auront reçu une formation au jeu d'acteur,

6 auteurs se seront perfectionnés en écriture dramatique,

6 metteurs en scène auront mené une nouvelle expérience de direction d'acteur,


Au total, une trentaine de personnes, impliquées dans cette expérience (comédiens, auteurs, metteurs en scène, techniciens, scénographes, costumiers) auront bénéficié de cette opportunité exceptionnelle : prendre et se donner le temps d'aller jusqu'au bout d'une démarche de création.

 

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La création


"Madame, je vous aime",
nouvelle création de la compagnie Falinga

Durant les RÉCRÉATRALES, la Compagnie Falinga travaillera à la création de "Madame je vous aime" d'Étienne Minoungou, mise en scène par Ildevert Méda du Théâtr'Évasion (Ouagadougou).

Le canevas de "Madame, je vous aime"
Un officier de l'armée revient de la guerre : l'homme n'est plus ce qu'il était. Trop de choses se sont passées. Il est déshabillé et utilisé comme bourreau pour des exécutions spéciales. Un jour, alors qu' il attend une victime, entre une femme, très belle, une métisse. Cette femme porte la haine dans son ventre ; elle porte les salissures de la honte sur son corps. Elle est née d'un viol, quelque part en temps de guerre.
Deux violences alors s'affrontent, deux haines, mais aussi deux fatigues, deux souvenirs… d'enfance.

L'intention de mise en scène
Considérer l'espace théâtral dans sa plus simple expression (mise en jeu des conflits et des relations de pouvoir). Faire côtoyer le burlesque et la violence dans une insidieuse fin d'être au théâtre, seulement au théâtre, sans se reprocher de faire des clins d'œil à la réalité.Cette pièce, dans sa violence, s'impose comme un écho des multiples images des guerres qui déchirent le continent africain : Rwanda, Liberia, Sierra Leone, Angola…
Cependant, elle se veut aussi une belle histoire d'amour, de sensualité, de rencontre car les mêmes corps qui portent en eux la haine et la violence ont encore la mémoire de la tendresse, du plaisir… de l'enfance. Et surtout qu'on ne se mette pas ici à discourir sur le bien et le mal, ou sur le devenir du monde. Intéressons-nous simplement à deux existences solitaires que la cruauté de la vie s'amuse à mettre ensemble. Et cherchons avec eux désespérément peut-être, des moments d'humanité, de jouissance même.
Et surtout, tenez vous bien, que l'on rie ! Morbleu !Pourquoi pas ?
E.M.

L'auteur
Etienne MinoungouMetteur en scène, dramaturge et professeur d'art dramatique, Etienne Minoungou (34 ans) fonde en 2000 à Ouagadougou la compagnie Falinga après avoir dirigé le Théâtre de la Fraternité. Disciple de Jean-Pierre Guingané avec qui il partage la passion du théâtre depuis une dizaine d'années, il fut l'assistant à la mise en scène de Matthias Langhoff pour Prométhée Enchaîné (2000). Initiateur des Récréatrales, il est également le Président du Centre burkinabè de l'Institut International du Théâtre.
Il incarne la génération montante des hommes de théâtres burkinabè.

 

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Les participants


Les formateurs

Ecriture théâtrale : Jacques JOUET (France)
Jeu de l'acteur : Pascal N'ZONZI (Congo)
Direction de l'acteur : Stéphane ROUGEMONT (France)
Conseil à la mise en scène : Dani KOUYATE (Burkina Faso)
Adama TRAORE (Mali)

Jacques JOUET Pascal N'ZONZI Dani KOUYATE


Les équipes de création

- "Madame, je vous aime" :
Etienne MINOUNGOU (auteur / comédien)
Ildevert MEDA (metteur en scène)
Nantené TRAORÉ (comédienne)

- TOGO :
Frédéric GAKPAUA (auteur / metteur en scène)
Roger ATIKPO (comédien)
Akossiwa DANTSEY (comédienne)

- NIGER :
Idi NOUHOU (auteur / metteur en scène)
Saleh Ado MOHAMAT (comédien)
Adama AKILI (comédienne)

- BURKINA FASO :
Moussa SANOU (auteur / metteur en scène)
Issa SANOU (comédien)
Bintou SOMBIÉ (comédienne)

- MALI :
Tiekoro SANGARE (auteur / metteur en scène)
Irène SEYE (comédienne)
Drissa KONÉ ( comédien)

- COTE D'IVOIRE :
Modibo COULIBALY (auteur / metteur en scène)
Ablassé OUEDRAOGO (comédien)
Yapo JOSÉ (comédienne)

- L'équipe technique :

LUMIERE : Thierry BAMBARA
DÉCORS : Fousseini COMPAORÉ
COSTUMES : Justine SAWADOGO

 

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Calendrier


Ateliers de formation

Du 1er au 15 mai
"L'Art du récit" par Dani Kouyaté

Du 10 mai au 30 mai
"Construction du personnage, situation de jeu, travail de l'acteur"
par Pascal N'Zonzi

Du 1er au 15 juin :
"Direction de l'acteur" par Stéphane Rougemont

Du 1er mai au 15 mai puis du 30 mai au 20 juin
"Ecriture théâtrale" par Jacques Jouet


Présentation des six spectacles à Ouagadougou
Du 26 au 30 juin : au Centre culturel français, à l'espace culturel Gambidi et à l'Atelier Théâtre du Burkina.

Tournée régionale du dyptique
" Madame, je vous aime " + spectacle de l'équipe nationale

1er et 2 juillet :
BURKINA FASO : CCF de Bobo Dioulasso

Du 3 au 5 juillet
TOGO : Lomé

Du 6 au 8 juillet
NIGER : CCF de Niamey

Du 9 au 11 juillet
COTE D'IVOIRE : Abidjan

Du 12 au 15 juillet
MALI : Bamako

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Contacts

En France
Coordonnateur :
Etienne MINOUNGOU
Directeur de la Compagnie Falinga
01.58.88.01.52
eminoungou@aol.com
26, rue Danton
92130 Issy-les-Moulineaux

Communication :
Ayoko Mensah
06.63.21.08.60
ayokovi@hotmail.com
59, rue des Bruyères
92310 Sèvres


Au Burkina Faso
Administrateur :
Erick Nazaire ZONGO
Théâtr'Evasion
Tél : 00-226- 20 66 21 / 61 48 49
Fax : 00-226-30 84 41
theatr_evasion@hotmail.com
falinga@hotmail.com
01 BP 6739 -Ouagadougou 01

Au Niger
Administrateur associé :
Hachimou OUMAROU
Collectif Jawabi
00-227-75.44.02
jawabi@caramail.com

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Partenaires

- AFRICALIA (Association Africalia Belgique)

- l'Agence Intergouvernementale de la Francophonie

- la CITF (Commission Internationale du Théâtre Francophone)
Conseil des Arts du Canada, Commissariat général aux relations internationales - communauté Wallonie Bruxelles, Conseil des Arts et des Lettres du Québec.

- l'AFAA (Association Française d'Action Artistique, programme Afrique en Créations)

- le PSIC (Programme de soutien aux initiatives culturelles)

- La Mission de coopération française, Ouagadougou

- le Ministère de la Culture du Burkina Faso

- le Bureau Wallonie Bruxelles, Ouagadougou

- La SGB (Société Générale de Banques), Burkina Faso

- Les Centres Nationaux de l'Institut International du Théâtre
( Burkina Faso, Niger, Mali, Togo)



partenaires artistiques

- Le TILF (Théâtre international de langue française), Paris
- L'Espace Delvaux, Bruxelles
- Les Éditions Lansmann, Belgique
- L'Association "Écritures vagabondes", (Monique Blin), France
- Le Festival des Francophonies (Patrick Le Mauff), France
- Le FITMO
- Le FITD (Festival International de Théâtre pour le Développement), Burkina Faso
- Le Festival du Théâtre des Réalités, Mali
- Les RETIC , Cameroun
- Le MASA (Marché des Arts du Spectacle), Côte d'Ivoire
- Le FITHEB, Bénin
- Le FESTHEF, Togo
- Les CCF (Centres Culturels Français) de Ouagadougou, Bobo Dioulasso, Niamey, Abidjan, Cotonou et Lomé.
- Olivia GILI

 

partenaires médias

- La Télévision Nationale du Burkina Faso
- AFRICULTURES
- Radio PULSAR
- Radio Gambidi

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INTERVIEW DE DANI KOUYATE (FORMATEUR)


Pourquoi avoir accepté d'être formateur dans le cadre des Récréatrales ?
C'est d'abord un vrai plaisir de travailler au Burkina Faso, chez moi, même si cela est relativement rare. Je donne l'essentiel de mes stages en Europe. C'est toujours passionnant pour moi de partager mon expérience avec des acteurs africains en Afrique. En outre, j'ai été contacté par Etienne Minoungou, qui est un " frère " artiste que j'avais employé comme acteur dans un épisode de la série " A nous la Vie " : le plaisir est d'autant plus grand que l'initiative vient de l'intérieur.

Quels sont les axes de votre travail ?
Je fais essentiellement des exercices sur la disponibilité, la présence, la spontanéité, la prise d'initiative, l'engagement, la lutte contre la peur et le sentiment de culpabilité. Car c'est cela qui tue l'artiste. On se sent toujours coupable, on a peur de mal faire et ça bloque notre engagement, ça casse notre liberté. Or, il faut au contraire rechercher sa propre liberté, accepter ses défauts et prendre conscience de ses qualités. Nous avons chacun nos qualités et nos défauts. Ces derniers ne doivent pas être une prison. Si on les reconnaît, si on les repère, on peut jouer avec et en faire des espèces de qualités artistiques. C'est là dessus que je travaille : il n'y a pas d'erreur, l'erreur est humaine et l'art humain. Tout se transforme. Donc il n'y a pas d'erreur si cela est pris en charge et assumé. C'est très difficile de faire ce travail car l'on est toujours dans la culpabilité envers soi-même ou envers les autres et ce n'est pas évident de sortir de cela.

Vos ateliers débutent par une demi-heure de danse accompagnée par des percussionnistes. Est-ce important pour vous cette base culturelle africaine ?
Que ce soit en Europe ou en Afrique, je travaille de la même manière. En matière de disponibilité, de corps, d'esprit, de parole, de voix, il n'y a pas de frontière culturelle en tant que telle. Il se trouve qu'en Afrique, de façon naturelle et vivante, nous avons tout cela. Il faut en prendre conscience car c'est pour nous tellement quotidien qu'on ne se rend pas compte qu'on peut utiliser cette matière dans le travail. Autour de nous, nous avons tous les éléments pour nous maintenir, nous exercer, nous réveiller et nous éveiller à l'art. Ces éléments sont universels pour ce qui est de leurs effets sur un acteur.
Lorsque je travaille là dessus en Europe, c'est une chance incroyable pour les comédiens car c'est très loin d'eux. Mais ici, c'est plutôt une prise de conscience de ce qui nous entoure, qui paraît simple et qui pourtant est notre outil de travail. C'est un héritage culturel dont il faut être conscient. L'art est vivant, le théâtre est vivant et le terrain africain est plus que jamais vivant. Tout est vie ici. C'est tellement triste de voir un spectacle africain mort alors même que la quotidienneté est vie : un acteur qui monte sur scène et devient mort tout simplement parce qu'il s'enferme dans des valeurs et des schémas qui ne sont pas les nôtres et qui parfois sont décalés. Il y a tellement de spectacles ici qui n'utilisent ni le rythme, ni le chant, ni la musique, qui sont des espèces de reproduction des spectacles à l'italienne, des mauvaises copies. Pourtant, on a tout sur le terrain pour faire des choses vivantes. Il faut en être conscient.

On parle d'une crise du théâtre africain contemporain. Est-ce votre opinion ?
Je ne suis pas expert en théâtre car je suis plus impliqué dans le cinéma que dans le théâtre en Afrique. Mais il me semble que dans un domaine comme dans l'autre, on a de plus en plus conscience de nos propres valeurs en matière de création. Tant que l'on fera de mauvaises copies du théâtre occidental, on sera toujours à côté de la plaque. Récemment, j'ai été très admiratif de l'Imako Teatri de Côte d'Ivoire dont le travail plonge ses racines dans la terre africaine. Bien avant, Souleymane Koly avait déjà ouvert cette voie avec son théâtre populaire Kotéba. Ici, au Burkina, j'attends encore un peu ça.

La question de la formation de l'acteur pose-t-elle problème au cinéma comme au théâtre?
C'est un problème crucial dans les deux domaines. Au théâtre comme au cinéma, on a besoin de l'acteur, de sa compétence, de sa disponibilité : c'est lui, la matière première. Or, c'est Au cinéma, nous travaillons beaucoup avec les comédiens de théâtre. Les acteurs dont nous disposons viennent à 90% du théâtre. Malheureusement, il y a très peu de réalisateurs qui, comme moi, font aussi du théâtre. Pourtant, le théâtre est une excellente école pour l'acteur comme pour le metteur en scène. Discuter, réfléchir avec un comédien, diriger un acteur, ça s'apprend. Le théâtre, nécessitant un dispositif économique moindre que celui du cinéma, permet de malaxer davantage la matière, que ce soit le texte ou le jeu du comédien. Le théâtre permet de se former sans poser trop de problèmes d'argent. Au cinéma, la question de la formation de l'acteur est un cercle vicieux : pour faire des films il faut avoir des acteurs et pour avoir des acteurs, il faut faire des films. Mais je crois que plus sérieusement, la question de l'acteur a longtemps été négligée au cinéma. Beaucoup de réalisateurs ont du mal à comprendre aujourd'hui encore que le cinéma commence par l'acteur. Ils n'est pas rare de voir des réalisateurs choisir leurs comédiens quasiment la veille du tournage. Au plan financier, lorsqu'il faut réduire un budget, un réalisateur n'hésite pas renoncer à un acteur qui lui demande trop cher. Il privilégie la gestion de son argent par rapport à la qualité artistique de son film. Au nord, le casting est l'un des éléments primordiaux du cinéma. En Afrique, c'est la dernière chose. Il faut rectifier cela.

Etes-vous prêt à vous investir dans un projet pérenne de formation de l'acteur en Afrique ?
Il y a quelques mois, j'ai créé avec des amis et collaborateurs italiens du Théâtre du Soleil de Milan un centre de formation de l'acteur à Bobo Dioulasso. Avec mes frères, nous avons aussi ouvert dans cette même ville, dans une cour qui appartenait à notre grand-père, un centre socio-culturel. Là, nous accueillons des spectacles en résidence, essayons de former des jeunes. Même si mes activités me laissent peu de temps, je crois que c'est important de mettre en place des structures, des outils de formation. Le problème, c'est que je n'ai eu aucune subvention de l'Etat pour monter ces centres.

Quel bilan tirez-vous de ces dix jours d'atelier ?
C'est difficile de tirer un bilan en matière artistique. Mais ce qui est sûr, c'est que cette expérience est très intéressante. L'échange a été réciproque. Pour les jeunes comédiens et auteurs ici présents, ils ont une opportunité unique de travailler. Même s'ils n'ont pas beaucoup d'expérience, ils sont très disponibles et peuvent tous donner des choses intéressantes s'ils sont bien encadrés et dirigés. A leur tour ils m'ont apporté leurs expériences, leurs défauts et leurs qualités qui sont pour moi autant de sujets de réflexion.
Les Récréatrales inaugurent une formule tout à fait originale, unique en Afrique. Par delà le résultat final, je que souhaite évidemment concluant, c'est vraiment une initiative à renouveler.

Propos recueillis par Ayoko Mensah

 

LES RECREATRALES, UNE VILLA MEDICIS A L'AFRICAINE

C'est une première en Afrique : durant deux mois, du 1er mai au 30 juin 2002, des auteurs et des comédiens de cinq pays (Burkina Faso, Mali, Niger, Côte d'Ivoire et Togo) sont réunis à Ouagadougou. Afin d'écrire et monter cinq créations. Un défi réellement ambitieux lorsqu'on connaît la situation du théâtre sur le continent.

L'homme qui initie ces premières résidences panafricaines d'écriture et de création théâtrales est peu banal. Yeux d'enfant et sourire qui dévore le monde. Comédien, auteur, conteur, directeur de la compagnie Falinga et de l'Institut International du Théâtre au Burkina, Etienne Minoungou, 33 ans, appartient à la famille des poètes, des hommes orchestres, des touche-à-tout débordant de talent. Bref, il brûle de la flamme sacrée du théâtre.
En 2000, avec son complice le metteur en scène Ildevert Méda du Théâtr'Evasion, Minoungou explore une nouvelle façon de créer : il n'écrit pas sa pièce préalablement à la mise en scène mais propose un canevas aux comédiens et accouche progressivement d'un texte né de son dialogue avec le metteur en scène et les acteurs. Il monte ainsi sa seconde création " La République danse " : une satire des dessous du pouvoir en Afrique, qui remporte un vif succès avant de tourner dans plusieurs pays européens.
Cette expérience stimulante de la scène comme lieu de production du texte, l'ancien professeur d'art dramatique souhaite rapidement la partager avec d'autres dramaturges, metteurs en scène et comédiens africains. " Il s'agit de voir aujourd'hui dans quelle mesure nous pouvons faire notre théâtre, en partant d'un travail sur la parole, élément fondateur de nos cultures. Et, à partir de ce travail, arriver à l'acte théâtral puis à celui d'écriture ", résume t-il. Le projet des Récréatrales prend forme. Il faudra à Minoungou deux ans de contacts et de persévérance pour voir son idée aboutir.

En ce début de mois de mai 2002, Ouagadougou attend impatiemment les premières pluies de la saison. A l'espace culturel Gambidi (siège du Théâtre de la Fraternité de Jean-Pierre Guingané), QG des Récréatrales, les premiers ateliers débutent à 7h30, avant qu'une chaleur accablante ne s'abatte sur la ville. Dans la grande salle du rez-de-chaussée, Dani Kouyaté, réalisateur, metteur en scène et comédien burkinabé renommé, commence sa séance avec les comédiens par une danse en cercle au rythme de deux tambours. Sous les ventilateurs qui tournoient, les corps se délient, les pieds frappent le sol, les voix s'élèvent en un chant puissant. Saisissante énergie collective.
De l'autre côté de la cour, Jacques Jouet, écrivain et dramaturge français, membre de l'Oulipo (Ouvroir de littérature potentiel, créé par Raymond Queneau) commence à travailler avec les cinq auteurs. Il leur propose des exercices à partir de consignes, de contraintes sur l'écriture théâtrale, le rythme, les dialogues, la poésie, le récit, " pour brasser toute la matière de la langue, des imaginaires mais aussi pour mettre les auteurs dans des situations auxquelles ils ne sont pas habitués, pour les assouplir ".

Les Récréatrales se révèlent rapidement un passionnant laboratoire de recherche. Elles ne donnent pas seulement les moyens à cinq équipes de création d'écrire et de monter une pièce de théâtre. En mettant en place une série d'ateliers donnés par des professionnels reconnus, ces résidences affirment une volonté plus large : participer activement à la formation des comédiens et des dramaturges en Afrique, leur ouvrir de nouvelles perspectives de travail, de nouveaux horizons.

Chaque jour, les deux ateliers durent quatre heures, intenses. Durant dix jours, Dani Kouyaté réexplore avec les comédiens les ressources du conte et de la tradition orale, les potentialités artistiques de la parole (cf. son interview sur le site www.africultures.com/partenaires/evenements/recreatrales/recreatrales.htm). Puis du 10 au 30 mai, il est relayé par Pascal N'Zonzi, célèbre comédien congolais, installé en France, à la longue carrière théâtrale et cinématographique. Celui-ci axe son atelier sur le jeu de l'acteur, la construction des personnages, notamment à partir d'improvisations. Il donne à travailler des textes de Sarraute, de Césaire… Avec rigueur et générosité, il pousse les neufs jeunes comédiens à se surpasser. L'atmosphère est parfois tendue mais tous les stagiaires reconnaissent l'immense bénéfice de son enseignement, de son expérience. " Mon rôle est de briser les certitudes, les idées reçues pour ouvrir des portes dans leur jeu, explique le formateur. Les comédiens qui incarnent un texte doivent être à la hauteur de ce qui est écrit. Je travaille sur la prise en charge du texte par les comédiens. Ils doivent être capables de proposer pour se surprendre et surprendre le public. "
Conscients de la qualité des formations, de la chance qu'elles représentent pour eux, les comédiens comme les auteurs s'investissent totalement.

Une aventure collective…

" Qui aujourd'hui en Afrique peut s'affirmer comme dramaturge, trouver des occasions de travailler son écriture et voir son œuvre portée à la scène ? Quels comédiens africains, pourtant de plus en plus nombreux sur les planches, ont suivi une formation de qualité ? Quelle compagnie bénéficie de subventions à la création, lui permettant d'amener un texte à la scène sans précipitation, en se donnant le temps de mener les recherches qui s'offrent à elles ? ", interroge Minoungou.
C'est aussi pour répondre ces manques, à ces difficultés chroniques, à la précarité et l'urgence dans lesquelles vivent la plupart des jeunes compagnies théâtrales sur le continent, que le directeur de la compagnie Falinga a créé ces résidences. Il les a pensées comme une sorte de Villa Médicis à l'africaine. Mais contrairement leur aînée romaine, où chaque artiste poursuit une démarche individuelle, les Récréatrales misent entièrement sur l'échange, la discussion, l'accompagnement du processus de création.

Les formateurs ont ainsi pour mission de suivre et de soutenir les cinq équipes (représentant chacune un pays et composées d'un auteur-metteur en scène, d'une comédienne et d'un comédien) dans la réalisation de leur création, jusqu'à sa présentation au public. " Il ne s'agit pas d'imposer une esthétique, précise Jacques Jouet. J'entre dans chaque projet, en respectant les intentions de l'auteur. Mais je lui pose énormément de questions. "
" Cette démarche collective est primordiale, renchérit Minoungou. Grâce aux ateliers, aux échanges avec les formateurs, les auteurs et les comédiens, mon projet initial de " Madame, je vous aime " a beaucoup évolué. Il s'est énormément enrichi. L'Occident a érigé le mythe de l'artiste solitaire, seul maître d'œuvre de sa création. Mais c'est en partie illusoire. La création a beaucoup a gagné de l'échange. Nous, Africains, qui sommes habitués à échanger, discuter, nous pouvons utiliser cette aptitude collective comme force de création. "
L'expérience s'avère en tous cas passionnante. Non seulement les Récréatrales permettent à de jeunes auteurs et comédiens de se rencontrer, d'échanger mais elles leur offrent aussi des conditions de création exceptionnelles en leur permettant de bénéficier de l'expérience et du regard de formateurs internationaux reconnus.

… et solidaire

La démarche de création collective proposée ces résidences ne peut fonctionner sans solidarité. Loin de l'esprit de compétition qui a fini par gagner le champ artistique en Occident, elles reposent au contraire sur une écoute, une entraide, un véritable échange fait de débats et de questionnements. " Il s'agit de partager une méthode, de l'éprouver, la discuter, l'enrichir, la modifier éventuellement ", souligne Minoungou. Les auteurs ont d'une part pour contrainte de passer par l'expérience de la scène pour écrire leur texte, notamment en laissant les comédiens improviser à partir d'un canevas. D'autre part, à intervalle régulier, chaque équipe présente devant l'ensemble des stagiaires et des formateurs l'état d'avancement de son travail : un des temps forts de la semaine.
Ce jeudi, à l'ATB (l'Atelier Théâtre Burkinabé, dirigé par Prosper Compaoré), ce sont les Togolais qui passent sur la sellette. Leur pièce " Un virus sur ma disquette " questionne l'informatisation excessive qui menace nos sociétés sans pouvoir résoudre les maux séculaires de la condition humaine. Après une heure de représentation, le dialogue s'engage. Les avis s'expriment librement : " Je n'ai pas compris où tu voulais nous emmener à la fin… ", " Tu fais le pari d'utiliser le vocabulaire propre à l'informatique dans tes dialogues. Mais as-tu réellement besoin de cela pour raconter ton histoire ? " La solidarité n'empêche pas le sens critique de chacun de s'exercer, tout en respectant ceux qui présentent leur travail. L'auteur et les comédiens, attentifs, prennent note des observations. L'esprit des " Récréatrales " fonctionne à plein.

Cinq pièces en devenir

" C'est passionnant de pouvoir côtoyer à la fois les auteurs et les comédiens. De voir comment ils s'emparent de la matière première du texte pour commencer à improviser. Les meilleures conditions de création sont réunies ici ", confiait Pascal N'Zonzi après avoir assisté, comme chaque après-midi, à la répétition d'une des équipes. Suivre le cheminement complexe d'une mise en scène, de l'accouchement d'un texte, l'évolution du jeu des comédiens à mesure qu'ils en prennent possession, l'interaction entre les propositions du formateur et l'équipe se révèle réellement captivant. Mais si cette démarche collective regorge de potentialités, elle n'est pas toujours simple à gérer, notamment pour les auteurs. " Cela fait un sacré nombre de voix qui leur revient : leurs comédiens, plusieurs formateurs, les autres participants. Ce n'est pas simple comme situation, analyse Jacques Jouet. Il faut avoir les reins et les idées solides tout en étant un peu malléable, Mais je ne crois pas que ce soit trop. Nous sommes là pour nous poser des problèmes. Plus il y a de questions posées, plus c'est intéressant. "
Au fil des semaines, la pression monte. L'échéance de la réalisation approche : fin juin, chaque équipe doit présenter sa création devant le public burkinabè et certains partenaires des Récréatrales. Les spectacles les plus aboutis devraient être invités en France. Les meilleurs textes seront publiés par l'éditeur belge Emile Lansmann. Ecriture, mise en scène sans oublier tous les aspects techniques à régler : décors, costumes, lumières, son… les cinq équipes gèrent parallèlement tous ces éléments.

Villa Sahel

Le rythme de travail est très intense. Les répétitions commencent à 17h pour s'achever vers 21h ou 22 h. Le lendemain matin, à 7h30, reprennent les ateliers. Stéphane Rougemont, comédien français, ayant notamment travaillé avec Ariane Mouchkine, anime, du 1er au 15 juin, un stage sur la direction d'acteur. Adama Traoré, metteur en scène et comédien malien bien connu, directeur de l'association culturelle Acte Sept et du Festival du Théâtre des Réalités à Bamako, s'est arrêté quelques jours à Ouagadougou pour conseiller la mise en scène des cinq créations.
Laboratoire de recherche, de création et de formation, les Récréatrales s'affirment comme un carrefour artistique exceptionnel en Afrique. Une Villa Médicis à l'africaine que l'on dénommerait volontiers Villa Sahel. " Par delà les créations qui vont être présentées, c'est une aventure artistique et humaine passionnante ", se réjouit Minoungou.
S'il a su insuffler aux Récréatrales une réelle qualité de travail, cela n'empêche pas ces résidences de se dérouler dans une ambiance très chaleureuse. Fascinant va-et-vient des comédiens, auteurs et formateurs entre création et récréation, extrême concentration et dérision, sérieux et grands éclats de rire. Le soir venu, on se retrouve à la Villa Sahel où sont logées les équipes maliennes et nigériennes, autour de Flag ou du rituel du thé, pour continuer à discuter, palabrer. Les Récréatrales sont à mi-parcours. Peut-on imaginer plus beau vivier de création théâtrale en Afrique ?

Ayoko MENSAH, chargée de Communication

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LES RECREATRALES 2002 : BILAN GENERAL

Ouagadougou, 1er mai - 30 juin

Sommaire :
I - Rappel

II - Bilan de la démarche de création : un laboratoire de recherche
- Pour les auteurs
- Pour les comédiens
- Le rôle des formateurs


III -Présentation des équipes et des cinq pièces créées durant les Récréatrales
- " Madame, je vous aime ", de Etienne Minoungou (Burkina Faso)
- " Badadroum ou les aventures de Sakarai " de Idi Nouhou (Niger)
- " Le Réveil des Zombies " de Modibo Coulibaly (Côte d'Ivoire)
- " Le Mur " de Tiécoro Sangaré (Mali)
- " Internautes, gueules pétées " de Frédéric Gakpara (Togo).

IV - Perspectives pour les prochaines éditions des Récréatrales

I - RAPPEL

Les Récréatrales se sont déroulées durant deux mois, 1er mai au 30 juin 2002, à Ouagadougou. Elles ont regroupé cinq équipes de création (chacune composée d'un auteur-metteur en scène, un comédien et une comédienne) venues de cinq pays ( Burkina Faso, Niger, Mali, Côte d'Ivoire et Togo) et quatre formateurs : Jacques Jouet, Dani Kouyaté, Pascal N'Zonzi et Stéphane Rougemont (cf. Bilan à mi-parcours : Les Récréatrales, Une Villa Médicis à l'africaine).
Le principe de ces résidences répondait à une triple volonté :
- Offrir à de jeunes auteurs et comédiens africains le temps et les moyens d'aller jusqu'au bout d'une démarche de création.
- Proposer une nouvelle démarche de création, qui donne au travail de la scène une prééminence chronologique sur le texte
- Participer activement à la formation des comédiens et des dramaturges africains en organisant une série d'ateliers donnés par des professionnels reconnus.


II- BILAN DE LA DEMARCHE DE CREATION : UN LABORATOIRE DE RECHERCHE

Rappelons qu'en initiant les Récréatrales, Etienne Minoungou souhaitait partager avec d'autres auteurs et comédiens une démarche de création qu'il avait commencé à expérimenter au sein de sa compagnie (Falinga) avec le metteur en scène Ildevert Méda.
Cette démarche consiste à donner au travail de la scène une prééminence chronologique sur le texte. Celui-ci n'est pas écrit et donné d'emblée par l'auteur, il s'élabore au contraire progressivement à partir d'un canevas sur lequel improvisent les comédiens. Sa version définitive se construit dans une inspiration conjointe de l'auteur, du metteur en scène et des comédiens afin qu'émergent des personnages plus vrais.

Pour les auteurs
Les cinq auteurs : Etienne Minoungou (Burkina Faso), Idi Nouhou (Niger), (Mali), Frédéric Gakpara (Togo) et Modibo Coulibaly (Côte d'Ivoire) se sont donc tous pliés à cette contrainte. L'expérimentation de cette démarche a profondément renouveler et enrichi l'écriture de chacun. Idi Nouhou confirme : " Cela a été une heureuse torture, explique-t-il. J'ai fait l'effort de consulter très régulièrement mes comédiens. Cela n'a pas été facile car je me suis profondément remis en question. Mais cette expérience a indéniablement enrichi mon écriture. "
Même constat pour Tiécoro Sangaré : " En changeant d'habitude, cela m'a permis de prendre du recul vis à vis de mon écriture, de trouver une nouvelle respiration. C'est une chance inouïe d'avoir pu travailler directement avec les comédiens même si nos rapports n'étaient pas simples. Cela ne m'était jamais arrivé. J'ai trouvé cette expérience vraiment fascinante. "
Modibo Coulibaly témoigne quant à lui : " Cette démarche m'a finalement amené à créer deux pièces. Celle que j'avais conçu au départ et celle à laquelle cette expérience collective a abouti. Les observations des formateurs m'ont énormément apporté. "
Frédéric Gakpara souligne encore : " Cette expérience m'a enseigné une certaine humilité. Les auteurs sont bien souvent des dictateurs... peu habitués à recevoir des critiques. En éprouvant immédiatement mon écriture avec les comédiens d'une part, et d'autre part en exposant mon travail aux yeux de tous, participants et formateurs, j'ai dû accepter et apprendre à gérer une multitude de critiques. Cela m'a beaucoup appris et m'a permis de tisser de nouvelles relations avec mes comédiens. "
Etienne Minoungou, à l'initiative de cette démarche de création, conclue : " L'évolution des synopsis initiaux de chaque pièce a démontré les énormes potentialités de cette démarche.
Certes, elle n'est pas idéale. Elle pose problème et malmène les auteurs mais elle leur apporte indéniablement la chance de renouveler leur écriture. "
En effet, si chacun d'eux reconnaît avoir éprouvé des difficultés, tous s'accordent sur l'immense bénéfice de cette expérience. Pour les dramaturges, les Récréatrales se sont avérées un précieux laboratoire de recherche.

Pour les comédiens
La démarche de création s'est révélée tout aussi innovante. En encourageant la force de proposition des comédiens, elle leur a ouvert un champ d'investigation peu exploré pour la plupart. " En général, les metteurs en scène nous sollicitent peu, confiait Prunus Gamma, comédienne togolaise. Ils ont une idée arrêtée de ce qu'ils veulent et sont peu à l'écoute des comédiens. En nous impliquant directement dans la construction des personnages et du texte, nous avons porté la création avec les auteurs. Nous nous sentons responsables du résultat tout autant qu'eux. "
Peu de comédiens africains ont eu la chance de suivre une formation d'acteur. S'ils ont bien souvent d'indéniables talents d'interprétation, leur capacité à " se prendre en charge artistiquement " est réduite, comme le faisait remarquer Pascal N'Zonzi. La démarche des Récréatrales s'attaque directement à cette faiblesse. Les comédiens se doivent d'imaginer, proposer, critiquer. " Il y eu des phases de grande tension entre l'auteur et nous, raconte Irène Seye, comédienne de l'équipe malienne. Suite à différentes observations, Tiécoro Sangaré a dû remanier son texte. Nous sommes restés plusieurs jours dans l'attente de la nouvelle version, angoissés à l'idée d'avoir à la maîtriser rapidement. Mais cela s'est avéré plus facile que prévu car nous y avions largement participé. Il est beaucoup plus aisé d'apprendre un texte auquel on a contribué."
Il est important de noter que la démarche de création proposée aux équipes s'articule parfaitement avec les ateliers de formation. Elle permet aux comédiens d'appliquer et de réexploiter leur capacité de proposition, travaillée durant les ateliers.

Le rôle des formateurs
La dimension pédagogique des Récréatrales est apparue essentielle : elle répond à une profonde demande des auteurs comme des comédiens, qui ont trop peu souvent l'occasion de partager l'expérience de grands professionnels. Loin de tout académisme, elle accompagne le processus de création et se conçoit davantage comme un échange entre le formateur et les stagiaires.
Parallèlement au travail exploré en atelier, le rôle des formateurs a été important dans le processus de création. En suivant régulièrement les répétitions, ils ont pu non seulement conseiller les équipes de création, notamment dans la mise en scène, mais aussi les encadrer, les aider à trouver chacune leur synergie. Au sein de certaines équipes, comme celle du Mali et du Togo, les membres n'avaient en effet jamais travaillé ensemble.
Concernant l'écriture théâtrale, Jacques Jouet, dramaturge français et membre de l'Oulipo, a suivi l'élaboration progressive des textes après avoir donné durant les quinze premiers jours une série d'ateliers. Sans chercher à imposer une esthétique, il s'est donné pour rôle principal de questionner les auteurs, de les pousser à se remettre en question, à aller plus loin. Ce rôle s'est révélé, aux dires de tous les dramaturges, extrêmement bénéfique, leur permettant à tous d'enrichir et d'approfondir leur écriture.

Conclusion
Les Récréatrales se veulent un laboratoire international de recherche et de création théâtrales. La démarche spécifique qu'il propose se fonde sur un échange entre auteur et comédiens mais aussi sur une solidarité entre tous les participants. Enrichissante tant pour les auteurs, que pour les comédiens et les formateurs, cette démarche a connu l'adhésion de tous et produit une forte émulation entre les équipes. " C'est une méthode difficile mais qui représente un véritable enjeu pour la création théâtrale contemporaine en Afrique, analysait Adama Traoré, venu début juin assister aux répétitions. La réalité du spectacle sur le continent veut que l'on passe par cette expérience. En construisant des passerelles entre auteurs, comédiens et metteurs en scène, elle redynamise et insuffle du sens à l'ensemble du processus créatif. C'est une révolution en marche ".


II- PRESENTATION DES EQUIPES ET DES CINQ PIECES CREEES

BURKINA FASO :
Equipe de création : Etienne Minoungou : auteur et comédien, Ildevert Méda : metteur en scène, Nanténé Traoré : comédienne
Initiateur des Récréatrales, Etienne Minoungou dirige la compagnie Falinga depuis 2000. Depuis, sa dernière création " La République danse " (2000), il travaille en étroite collaboration avec le metteur en scène Ildevert Méda qui a lui aussi fondé sa propre compagnie : le Théâtr'Evasion.
Nanténé Traoré (33 ans), d'origine franco-malienne, a travaillé avec le metteur en scène français Pierre-Georges Gabily. Son interprétation dans Bintou de Koffi Kwahulé ( mis en scène par Pascal N'Zonzi au Théâtre International de Langue française (TILF), à Paris, en 2001) a été très remarquée.
Création : " Madame, je vous aime "
De retour de la guerre, un officier de l'armée devient un étrange bourreau, reclus dans sa salle de travail. Les retrouvailles d'une amie d'enfance l'amène à remonter le temps...
Il faut rappeler que le projet des Récréatrales a pris corps autour de la création de " Madame, je vous aime ". C'était donc le spectacle phare de ces résidences présenté en clôture du festival au Centre culturel français Georges Méliès le 29 juin.
Composée de trois tableaux aux atmosphères contrastées, cette pièce plonge au coeur de deux vies brisées, traversées par les tragédies de l'Afrique contemporaine. Mêlant rêves d'enfance et inévitables désillusions, légèreté et gravité, " Madame, je vous aime " est une pièce coup de poing, violente, provocante, poétique. A la force du texte et des personnages répondent une mise en scène et une scénographie sobres qui laissent irradier un magnifique duo d'acteurs. L'une des prouesses de la pièce tient dans le télescopage des registres, tout autant socio-politiques que poétiques. Son atmosphère très dense, la violence et la beauté du texte ne vont pas sans évoquer Koltès.

NIGER
Equipe de création : Idi Nouhou : auteur, Adama Akili : comédienne : Ado Mohamat Saleh : comédien
Idi Nouhou (38 ans) est dramaturge, conteur et administrateur de la compagnie " Les Tréteaux du Niger. Il a déjà écrit plusieurs pièces parmi les lesquelles " Les Cauris veulent ta mort ! " ( publiée aux éditions Sépia/ Ed. Du Ténéré,1995), " La Légende Martin Luther King " et " Mamrouka, la dernière des justes " (créées par les Tréteaux du Niger). Il a participé en novembre-décembre 2001 à la résidence d'écriture La Ruche Sony Labou Tansi, à Bamako, organisée par l'association Les Ecritures Vagabondes (Monique Blin). Adama Akili et Ado Mohamat Saleh sont comédiens au sein de la compagnie " Les Tréteaux du Niger ".
Création : " Badadroum ou les aventures de Sakarai "
S'inspirant d'une superstition en vigueur au Niger selon laquelle " pour acquérir la richesse, un homme doit coucher avec une ânesse ou une folle ", Idi Nouhou a imaginé une fable sur la relativité de la folie. Au fil de la pièce, les rôles de Sakaraï, l'homme prêt à tout pour devenir riche, et de la folle s'inversent progressivement. Au carrefour du conte (cf. prologue dans lequel les comédiens présentent les personnages à la manière des griots), de la comedia dell'arte et du théâtre d'auteur, " Badadroum ou les aventures de Sakarai " mêle avec bonheur burlesque, critique sociale, chant et danse portés par la formidable énergie des comédiens. Et joue habilement sur plusieurs registres : du comique au philosophique.

MALI
Equipe de création : Tiécoro Sangaré : auteur ; Irène Seye : comédienne ; Drissa Koné : comédien
Tiécoro Sangaré (41 ans) est auteur dramatique et journaliste au quotidien malien Le Soudanais. On lui doit : " L'Enfant du paradoxe " (1998) ; " Les Héritiers du diable " (2001) et " Le Dernier Masque " (2002) suite à sa participation à la résidence d'écriture La Ruche Sony Labou Tansi en nov-déc. 2001 organisée par l'association Les Ecritures Vagabondes (Monique Blin). Il est le directeur artistique de la compagnie Savan'Art créée en 2001.
Irène Seye (28 ans), franco-sénégalaise, résidait à Bamako et travaillait au sein de l'association culturelle Acte Sept lorsque s'est monté le projet des Récréatrales. Elle a travaillé avec le théâtre du Campagnol en France. Drissa Koné est membre de la compagnie Acte Sept. Il a suivi une formation de comédien à l'Ina (Institut National des Arts) de Bamako.
Création : " Le Mur "
Une jeune femme, franco-malienne, revient dans le désert où elle a follement aimé un homme. Elle y fait une autre rencontre : celle d'un Targui en rupture de société qui finit par lui avouer son homosexualité...
Par le choix de son sujet, la pièce de Tiécoro Sangaré est sans doute la plus provocante des Récréatrales. Sujet encore tabou en Afrique, l'homosexualité est très peu traitée dans le théâtre africain contemporain. Faisant fi de toutes les conventions, l'auteur a choisi d'aborder cette question de manière frontale, dans un langage cru et moderne. L'originalité du sujet mais aussi de sa mise en espace (non pas sur une scène mais sur l'esplanade en terre battue de l'espace Gambidi) font du Mur un spectacle novateur, déroutant, qui pousse le public à réagir et à s'interroger.

TOGO
Equipe de création : Frédéric Gakpara : auteur; Prunus Gamma : comédienne ; Roger Atikpo : comédien
Auteur, comédien, metteur en scène et entrepreneur culturel, Frédéric Gakpara a fondé en 2000 la compagnie théâtrale La Cantate de Lomé. Avec l'aide du Psic (Programme de soutien aux initiatives culturelles de l'Union européenne), il est sur le point d'ouvrir un espace culturel à Lomé destiné à présenter des spectacles et à accueillir des artistes en résidence. Prunus Gamma (22 ans), quant à elle, est comédienne autodidacte. Elle est membre de la Compagnie Culturelle La Colombe (3 C) et a reçu le prix de la meilleure comédienne au Festhef (festival de théâtre d'Assahoun, au Togo) en 2001.
Création : " Internautes, gueules pétées ".
Deux internautes pénètrent à l'intérieur du cyberespace. Dans leur odyssée, ils font étape sur quatre sites : www.lamort.com, www.l'intolérance.fr ; www.lesida.org et www.l'armement.net. Chacun de ces arrêts est le prétexte d'une saynette qui illustre l'apreté, voire le cynisme des rapports humains : Adam et Eve, rongés par le virus de la vieillesse, se rappellent leur jeunesse ; une jeune fille dévorée par la passion du théâtre est chassée par son père ; un ministre de la santé infecté par le virus du sida violente une infirmière ; le général d'une armée africaine joue à la guerre… Autant de situations que les internautes incarnent tour à tour afin, disent-ils, de les exorciser.
Frédéric Gakpara souhaitait écrire une pièce en détournant le vocabulaire informatique. Pari réussi. " Internautes, gueules pétées " subvertit avec beaucoup d'humour toute une terminologie technologique. Par delà cette prouesse d'écriture pleine de trouvailles, elle véhicule une virulente critique sociale. L'une des scènes les plus percutantes est sans doute celle de la jeune comédienne rejetée par son père, qui dit toute la difficulté d'être artiste dans les sociétés africaines. L'évocation de cette question produit sur scène une saisissante mise en abyme.

COTE D'IVOIRE
Equipe de création : Modibo Coulibaly : auteur ; Josiane Yapo : comédienne ; Ablas Ouedraogo : comédien.
Modibo Coulibaly est auteur dramatique et bibliothécaire. Après une formation d'animateur culturel à l'Insaac (Institut national supérieur d'art et de l'action culturelle) d'Abidjan, il se lance dans l'écriture et la mise en scène théâtrales. On lui doit une dizaine de pièces, parmi lesquelles " Le Phénix " ; " Le Règne des Fous " qui obtient le Premier prix national du festival des arts et de la culture de Côte d'Ivoire; " L'Odyssée finale ". En 2000, il co-fonde avec Ablas Ouédraogo le Sokan Théâtre à Abidjan.
Comédienne à la renommé grandissante, Josiane Yapo (28 ans) a fait ses débuts au théâtre en 1987 dans la Compagnie Fétiche Eburnéen d'Abidjan. Elle y suit jusqu'en 1990 une formation de comédienne sous la direction de Touré Allassane. On la voit aujourd'hui aussi bien au théâtre (Noces d'Enfer, avec le Sokan Théâtre en 2002) qu'à la télévision et au cinéma (" Dents Blanches " de Henri Duparc). Elle a été invitée à présenter son One Woman Show au festival Les Allumés du théâtre à Lyon en mai 2002.
Ablas Ouedraogo (29 ans) a suivi une formation d'acteur à l'Insaac d'Abidjan. Il a obtenu à deux reprises le Prix du meilleur acteur de Côte d'Ivoire (pour " Le Phenix " et " La Bataille du Kwazulu "). Il est actuellement directeur artistique du Sizang Théâtre et co-directeur du Sokan Théâtre.
Création : " Le Réveil des zombies "
Dans un espace qui pourrait bien être celui du purgatoire, deux personnages, Migame, originaire d'Afrique, et Saraï, d'Occident, se disent leurs quatre vérités. Au fil de leur dialogue, la colonisation d'hier et d'aujourd'hui, les préjugés raciaux, les non-dits et les hypocrisies de part et d'autre sont énoncés, discutés, clarifiés. Au terme de leur échange, les deux zombies décident de retourner sur terre, œuvrer à une nouvelle Histoire des peuples.
Avec cette pièce, Modibo Coulibaly souhaitait questionner la place de l'Afrique dans le siècle qui s'ouvre, celui de la mondialisation. " Le Réveil des zombies " mêle de manière intéressante réflexions politique et métaphysique. A noter, la très belle scénographie de Christian Tirole - un immense cercle tracé au kaolin sur lequel de grandes calebasses sont posées aux quatre points cardinaux et au centre duquel est plantée une lance.

CONCLUSION :
C'était un véritable défi lancé par Etienne Minoungou : réunir de jeunes auteurs et comédiens africains et parvenir à écrire et à monter cinq pièces (d'une heure chacune environ) en deux mois. Les participants des Récréatrales ont relevé ce pari difficile. " Toutes les créations témoignent d'un réel professionnalisme et leur diversité offre un panorama intéressant du théâtre contemporain en Afrique, estimait Monique Blin, à l'issue du mini-festival organisé à l'Espace culturel Gambidi, à l'Atelier Théâtre Burkinabè et au Centre culturel Français Georges Méliès. Les résidences organisées par les Ecritures Vagabondes et par les Récréatrales sont complémentaires, poursuivait-elle. Notre volonté commune est de soutenir l'émergence d'une nouvelle génération d'auteurs, de metteurs en scène et de comédiens en Afrique. "
Pour l'initiateur des Récréatrales, l'enjeu de la réalisation et son aboutissement sont essentiels. Au terme des deux mois de résidence, chaque équipe retourne dans son pays avec une pièce ( et son décor) prête à être présentée ou à partir en tournée. Les textes écrits dans le cadre de cette première édition seront prochainement publiés, notamment par l'éditeur belge Emile Lansmann. Les meilleurs spectacles doivent être invités à se produire au Théâtre international de langue française (Tilf) à Paris et à l'Espace Delvaux à Bruxelles, tous deux partenaires artistiques des Récréatrales.


III - PERSPECTIVES POUR LES PROCHAINES EDITIONS
DES RECREATRALES

Le 26 juin s'est tenu au centre culturel Gambidi un colloque qui avait pour but de réfléchir sur les enjeux et les perspectives des prochaines éditions des Récréatrales. Etaient présents les équipes participant à cette première édition, les formateurs Jacques Jouet et Stéphane Rougemont, l'équipe chargée de l'organisation ( le coordonnateur Etienne Minoungou, l'administrateur Erick Nazaire Zongo et ses deux adjoints : Baco et Hamidou), la chargée de communication Ayoko Mensah, Mme Monique Blin, directrice de l'association Les Ecritures Vagabondes, et M. Nzié Coulibaly, directeur technique du MASA, en tant que partenaires des Récréatrales, Théogène Karabayinga, journaliste à Radio France Internationale et une représentante de l'association Odas Africa.

Au terme de ce colloque ont été définis quatre grands axes qui doivent conduire la préparation de la prochaine édition des Récréatrales en 2003.

1°) Mise en place de trois comités qui représentent les trois instances décisionnelles des Récréatrales :
. Un comité de pilotage
Chargé de préparer et d'organiser les prochaines éditions des Récréatrales.
. Un comité artistique international
Composé d'un représentant des principaux partenaires artistiques et financiers des Récréatrales ainsi que de plusieurs parrains ( sont pressentis, entre autres, Kangni Alemdjodro, Koffi Kwahulé, Koulsy Lamko, Kossi Efoui). Le rôle de ce comité artistique international sera de continuer à réfléchir aux enjeux, au développement et aux ambitions des Récréatrales.
. Un comité pédagogique
Composé de la direction et des formateurs, il discute et définit les contenus pédagogiques de chaque édition des Récréatrales. Il examine les candidatures et sélectionne les participants.

2°) Elargir l'appel à candidature
La sélection des participants à cette première édition a été menée par Etienne Minoungou et Adama Traoré. Dans la perspective de la prochaine édition, les Récréatrales souhaitent élargir l'appel à candidature à l'ensemble de l'espace francophone africain. Celui-ci pourrait être relayé via certains médias internationaux et des avis envoyés aux centres culturels français ou locaux.

3°) Renforcement de l'équipe technique
Le volet technique s'est révélé essentiel. Compte tenu de son budget, cette première édition a fait appel à des techniciens extérieurs (deux ingénieurs lumière, deux ingénieurs son, deux décorateurs et une costumière), chargés de travailler ponctuellement sur les cinq créations. Or, il apparaît qu'une équipe technique entièrement dévolue au projet est nécessaire pour parvenir, dans les délais impartis, à monter et à présenter cinq créations au public.
Bien conscientes du manque de techniciens performants dans les arts du spectacle en Afrique (manque qui pèse aussi lourdement sur la qualité des spectacles africains), les Récréatrales souhaitent, pour l'édition 2003, prendre en compte une formation technique.
Sur le même principe que celui des artistes, il serait proposé à chaque équipe de venir avec un technicien lumière et un scénographe qui, parallèlement à leur travail de création, seraient encadrés par un professionnel reconnu. Ce principe pourrait aussi s'adresser à des administrateurs, dont le manque est tout aussi néfaste pour le professionnalisme et le dynamisme de la création théâtrale africaine.

4°) Mise en place de la Caravane des Récréatrales
La qualité et le succès des cinq spectacles de cette première édition ont fait naître le projet de mettre en place une tournée sous-régionale des spectacles créés lors de la prochaine édition en 2003. Ainsi la Caravane des Récréatrales se rendrait dans plusieurs pays de la sous-région (notamment ceux dont sont originaires les participants) et présenterait à chaque étape ses spectacles sous la bannière d'un Festival Récréatrales. Unique en son genre, cette caravane permettrait non seulement de présenter dans toute sa diversité la jeune création théâtrale africaine mais elle contribuerait fortement à la reconnaissance d'une nouvelle génération d'artistes sur le continent.

CONCLUSION GENERALE : Pérenniser une pépinière de talents
Laboratoire de recherche, de création et de formation, les Récréatrales s'affirment dès à présent comme un carrefour artistique inédit en Afrique. Un espace exceptionnel qui offre non seulement aux jeunes artistes les moyens et les conditions d'aller jusqu'au bout d'une démarche de création mais qui participe aussi activement à leur formation. Jusqu'à présent, l'Afrique francophone ne possède pas une telle structure privée internationale.
L'ambition des Récréatrales est de devenir un rendez-vous annuel incontournable, véritable pépinière internationale de talents. Si les moyens lui en sont donnés, elles s'affirmeront comme une villa Médicis à l'africaine, capable de faire émerger une nouvelle génération d'auteurs, de metteurs en scène, de comédiens et de techniciens sur le continent africain. Fondé sur cinq idées force : l'innovation, l'exigence, l'échange, la formation et l'ouverture, le concept des Récréatrales a révélé un immense potentiel qui, nous espérons, avec le soutien et la confiance renouvelés de nos partenaires, pourra bientôt être reconnu à sa juste valeur.

Ayoko Mensah, Chargée de communication