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Entretien avec Zirignon Grobli
Par nécessité : la
conviction intime que cette voie pourrait m'aider à résoudre mes problèmes
d'agressivité et d'angoisse de mort. Comme les enfants, je me suis mis
spontanément à colorier en espérant que ce procédé m'aiderait à éponger
une partie de mon agressivité refoulée et à me libérer des étreintes de
l'angoisse. En donnant libre cours à mon sadisme destructeur, je me libère
mais ce moment de jouissance est aussi celui de la culpabilité de transgresser
la loi du père : j'ai donc envie de réparer et c'est là qu'intervient
la création proprement dite. J'entre alors dans le symbole pour laisser
des traces significatives que j'appelle " beaux Tu pars d'une destruction pour recréer une image. De quel type d'image s'agit-il ? D'une image qui m'exprime. Ma culture psychanalytique m'influence beaucoup : je crois que le rapport à l'Autre est fait d'agressivité. Le premier geste est agression ou fuite : l'image de l'Autre est avant tout une image à détruire. Je barbouille donc la surface blanche de saleté, de couleur, de teinture, de n'importe quoi pour opérer la destruction de l'Autre. Tu t'inscris ainsi dans le courant des matiéristes africains qui prennent les outils créatifs présents à leur porte. Je pars de n'importe quoi. Encore en analyse, j'avais besoin d'exprimer le sadisme qui m'empêchait de symboliser mes pulsions. Je me suis donc laissé aller et pousse la démarche toujours plus loin pour agresser la toile : couteau, toile émeri, eau, mes propres griffes... Je gratte, je frotte, j'arrache, j'éventre, je polis, je lave... Cela me libère pour la suite. Le support symbolise la mère : dans la peinture, nous sommes dans une phase préverbale où l'enfant est en rapport avec sa mère dominatrice et doit l'agresser pour s'imposer. A ce niveau, je ne cherche pas à créer mais à me libérer de l'emprise de l'Autre. Je peux alors faire la réparation. C'est alors que tu apportes une image très simple. Cette image est toujours une figure humaine, soit individuelle, soit d'unité duelle, deux personnes collées, avec souvent une troisième personne opposée : la jouissance et l'harmonie sont interdites par la loi, par le père. Ma peinture est ainsi une destruction et une réparation par le langage de l'image de la mère qui a été détruite de façon à pouvoir affirmer ma personnalité. As-tu l'impression d'être seul dans ta démarche ou de la partager avec d'autres ? C'est une démarche universelle et c'est ce qui me déculpabilise ! Je la retrouve dans les rapports entre les personnes et entre les pays. Nous aspirons confusément à faire ressortir un désir refoulé : celui de détruire. Cela met en danger l'existence même de l'homme dans le monde. Il faut donc le symboliser pour le sublimer et ne pas devoir le réaliser dans la réalité. L'art est un bon moyen pour cela. Il permet de sortir de la répression : la jouissance est interdite mais la satisfaction symbolique est permise. On retrouve un processus d'initiation. L'initiation africaine comporte effectivement le refus de la symbiose avec l'enfant, la médiation du père, la détermination de l'être humain comme individu sexué : cela revient à l'interdiction de la jouissance à l'être en société. En somme un processus universel. Je crois qu'au fond, ce qui est fondamentalement africain est fondamentalement universel. Je ne crois ainsi pas à un symbolisme typiquement africain. Tu viens de publier aux Presses universitaires de Côte d'Ivoire un essai philosophique intitulé Dialogue avec les beaux restes : un prise de parole après tes recueils de poèmes ? Ce sont des aphorismes résultat de mes réflexions sur ma démarche qui débouchent sur une pensée philosophique et une vision du monde. Les restes échappent à la destruction, surnagent après naufrage, comme l'arche de Noé, renvoient au langage et au système symbolique, à la loi et au nom du père. Ils me conduisent vers ce qui perdure, vers une transcendance. |
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