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Zirignon Grobli : zgrobli@aviso.ci - BP 1729 Abidjan 22 Zirignon Grobli, peintre et thérapeute par Olivier Barlet
Né à Babré en 1939, dans le Centre-Ouest de la Côte d'Ivoire, Zirignon Grobli s'avère un élève brillant, ce qui lui vaut d'être doté en 1952 d'une bourse pour aller faire ses études en France, comme cela se faisait pour une certaine élite ivoirienne à l'époque coloniale. Il y poursuit des études secondaires à Agen puis à Epinal. A Caen, il étudie la philosophie et rencontre sa compagne. Lorsqu'il arrive à Paris, il suit les séminaire de Lacan... Etonnant destin d'un élève boursier exilé de sa terre natale. Elle lui manque terriblement. Il la retrouvera symboliquement en utilisant argile et ocres dans ses toiles. Mais il a besoin d'extirper ses galères, ses pulsions de mort, sa nostalgie du pays. Il lui faut détruire pour se défouler. Il développe ainsi une technique picturale : le grattage. Le carton badigeonné de terre et orné d'un motif sera gratté sans ménagement. Ne subsistent que quelques restes, que Grobli appelle lui-même " les beaux restes ", semblables à des peintures rupestres. Retourné en Côte d'Ivoire, Grobli entre à la fonction publique et est affecté au Centre de guidance infantile d'Abidjan-Adjamé. Il s'y occupera de jeunes en difficulté durant dix-huit ans et y pratiquera l'art-thérapie, jusqu'à sa retraite en 1995. Mais le psychothérapeute a toujours reçu des patients chez lui, dans son cabinet privé. Et articule art et thérapie comme un couple inséparable. Gratter n'est-il pas le premier geste des humains ? Grobli s'en donne à cur joie : de l'uvre originale ne restent plus que des surfaces et les traces d'un motif, une ou plusieurs têtes, masques représentant le tout : " Respecter la tête de l'homme revient à le préserver ", dit-il. Car c'est de préservation qu'il s'agit, de nécessité, de survie : face au risque de la vie, d'anéantissement de soi que représente la fusion avec la Terre-Mère, le grattage est un geste salvateur qui détruit et répare : " La forme était en puissance dans le chaos où elle retourne après la destruction de l'objet ", écrit Grobli dans ces aphorismes innombrables publiés dans des recueils comme Dispersions (Silex, 1982) ou Point de Suture (Silex, 1989). Il faut détruire l'image de l'Autre pour en restaurer une nouvelle : " la fonction de l'activité créatrice est qu'elle révèle à l'artiste sa capacité de maîtriser ses pulsions de mort ". Cette purification par le langage débouche sur une métaphysique, vers une transcendance :" elle lui fait entrevoir son essence immortelle médiatisée par son style ". En grattant, Zirignon Grobli se contente, comme l'écrivait Tanella Boni dans un article de Présence Africaine, " d'indiquer le chemin de la difficile fraternité entre les hommes". |
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Dialogue avec les beaux restes de Zirignon Grobli Presses universitaires de Côte d'Ivoire, 1999, 240 p.
Olivier Barlet Africultures n°26 |
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